Domaine de la Voie Blanche

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samedi 28 novembre 2009

La viticulture In Situ...!

Fukuoka dit qu'il ne faut pas s'épuiser à cultiver, mais qu'il faut s'intégrer à l'énergie naturelle pour faire ce que la Nature fait mieux que l'Homme: donner la vie et faire pousser la végétation. Il pronne l'attitude du "Non Agir", ce qui est difficile à comprendre pour des occidentaux. J'ai souvent pensé à cette idée et je me suis rendu compte à quel point, l'acte agricole était un acte qui pouvait être mortifère. Il m'a toujours semblé qu'utiliser des herbicides pour tuer la flore, des pesticides pour tuer la faune, des labours profonds pour tuer le sol, et bientôt des OGM pour tuer la reproduction... tout cela n'était finalement qu'une machine de mort. Tout l'effort était donc de tuer le vivant pour que la seule plante que l'on désire cultiver, soit seule en temps qu'espèce, mais reproduite à des millions d'exemplaires... à l'image d'un champs de maïs dans le Dakota! Je ne suis jamais arrivé à me faire à l'idée que bien cultiver c'était tuer le vivant. Et finalement, que cette façon d'être agriculteur, non seulement demandait beaucoup de travail, de gas oil et de machines dispendieuses, mais que tout ces efforts avaient pour conséquence un malaise profond: moi paysan, je veux donner la vie et pour cela je massacre le vivant. Depuis plusieurs années, et surtout depuis la lecture de Fukuoka, j'ai réalisé que je ne devais pas cultiver contre la Nature, mais avec elle. L'attention au sol et à sa fertilité, l'élimination des pesticides et des herbicides, la pratique de labours de plus en plus rares et peux profonds, le semis d'engrais verts, l'établissement d'un couvert végétal permanent et l'entretien des haies et des bois aux alentours... tout cela devait arriver à magnifier la vie plutôt qu'à la tuer. J'ai été très heureux lorsque Yannis Araguas est venu analyser mon sol et y a trouvé une vie macro et microbienne intense... je me sentais dans ma vigne au milieu d'un immense organisme vivant. En fait j'essaie d'utiliser les énergies naturelles d'échanges chimiques pour créer une sorte de symbiose avec la vigne. Dans notre culture récente, de Darwin à Marx en passant par Adam Smith ou Machiavel; on a toujours mis l'accent sur la compétition entre les espèces, entre les classes sociales, entre les entreprises, entre les citoyens, entre les salariés... et ainsi de suite. Pourtant, on a oublié la coopération, l'entraide, la symbiose... tous ces comportements que l'on retrouve tant dans la nature que chez l'Homme. Il me semble donc qu'il y a un manque immense dans la façon dont nos cultures perçoivent la réalité, et que ce manque ne nous place que dans des situations de conflits, d'agressivités et de violences. Développer le terme de compétition sans lui adjoindre celui de symbiose... c'est comme semer une graine sans lui apporter de l'eau. Il est évident que pour moi Fukuoka m'a ouvert les yeux sur un renversement du rapport entre l'agriculture et la nature; renversement qui, au lieu d'isoler la plante cultivée du milieu dans laquelle elle se trouve, tant à l'intégrer dans le mouvement végétal de son environnement, de la rendre In Situ. C'est pourquoi je suis, depuis longtemps, receptif aux discours sur la bio diversité, car je crois profondemment que cette prise de conscience est au coeur des enjeux actuels. Je ne suis plus là pour lutter contre la nature mais au contraire pour que les forces vitales de vie qui s'échangent en permanence, profitent à ma vigne. Mon engrais c'est la l'activité biologique! C'est pourquoi, je dois arriver à diminuer mon activité pour la laisser faire par la Nature... c'est pour moi le message central de Fukuoka; passer de l'agriculture à l'agrinature!

Ainsi, l'un des derniers postes où le travail du vigneron est pénible, intense et onéreux, surtout pour un bio, est le desherbage du cavaillon. Cela fait un certain temps qu'avec éric Maille, on réfléchit à ce problème. Mon idée serait de ne presque plus travailler dessous le rang, sans pour autant mettre la vigne dans des difficultés hydriques et minérales. La discussion avec gérard Ducerf aux JTVB d'hier a été pour moi déterminante. Il m'a parlé de deux plantes qui n'ont pas besoin d'eau car elles le stockent dans leurs feuilles, qui ont des racines légères mais bien présentes pour garder une terre travaillée et souple, qui ont des feuilles qui couvrent bien le sol pour le protéger du soleil, du gel et de la battance des pluies et dont les exsudats des racines empêchent les advantices de germer. Ces deux plantes sont la Piloselle et le Plantain corne de cerf. L'autre avantage est qu'elles ont des fleurs dont les tiges ne dépassent pas 10 à 20 cm de hauteur... ce qui permet de ne pas exposer la vigne aux gelées printanières! Ainsi, je me mets à réver d'une symbiose entre le ceps de vigne et la Piloselle. La Piloselle continuerait à entretenir l'activité microbienne du sol sous la vigne sans entrer dans une compétition hydrique et nutritive. Si j'arrive à installer ces deux espèces de fleurs, je n'aurais qu'un passage d'intercep tout les 4 ou 5 ans, pour renouveller les semis. Bien entendu, il faudra envisager la rotation entre les semis, pour éviter d'ajouter à une monoculture, la vigne, une autre, le plantain ou la piloselle! Cela veut dire aussi qu'il faudra bien gérer les couverts végétaux des inter-rangs, ainsi que leurs engrais verts, pour qu'il y ait diversité, complémentarité et non concurrence. En plus, quelle magnifique paysage serait celui d'une vigne au milieu des fleurs! Plus tard je parlerai du dernier poste que je souhaiterai diminuer: les traitements phytosanitaires... et comme pour le précédent, c'est un des intervenants des JTVB qui a suscité en moi des réflexions peut-être porteuses d'avenir.

lundi 2 novembre 2009

engrais vert

Il pleut sur le Périgord noir. Cette pluie est la principale raison de mon silence durant ces quelques jours. On est fin octobre, c'est le meilleur moment pour semer des plantes qui vont fertiliser le sol et nourrir Petit Manoir. Les trois plantes que j'ai semées sont, de l'avoine, de la féverole et de la navette; une céréale, une légumineuse et une crucifère... ceci dans l'ordre. Il a fallu d'abord labourer, du lundi au vendredi, l'après midi et le soir jusqu'à 23h00, car le matin la rosée rend la terre impraticable. Une fois le labour fait, il a fallu aplanir les sillons pour pouvoir semer.... ce que j'ai fait hier avec des disques. La pluie était prévue pour aujourd'hui 19h00. Il fallait faire vite. Ce matin, après plusieurs hésitations... le sol est trop humide, je n'aurais pas le temps de positionner les graines, puis de les recouvrir (je n'ai pas de semoir intégré)... la pluie arrivera trop tôt... si je ne peux pas les recouvrir, les graines seront à l'air libre pendant tout le temps qu'il pleuvera... 4 jours, une semaine, un mois, plusieurs mois? autant dire que les semences seront perdues. C'est une course contre la montre. Jean vient me voir à mon tracteur, le vicon est attelé prêt à semer. J'hésite, il me demande pourquoi... je le lui dit... il me répond: "sème, tu n'es pas sûr de pouvoir le faire dans 15 jours après il sera trop tard... ne t'inquiètes pas, la pluie arrivera ce soir, si te ne perds pas une minute, tu y arrivera." Autant vous dire que Jean, paysan, 86 ans, est pour moi plus qu'un ami. Cela voulait dire que je passerai le dimanche tout entier dans le tracteur... sans même avoir le temps du repas dominical. C'est le métier de vigneron. La nature décide, pas le calendrier! Je me suis donc lancé dans le semis toute la journée au milieu des chasseurs et des vacanciers. à 19h00 tout était fini, la pluie est arrivée à 20h00, longue, drue, importante et libératrice. Le positionnement de la semence est optimal. La terre a été travaillée sèche. Le semis s'est fait sur une lit de semence souple. La pluie tombe dessus, assurant la germination qui sera surveillée dans les jours qui viennent. La météo prévoit 8 jours de pluie... c'est parfait!

Tout ce mal que l'on se donne, c'est pour éviter de mettre des engrais chimiques dans le sol. C'est sûr qu'il est plus facile de mettre un engrais au mois de février avec le vicon, que de semer entre les pluies des végétaux qui vont faire office d'engrais. On ne rate jamais, sauf problèmes mécaniques, le positionnement d'un engrais chimique, alors que l'on peut rater son semis d'engrais vert ou on peut le perdre au printemps. C'est souvent pour cette raison que des gens hésitent à passer en bio. L'organisation du travail est différente. Elle est plus dépendante de dame Nature. Pour ce qui est du choix des semences, j'ai beaucoup hésité. La raison de ce mélange vient du fait que j'ai besoin d'azote en avril pour la pousse du printemps... d'où l'utilisation de la féverole qui est une légumineuse. Par ailleurs, j'ai ajouté de la navette qui est une crucifère. Elle va rajouter des sucres... essentielles à la vigne. Mais ce sont des "sucres rapides", il me faut aussi des "sucres lents": la cellulose, d'où la céréale: l'avoine. Ces "sucres lents", c'est pour la fleur et la nouaison, lorsque les sucres de la crucifère auront été digéré par la vigne. C'est comme lorsque l'on fait du sport, on prendra du chocolat pour un effort violent et court, on mangera des pâtes, si l'on veut faire un effort plus soutenu et plus long comme pour un marathon. Ainsi, les engrais verts vont recouvrir le sol tout l'hiver, ce qui va protéger, du gel, de la pluie... tout les mico-organisme qui s'y trouvent, prêt ainsi à digérer tout végétaux morts, et ainsi a "relarguer" les matières nutritives à la vigne. Leurs racines vont créer une activité vivifiante, en stimulant le sol, et aérante en y amenant de l'oxygène. Une fois fauchées au printemps, leurs différents éléments vont se décomposer grâce à la fertilité naturelle du sol qui a été préservé pendant l'hiver par le couvert végétal (champignons, insectes, bactéries...). Cette décomposition formera en partie l'humus (garde manger) et d'autre part mettra les éléments nutritifs au service de la plante qui pousse et qui a besoin de cette énergie.

Donc pour nourrir ma vigne, je ne lui apporte pas directement l'azote, le phosphore et la potasse... je travaille à fertiliser la terre, qui ensuite, dans un échange presque symbiotique, va lui apporter ce dont elle a besoin. En fait, le processus n'est pas d'analyser ce que la plante veut, mais de regarder comment la nature fonctionne et de s'en inspirer pour construire un agriculture naturelle. C'est une démarche diamétralement opposée à celle de l'agriculture chimique. L'idée est de soigner son environnement, le sol, dans l'idée que l'échange plante/sol fera ce qu'il a toujours merveilleusement fait: créer la vie. Si je regarde une forêt: elle n'a pas reçue d'engrais... elles est souvent sur les plus mauvaises terres... les bonnes sont cultivées... elle n'a pas reçu d'insecticide.. ni d'OGM et pourtant elle produit une masse de végétaux qu'aucun agriculteur n'est capable de faire (sans parler des proteïnes animales (cerf, sangliers, lapins...) j'en sais quelquechose). C'est cette respiration que je cherche à capter... ressentir la santé de mon sol, le protéger, ne pas le laisser nu trop longtemps, favoriser la diversité végétale et animale, ne jamais l'agresser par des herbicides et des pesticides. Avoir la foi qu'un sol équilibré, naturel, saura toujours se défendre contre des menaces... bref! plutôt que de donner un fusil à un soldat... créer les conditions globales qui rendent l'agression... inutile. Ce sont peut-être de belles paroles... mais j'y crois.