vendredi 23 janvier 2009
le desherbage sous le rang
Par marc Dalbavie, vendredi 23 janvier 2009 à 21:50 :: travail de la terre
Pour un vigneron, un rang de vigne sans concurrence d'herbes est très important pour le pied de vigne. Pendant des millénaires, le "desherbage" a toujours représenté un travail laborieux, pénible et nécessaire à la bonne santé et donc à la production de la vigne (et du potager). Beaucoup de fils, petit fils, arrière-petit fils de vigneron, ont abandonné la vigne à cause de ça! Je me souviens d'une voisine (d'un âge certain) qui détestait la vigne, car quand elle était jeune, son père l'envoyait souvent "sarcler" la vigne. C'était dur et fatiguant. Elle en garde un très mauvais souvenir. Il y a eu deux améliorations dans ce travail: le cavaillonage puis, à l'époque moderne, l'utilisation de défoliants et d'anti-germinatifs chimiques!
Le cavaillonage consiste à "butter" la vigne, c'est-à-dire former une butte autour des pieds de vigne. On appelle cela cavailloner ou chausser la vigne. Une fois le cavaillon fait, on laisse l'hiver passer, puis au printemps, avant que les bourgeons ne "débourrent" on déchausse, c'est-à-dire on retire le cavaillon. On applanit le rang de vigne. La terre ayant été travaillée par le chaussage elle est toujours souple. Le fait de déchausser, empêche les herbes et leurs graines d'éclorent ou de se développer. Une fois le déchaussage fait par une vigneronne, on cure le rang de vigne avec un soc monté sur une charrue à axe déporté. Cette charrue a été remplacé par des décavailloneuses automatiques montées sur tracteur type Egretier. Puis on rechausse en juin avant la fleur! Ainsi, la terre qui est sous les pieds de vigne (sous le rang) est toujours fine et travaillée... et les "mauvaises herbes" ne peuvent pas s'installer facilement étant génées par les passages successifs. Les cavailloneuses et vigneronnes, n'étaient pas toujours très précises et les boeufs pouvaient par leur corpulence, enlever, au moment du déchaussage, des bourgeons à cause des frottements de leur imposant corps sur la vigne. C'est pourquoi on a adopté en Périgord, plutôt des chevaux. Ils ont l'inconvénient d'être plus nerveux et donc plus difficiles à maîtriser (combien de ceps de vigne n'ont-ils pas été arraché à cause d'eux), mais leur finesse permettait de garder tous les bourgeons et donc toute la capacité de production du domaine. Tout cela est bucolique et bien pastoral... lorsque la chimie est arrivée, la libération obtenue grâce au desherbage chimique, a entrainé tout le monde viticole à l'utiliser... sans beaucoup de mesure! En effet, passer une "rampe" de desherbage avec un liquide destructeur de toutes les plantes "nuisibles"... c'est rapide, facile, efficace et rentable. Point besoin de travailler le sol avec des matériels lourds et exigeants (il faut une solidité du matériel). Il suffit d'un réservoir qui contient le produit, et d'une rampe munie de jets qui propulsent les liquides en brouillard sur les feuilles "concurrentes". Les viticulteurs bios se sont battus contre ces nouvelles pratiques polluantes et ont remplacé ces "intrants" chimiques par un retour au "travail du sol". Mais bien entendu, notre musculation n'est plus habituée à ce pénible effort de "tirer le cavaillon". C'est pourquoi, nous poussons les constructeurs à fabriquer des outils, qui derrière le tracteur (ou devant, ou sur le côté) , permettent d'arracher les herbes et de laisser propre "le rang" de vigne, même si on couvre l'inter-rang, ce qui est entre deux rangs de vigne, d'un enherbement. Ainsi, mon outil le naturagriff est parfait pour cela.
Il consiste en deux bras supportants des dents rotatives, qui en tournant, arrachent les mauvaises herbes. Les bras sont munis de tateurs, qui évitent ainsi, le pied de vigne, et se rétractent devant. L'inconvenient c'est qu'il faut travailler souvent pour maintenir un sol propre. C'est pourquoi, même en Janvier, quand il n'y a pas grand chose à faire au niveau du sol, je fais un passage de naturagriff, pour entretenir et éliminer les herbes qui se sont intallées en Automne, et qui riquent d'être difficiles à extraire une fois installées en été! En effet, si les mois de mars et avril sont pluvieux, le vigneron bio ne peut pas aller dans les vignes pour desherber car la terre devient boueuse, c'est pourquoi, un passage d'hiver est préventif, et permet d'avoir un travail de printemps moins lourd avec des herbes moins denses et moins corriaces!
ainsi, le sol qui est "sous" le pied de vigne reste non enherbé sans produit chimique et sans travail manuel pénible et lourd à mettre en place. Il n'existe plus ce que l'on appelait autrefois des "gratteurs". Ils passaient tout l'hiver à gratter à l'aide d'une houe, les vignes aux alentours. Ainsi, elles étaient prêtes à redémarrer au Printemps, sans concurrence déloyale. Ces "gratteurs" avaient une musculature et une résistance à un travail quasi de forçat, qu'il n'est plus possible aujourd'hui de trouver. L'Homme dispose, dans nos régions, d'un confort qu'il ne veut plus négocier. Je ne lui jetterai pas la pierre.