samedi 4 février 2012
BRF vigne
Par marc Dalbavie, samedi 4 février 2012 à 18:14 :: travail de la terre
Hier j’ai installé mon BRF (bois raméal fragmenté) dans mon carré-collection de vigne

C’est une petite vigne entourée de pommiers taillés en espalier, où je plante soit des plants récoltés dans la forêt ou chez des anciens, soit des variétés que j’expérimente. Les plants sont taillés à cot, certains hauts d’autres bas. A droite on peut voir un tannât qui vient du Madiran. Au milieu, mon avoine, à gauche un pied récolté dans la forêt face à la vigne du Petit Manoir, à l’emplacement d’une ancienne vigne abandonnée il y a plus d’un siècle !
Chaque année, j’étudie l’évolution des maturités et la résistance aux maladies. Et j’essaie de comprendre le caractère des variétés indigènes. L’idée, à terme, est de planter à plus grande échelle l’une ou l’autre de ces variétés… ou pas !
Pour revenir au BRF, j’ai décidé de l’expérimenter sur la vigne, toujours dans le but de couvrir le sol au maximum… de ne pas laisser de sol nu. Cette technique a été expérimentée dans la vigne par Claude Bourguignon, mais les résultats ne sont pas publiés ! L’utilisation du BRF vient des canadiens qui se sont aperçus que sous les déchets de coupe du bois, la terre devenait très fertile. La raison en est la couverture permanente et la lignine contenue dans le bois qui décomposée par les champignons, produit un humus de très haute qualité. C’est le principe de la forêt. Fukuoka l’avait d’ailleurs remarqué il y a bien longtemps déjà. Mais personne ne l’a écouté !
Pour ce qui est de l’inter-rang, c’est les engrais verts qui feront ce travail. Pour le rang de vigne, la contrainte est de ne pas avoir de végétation qui pousse en hauteur pour éviter de couvrir les grappes avec le problème de l’aération et de l’ombre portée, et pour se prémunir d’éventuelles gelées printanières.
Le BRF me semble une bonne solution, sauf qu’il y a un risque de maladies cryptogamiques comme l’oïdium qui risqueraient de se développer. Certains pensent que des foyers de pourridiés pourraient naitre. Je ne pense rien de tout cela, mais je préfère le tester avant de me lancer dans un épandage systématique.
Pourquoi l’oïdium ne serait pas à craindre ? Je n’en sais rien, mais je suppose que si les bois sont au sol, l’oïdium ne sera pas le seul champignon à venir dégrader le BRF. Il y aura donc concurrence. Et je souhaite faire venir des « champignons auxiliaires » (néologisme made in Domaine de la Voie Blanche). En effet, 80% des champignons qui sont dans le sol, participent de la fertilité… d’où le problème du cuivre et du soufre qui attaquent l’oïdium et le mildiou… mais aussi tous les autres champignons !
Pour ce qui est du pourridié, je n’y crois pas du tout. Pourquoi ? Parce qu’il se développe sur des bois qui sont enterrés (des racines laissées dans le sol…) et donc subissent une fermentation anaérobique. Posés sur le sol, comme dans une forêt, ils subiront une fermentation aérobique… toute différente !
Comme je n’ai pas de preuve de ce que j’avance, je préfère l’expérimenter. Si j’observe une augmentation de la fertilité avec une maitrise des « mauvaises herbes » et des maladies… il faudra augmenter la surface de test et réfléchir à un moyen d’épandage.
Pour ce premier test, j’ai pris mon broyeur de jardin, et j’ai épandu les copeaux à la pelle.

Si cela marche, je n’imagine pas le faire sur 6 hectares. Il m’a fallu une journée pleine pour couvrir ces 30m2 ! Le broyage étant le facteur pénalisant. Heureusement, j’ai pris contact avec le SMICTOM local qui signera une convention pour me donner tous les bois d’élagage des bords de route et des chemins ruraux, qui sont broyés par les cantonniers des communes voisines. Ils ne savent pas quoi faire du surplus une fois épandus dans les massifs floraux communaux.
Heureusement qu’il n’y a pas beaucoup d’agriculteurs bios dans le coin…. ! Non… je n’en pense pas un mot ! Reste le problème de l’épandage… nous verrons bien le moment venu. Après, le BRF peut tenir 3 à 4 ans si on met une couche de 4 à 5 cm.
Cela voudra dire, très peu de travail de désherbage sous le rang… peut-être un fauchage au mois de mai avant que le peu d’adventices qui arrivent à vaincre la barrière du couvert, montent à graines. Et la fin du travail du sol, les copeaux, c’est-à-dire toute la microflore et la microfaune, feront le bouleau.
Un carmenère BRFé

Un abouriou aussi

un ermemont

L'abouriou, voilà typiquement un pied qui végète depuis trois ans. Le test sera intéressant pour voir si la fertilité du BRF est forte et a débloqué l’assimilation de certains minéraux.
Pour ce qui est de l’inter-rang, je souhaite laisser pousser l’avoine jusqu’à sa maturité, c’est-à-dire début Juin. Puis, je la broierai avec les graines qui donc se ressèmeront toutes seules. La paille couvrira le sol et protégera le semis naturel tout en commençant un cycle d’humification intensif. Pour éviter la faim d’azote possible avec la concurrence faite à la vigne, je vais épandre de la matière organique (plumes de volaille à 9% d’azote) à l’épandeur à engrais. La vigne ne devrait ainsi pas souffrir de la pousse de l’engrais vert avoine/vesce.
D’après mon protocole, il ne sera plus utile dans l’avenir d’épandre quoi que ce soit… disons que c’est le starter pour enclencher le cycle. La vesce, semée avec l’avoine, apportera l’azote nécessaire pour le futur, azote captée et retenue par l’humus, la pousse de la nouvelle avoine « spontanée » et la vigne.
La période de juillet/août n’étant pas propice à la pousse de l’avoine et de la vesce, qui préfèrent septembre/octobre, il n’est pas sûr que le semis naturel fonctionne.
Les graines peuvent être mangées par des oiseaux, des rongeurs ou des insectes. La paille devrait les cacher. Pour les oiseaux, cela ne semble pas trop dangereux. Pour les limaces, elles n’aiment ni la paille ni la sécheresse estivale. Reste certains rongeurs qui pourraient se développer à l’occasion d’un apport massif de graines en repos et à la faveur de la protection du paillis. Nous verrons bien.
Peut-être faudra t’il semer à la volée une légumineuse d’été (pois, haricots…) pour apporter de l’azote avant que les graines d’avoine ne germent… ? On le saura l’année prochaine à l’aspect du nouvel avoine/vesce. S’il est beau et dense, c’est gagné. S’il est beau et éparpillé, il faudra le protéger. S’il est chétif, il lui manquera de l’azote… une légumineuse s’imposera en intercalaire.
J’ai semé de l’avoine, il y a deux ans. J’ai broyé un peu tard (trop pour une utilisation classique, coupe en vert pour apport d’azote assimilable). Je me suis aperçu que l’année suivante, il s’était resemé tout seul et avait un très bel aspect. C’est à partir de cette constatation que j’ai élaboré cette expérience et que je ne sèmerai pas autre chose en intercalaire pour cette année.
Pour le problème de la compétition hydrique que peut poser ce cycle, je me réserve la possibilité de détruire le couvert du rang enherbé (1 rang sur deux, semé de fétuques rouges, de ray-grass, de trèfles blancs) aux disques. Mais je commencerai surtout par le broyage, n’utilisant les disques que lors d’une période de sécheresse… et si la vigne en souffre trop… un outil pompier en quelque sorte.
Voilà l’horizon du « non-agir », cher à Masanobu Fukuoka, qui se rapproche. « Non-agir » ne veut pas dire « non-travail » et veut dire « beaucoup-réfléchir » et « beaucoup-observer ». En fait, je cherche à faire faire le travail par la nature. Les avantages sont nombreux : non polluant, intégration dans le milieu naturel, temps de travail dégagé pour autre chose, baisse des coûts de main d’œuvre, d’intrants fertilisants et de gas-oil (et d’entretien mécanique).
J’ai écrit « milieu naturel » et non « environnement ». C’est pour moi crucial. « Environnement » signifie pour moi que l’Homme est dans un espace qui l’entoure et qui lui est étranger. Ce qui brouille la réalité, puisque nous ne sommes pas étranger à la Nature, nous sommes une part d’elle-même, que nous le voulions ou non. Une agriculture qui protège l’environnement, c’est une agriculture dangereuse dont on essaie de réguler les dangers. C’est « l’agriculture intégrée ».
On construit des haies pour capter les oiseaux, on sème des jachères fleuries pour attirer les papillons (et les touristes), et on diminue les doses de produits chimiques (qui sont de plus en plus concentrés de toute façon). Cà n’est pas sérieux ! Pour moi, l’agriculture doit être une part de la Nature et non un corps étranger. Et c’est possible en réapprenant à regarder.
Reste le problème des pulvérisations phytosanitaires… dont une expérience commencera cet été avec la constitution d’un groupe expérimental de viticulteurs (dont notre domaine) au sein d’Agrobio-Périgord en relation avec Petiot pour l’utilisation des extraits végétaux.
J’en rendrai compte le moment venu.