Domaine de la Voie Blanche

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dimanche 30 mai 2010

Vignes des enfants suite...

Antoine et françois ont décidé, profitant du beau temps, de passer les griffes dans leur carré de vigne. Il a fallu sortir le vieux cultivateur à cheval.

Il y a une chose que l'on oublie bien souvent, c'est que le matériel ancien a continué d'être employé lorsque l'on est passé du cheval au tracteur. Il a fallu plusieurs dizaines d'années avant d'obtenir une large gamme de matériels adaptée au nouveau moyen de traction. Dans le petit carré de vigne, aucune "machine" du Domaine ne peut entrer dans les rangs qui sont très étroits. C'est pourquoi on est obligé de réutiliser les vieux outils que l'on attele au Kubota, petit tracteur 4 roues motrices, utilisé au jardin. François décide de ne pas conduire le tracteur, mais de "griffer" lui-même le sol.

C'est le moment idéal pour faire ce travail du sol. Il a beaucoup plu il y a 10 jours, le sol est ressuyé, il fait chaud et sec, la terre se laissera encore faire pendant 2 ou 3 jours... après... soit il pleuvera soit le sol sera trop dur.

Une fois dans le rang, celui qui tient la charrue doit peser de son poid et surtout rester bien au milieu, la charrue ayant tendance à se déporter à chaque pierre rencontrée.

François montre beaucoup de maîtrise pour un jeune apprenti et Antoine manie le tracteur avec habileté et précision... le moindre écart et l'engin écrase le rang de vigne... certes la vitesse est à peine celle d'une tortue... mais il ne faut pas relacher l'attention. Le travail se fait parfaitement bien, et le sol s'oxygène et se "nettoie" avec beaucoup de facilité

C'est le secret d'un bon travail viticole, surtout avec l'argile, il faut le faire au bon moment... et François ne s'était pas trompé.. il fallait le faire maintenant

Sur un autre inter-rang, on a décidé de semer un engrais vert (ici du blé du domaine). En le broyant on n'aura peut-être plus besoin de travailler le sol avec la charrue...

... les plantes le feront à notre place... on fera le point après les vendanges. En attendant, par cette chaude journée de Mai, deux enfants ont voulu se rapprocher de la terre et renouer avec de biens vieilles pratiques qui demandent l'engagement du corps et le dialogue avec le vent. Point de produits chimiques faciles, point d'outils automatiques qui placent le vigneron plutôt dans une cabine de pilotage d'avion, que proche de la terre qu'il pourtant travaille. Ces deux enfants ont décidé que leur regard qui porte l'avenir, se nourrit d'une vieille image perdue... comme si elle ne cessait pas de les pousser de l'avant.

dimanche 25 avril 2010

Vigne des enfants

Une fois le pliage des lattes fait, il a fallu sortir les bois des rangs de vigne pour en faire des fagots, bien rangés en bout de rang. C'est enfin chose faite:

Les fagots ont toujours été la propriété des vignerons qui taillent la vigne. La loi existe encore mais elle n'est plus appliquée. Souvent les sarments sont broyés ou brûlés. François et Antoine ont décidé de les donner à des amis qui adorent se faire les fameuses côtelettes d'agneau aux sarments de vigne... ayant un four à pain dans la propriété, il a aussi décidé de s'en garder quelques uns...! Sage décision, la générosité n'empêche pas un certain réalisme. Puis, j'ai dû sortir la vieille décavailloneuse autrefois tirée par un cheval, stockée dans la grange

aucune machine du domaine ne pouvant passer dans cette petite vigne, nous l'avons attelée à un Kubota... puis nous avons "ouvert" les rangs de vigne

on dit aussi "curer", mais c'est moins joli. Il faut une certaine maitrise de l'outil pour bien le faire... heureusement j'avais fait, il y a plusieurs années, un stage chez Jean, que je voyais faire avec son cheval quand j'avais 4 ans. Il m'a appris le "tour de main"... et a beaucoup ri comme d'habitude. Ainsi, les pieds sont débarrassés en partie de l'herbe et peuvent se gaver de nourriture et d'eau. Au moment du débourrement, c'est très important. Après la fleur, pour respecter les "quatre façons" on recavaillonera avec une vigneronne... tirée par le Kubota... peut-être un jour par le cheval... qui sait. François m'a bien aidé, je crois qu'il aura le coup de main.

samedi 17 avril 2010

aération de printemps

Ce matin après le lever, je suis tombé en admiration devant le cerisier en fleur...

Une explosion de parfums et de couleurs... c'est toujours un emerveillement pour moi. La chaleur des journées ensoleillées que nous avons, autour de 19° à 21° permet la montée de la sève aux fleurs, l'activité des abeilles... promesse de fruits et de miel! Après une semaine de très beau temps, et un décavaillonage de la vigne hier avec Guillaume, j'ai sauté à nouveau sur mon massey pour atteler les dents Michel. L'instrument est assez impressionnant

Il a fallu que je permute les dents ce matin... chaque dent pèse son poids, et les sortir du cadre pour les réincérer, a nécessité une masse. La mécanique agricole n'utilise que rarement des tournevis d'électronicien. L'intérêt de cet outil pour moi et qu'il aère le sol en profondeur sans bouleverser les horizons... c'est à dire les différents niveaux du sol comme le fait un labour avec une charrue (qui met dessous la terre du dessus) et pire le défonçage du sol (excuse moi Hervé! je n'ai pas fait exprès). Le sol est respecté grâce à ces dents qui sont montées sur des supports courbes:

L'outil va donc aérer le sol en soulevant et en brisant les compactages, ceci assez profondément sans affecter la structure du sol ni sa surface

Comme on le voit, on a à peine l'impression qu'un travail a été fait. L'idée et de créer une circulation, la plus intense possible entre la vigne et la roche mère pour puiser le maximum d'arômes dans le terroir. Cet aération va véritablement faire exploser l'activité fertile et les racines de la vigne vont littéralement plonger pour se nourrir d'éléments organiques ainsi délivrés... la roche mère étant à quelques centimètres... la jonction se fera assez rapidement. En plus, les racines paresseuses qui restent en surface sont coupées. La vigne est forcée de plonger et de chercher sa nourriture dans des humus qui ne sont pas touchés par la sécheresse estivale. Lorsque l'argile se rétracte et se gonfle au fur et à mesure de l'alternance des pluies et des périodes sèches, il casse aussi les racines de la vigne l'obligeant à en reformer d'autres... d'où l'intérêt de l'argile pour la vigne. Car se rythme naturel, que j'amplifie simplement, est très qualitatif pour le vin.

samedi 28 novembre 2009

La viticulture In Situ...!

Fukuoka dit qu'il ne faut pas s'épuiser à cultiver, mais qu'il faut s'intégrer à l'énergie naturelle pour faire ce que la Nature fait mieux que l'Homme: donner la vie et faire pousser la végétation. Il pronne l'attitude du "Non Agir", ce qui est difficile à comprendre pour des occidentaux. J'ai souvent pensé à cette idée et je me suis rendu compte à quel point, l'acte agricole était un acte qui pouvait être mortifère. Il m'a toujours semblé qu'utiliser des herbicides pour tuer la flore, des pesticides pour tuer la faune, des labours profonds pour tuer le sol, et bientôt des OGM pour tuer la reproduction... tout cela n'était finalement qu'une machine de mort. Tout l'effort était donc de tuer le vivant pour que la seule plante que l'on désire cultiver, soit seule en temps qu'espèce, mais reproduite à des millions d'exemplaires... à l'image d'un champs de maïs dans le Dakota! Je ne suis jamais arrivé à me faire à l'idée que bien cultiver c'était tuer le vivant. Et finalement, que cette façon d'être agriculteur, non seulement demandait beaucoup de travail, de gas oil et de machines dispendieuses, mais que tout ces efforts avaient pour conséquence un malaise profond: moi paysan, je veux donner la vie et pour cela je massacre le vivant. Depuis plusieurs années, et surtout depuis la lecture de Fukuoka, j'ai réalisé que je ne devais pas cultiver contre la Nature, mais avec elle. L'attention au sol et à sa fertilité, l'élimination des pesticides et des herbicides, la pratique de labours de plus en plus rares et peux profonds, le semis d'engrais verts, l'établissement d'un couvert végétal permanent et l'entretien des haies et des bois aux alentours... tout cela devait arriver à magnifier la vie plutôt qu'à la tuer. J'ai été très heureux lorsque Yannis Araguas est venu analyser mon sol et y a trouvé une vie macro et microbienne intense... je me sentais dans ma vigne au milieu d'un immense organisme vivant. En fait j'essaie d'utiliser les énergies naturelles d'échanges chimiques pour créer une sorte de symbiose avec la vigne. Dans notre culture récente, de Darwin à Marx en passant par Adam Smith ou Machiavel; on a toujours mis l'accent sur la compétition entre les espèces, entre les classes sociales, entre les entreprises, entre les citoyens, entre les salariés... et ainsi de suite. Pourtant, on a oublié la coopération, l'entraide, la symbiose... tous ces comportements que l'on retrouve tant dans la nature que chez l'Homme. Il me semble donc qu'il y a un manque immense dans la façon dont nos cultures perçoivent la réalité, et que ce manque ne nous place que dans des situations de conflits, d'agressivités et de violences. Développer le terme de compétition sans lui adjoindre celui de symbiose... c'est comme semer une graine sans lui apporter de l'eau. Il est évident que pour moi Fukuoka m'a ouvert les yeux sur un renversement du rapport entre l'agriculture et la nature; renversement qui, au lieu d'isoler la plante cultivée du milieu dans laquelle elle se trouve, tant à l'intégrer dans le mouvement végétal de son environnement, de la rendre In Situ. C'est pourquoi je suis, depuis longtemps, receptif aux discours sur la bio diversité, car je crois profondemment que cette prise de conscience est au coeur des enjeux actuels. Je ne suis plus là pour lutter contre la nature mais au contraire pour que les forces vitales de vie qui s'échangent en permanence, profitent à ma vigne. Mon engrais c'est la l'activité biologique! C'est pourquoi, je dois arriver à diminuer mon activité pour la laisser faire par la Nature... c'est pour moi le message central de Fukuoka; passer de l'agriculture à l'agrinature!

Ainsi, l'un des derniers postes où le travail du vigneron est pénible, intense et onéreux, surtout pour un bio, est le desherbage du cavaillon. Cela fait un certain temps qu'avec éric Maille, on réfléchit à ce problème. Mon idée serait de ne presque plus travailler dessous le rang, sans pour autant mettre la vigne dans des difficultés hydriques et minérales. La discussion avec gérard Ducerf aux JTVB d'hier a été pour moi déterminante. Il m'a parlé de deux plantes qui n'ont pas besoin d'eau car elles le stockent dans leurs feuilles, qui ont des racines légères mais bien présentes pour garder une terre travaillée et souple, qui ont des feuilles qui couvrent bien le sol pour le protéger du soleil, du gel et de la battance des pluies et dont les exsudats des racines empêchent les advantices de germer. Ces deux plantes sont la Piloselle et le Plantain corne de cerf. L'autre avantage est qu'elles ont des fleurs dont les tiges ne dépassent pas 10 à 20 cm de hauteur... ce qui permet de ne pas exposer la vigne aux gelées printanières! Ainsi, je me mets à réver d'une symbiose entre le ceps de vigne et la Piloselle. La Piloselle continuerait à entretenir l'activité microbienne du sol sous la vigne sans entrer dans une compétition hydrique et nutritive. Si j'arrive à installer ces deux espèces de fleurs, je n'aurais qu'un passage d'intercep tout les 4 ou 5 ans, pour renouveller les semis. Bien entendu, il faudra envisager la rotation entre les semis, pour éviter d'ajouter à une monoculture, la vigne, une autre, le plantain ou la piloselle! Cela veut dire aussi qu'il faudra bien gérer les couverts végétaux des inter-rangs, ainsi que leurs engrais verts, pour qu'il y ait diversité, complémentarité et non concurrence. En plus, quelle magnifique paysage serait celui d'une vigne au milieu des fleurs! Plus tard je parlerai du dernier poste que je souhaiterai diminuer: les traitements phytosanitaires... et comme pour le précédent, c'est un des intervenants des JTVB qui a suscité en moi des réflexions peut-être porteuses d'avenir.

lundi 2 novembre 2009

engrais vert

Il pleut sur le Périgord noir. Cette pluie est la principale raison de mon silence durant ces quelques jours. On est fin octobre, c'est le meilleur moment pour semer des plantes qui vont fertiliser le sol et nourrir Petit Manoir. Les trois plantes que j'ai semées sont, de l'avoine, de la féverole et de la navette; une céréale, une légumineuse et une crucifère... ceci dans l'ordre. Il a fallu d'abord labourer, du lundi au vendredi, l'après midi et le soir jusqu'à 23h00, car le matin la rosée rend la terre impraticable. Une fois le labour fait, il a fallu aplanir les sillons pour pouvoir semer.... ce que j'ai fait hier avec des disques. La pluie était prévue pour aujourd'hui 19h00. Il fallait faire vite. Ce matin, après plusieurs hésitations... le sol est trop humide, je n'aurais pas le temps de positionner les graines, puis de les recouvrir (je n'ai pas de semoir intégré)... la pluie arrivera trop tôt... si je ne peux pas les recouvrir, les graines seront à l'air libre pendant tout le temps qu'il pleuvera... 4 jours, une semaine, un mois, plusieurs mois? autant dire que les semences seront perdues. C'est une course contre la montre. Jean vient me voir à mon tracteur, le vicon est attelé prêt à semer. J'hésite, il me demande pourquoi... je le lui dit... il me répond: "sème, tu n'es pas sûr de pouvoir le faire dans 15 jours après il sera trop tard... ne t'inquiètes pas, la pluie arrivera ce soir, si te ne perds pas une minute, tu y arrivera." Autant vous dire que Jean, paysan, 86 ans, est pour moi plus qu'un ami. Cela voulait dire que je passerai le dimanche tout entier dans le tracteur... sans même avoir le temps du repas dominical. C'est le métier de vigneron. La nature décide, pas le calendrier! Je me suis donc lancé dans le semis toute la journée au milieu des chasseurs et des vacanciers. à 19h00 tout était fini, la pluie est arrivée à 20h00, longue, drue, importante et libératrice. Le positionnement de la semence est optimal. La terre a été travaillée sèche. Le semis s'est fait sur une lit de semence souple. La pluie tombe dessus, assurant la germination qui sera surveillée dans les jours qui viennent. La météo prévoit 8 jours de pluie... c'est parfait!

Tout ce mal que l'on se donne, c'est pour éviter de mettre des engrais chimiques dans le sol. C'est sûr qu'il est plus facile de mettre un engrais au mois de février avec le vicon, que de semer entre les pluies des végétaux qui vont faire office d'engrais. On ne rate jamais, sauf problèmes mécaniques, le positionnement d'un engrais chimique, alors que l'on peut rater son semis d'engrais vert ou on peut le perdre au printemps. C'est souvent pour cette raison que des gens hésitent à passer en bio. L'organisation du travail est différente. Elle est plus dépendante de dame Nature. Pour ce qui est du choix des semences, j'ai beaucoup hésité. La raison de ce mélange vient du fait que j'ai besoin d'azote en avril pour la pousse du printemps... d'où l'utilisation de la féverole qui est une légumineuse. Par ailleurs, j'ai ajouté de la navette qui est une crucifère. Elle va rajouter des sucres... essentielles à la vigne. Mais ce sont des "sucres rapides", il me faut aussi des "sucres lents": la cellulose, d'où la céréale: l'avoine. Ces "sucres lents", c'est pour la fleur et la nouaison, lorsque les sucres de la crucifère auront été digéré par la vigne. C'est comme lorsque l'on fait du sport, on prendra du chocolat pour un effort violent et court, on mangera des pâtes, si l'on veut faire un effort plus soutenu et plus long comme pour un marathon. Ainsi, les engrais verts vont recouvrir le sol tout l'hiver, ce qui va protéger, du gel, de la pluie... tout les mico-organisme qui s'y trouvent, prêt ainsi à digérer tout végétaux morts, et ainsi a "relarguer" les matières nutritives à la vigne. Leurs racines vont créer une activité vivifiante, en stimulant le sol, et aérante en y amenant de l'oxygène. Une fois fauchées au printemps, leurs différents éléments vont se décomposer grâce à la fertilité naturelle du sol qui a été préservé pendant l'hiver par le couvert végétal (champignons, insectes, bactéries...). Cette décomposition formera en partie l'humus (garde manger) et d'autre part mettra les éléments nutritifs au service de la plante qui pousse et qui a besoin de cette énergie.

Donc pour nourrir ma vigne, je ne lui apporte pas directement l'azote, le phosphore et la potasse... je travaille à fertiliser la terre, qui ensuite, dans un échange presque symbiotique, va lui apporter ce dont elle a besoin. En fait, le processus n'est pas d'analyser ce que la plante veut, mais de regarder comment la nature fonctionne et de s'en inspirer pour construire un agriculture naturelle. C'est une démarche diamétralement opposée à celle de l'agriculture chimique. L'idée est de soigner son environnement, le sol, dans l'idée que l'échange plante/sol fera ce qu'il a toujours merveilleusement fait: créer la vie. Si je regarde une forêt: elle n'a pas reçue d'engrais... elles est souvent sur les plus mauvaises terres... les bonnes sont cultivées... elle n'a pas reçu d'insecticide.. ni d'OGM et pourtant elle produit une masse de végétaux qu'aucun agriculteur n'est capable de faire (sans parler des proteïnes animales (cerf, sangliers, lapins...) j'en sais quelquechose). C'est cette respiration que je cherche à capter... ressentir la santé de mon sol, le protéger, ne pas le laisser nu trop longtemps, favoriser la diversité végétale et animale, ne jamais l'agresser par des herbicides et des pesticides. Avoir la foi qu'un sol équilibré, naturel, saura toujours se défendre contre des menaces... bref! plutôt que de donner un fusil à un soldat... créer les conditions globales qui rendent l'agression... inutile. Ce sont peut-être de belles paroles... mais j'y crois.

jeudi 29 octobre 2009

labour suite

Aujourd'hui j'ai labouré les merlots dans une lumière divine

Les tons ocres faisaient ressortir le brun de la terre. On peut voir la charrue au travail

Il faut vraiment de la puissance pour travailler cette terre ou seule la vigne pousse. Les pierres, le rocher et l'argile ne se laisse pas faire et sont la raison pour laquelle les paysans sont descendus travailler dans la vallée, sur des terres plus facile. Mais rien ne remplacera la vue sur les coteaux, Le paysage si équilibré et la qualité du terroir... même pour le blé

mercredi 28 octobre 2009

Labour

Et voilà, finalement, j'ai opté pour le travail du sol. L'arrivée des pluies dimanche, le très beau temps de la semaine, l'urgence de semer les engrais verts... tout cela m'a orienté vers le travail à la vigne. Je ferai ce qu'il faut au chai; après! Il a fallu atteler ma vieille vigneronne pour une "façon" qui prend son origine dans la nuit des temps: le cavaillonage. C'est à dire l'opération qui consiste à butter les pieds de vigne et à ouvrir le centre du rang. Voici ma charrue:

elle n'est pas toute jeune et cette vieille charrue chante mieux que bien d'autres. Le labour est important dans la vigne car il aere la terre et la débarrasse d'herbes encombrantes pour pouvoir y semer des plantes qui vont enrichir le sol. Autrefois cela prenait bien une bonne partie de l'automne, avant de fumer les terres... ou après. Tenez regardez le travail

rien ne travaille mieux le sol d'une vigne qu'une vigneronne. Bien sûr, il faut la régler, et cela n'est pas toujours facile... mais une fois le réglage réussi grâce aux conseils des anciens... en l'occurence Jean... c'est un vrai bonheur de travailler avec. Sur cette photo on voit bien les pieds de vigne qui sont recouverts d'une "couverture" de terre pour passer l'hiver au chaud, et le centre du rang qui est ouvert avec les sillons du labour

Quand je pense que le cavaillonage se pratiquait déjà chez les romains puisqu'on a trouvé des traces d'anciennes vignes grâce aux restes des cavaillons. C'est d'ailleurs assez émouvant de voir émerger le sarclage des buttes, quelquefois enfoui à 1 mètre sous terre, fait par un paysan mort il ya 2000 ans! Cela n'avait pas changé jusqu'à l'arrivée des herbicides au XX° siècle, libérant le vigneron de ce travail éprouvant qui consiste à desherber la vigne. Mais, depuis lors, on a abandonné le travail du sol et avec lui, l'entretien de la fertilité des terres grâce à l'aération tant précieuse à la vie des micro-organismes. De nombreux sols ont vu leur structure se dégrader depuis 40 ans. Que l'on utilise des plantes ou des outils, il faut retravailler la terre. Elle a besoin de soins tout autant que les plantes. L'idéal est d'arriver à tout faire avec des semis d'engrais verts; ne travailler la terre qu'en semant des plantes, puis en les détruisant pour que la décomposition de leurs racines amène de l'oxygène et des matières nutritives. C'est ce qu'on appelle l'agriculture naturelle. Son fondateur est Masaboni Fukuoka, paysan et ingénieur japonnais, qui a passé 50 ans de sa vie à observer la nature afin d'en déceler les potentialités agricoles. Il en est arrivé à une démarche du "non-agir". Je vous expliquerai cela plus tard. Aujourd'hui, j'ai commencé le cavaillonage par la jeune plantation de cabernets francs... demain je fais les bourdalès et une partie des merlots.

jeudi 18 juin 2009

échalas and C°

Aujourd'hui, fin d'une journée harassante... 450 échalas plantés à la massette depuis 7h00 du matin jusqu'à 20h00!

Guillaume rivalise d'engagement et de précision... il faut les aligner alors que le sol est plein de cailloux et qu'un échalas n'a pas la résistance d'une barre de métal.

Pourquoi avoir décidé de palisser cette parcelle avec des échalas? et bien tout simplement parce que c'est l'ancienne technique de conduite de la vigne avant l'industrie du métal qui a permi de réaliser des fils en fer, parce que le Bourdalès est un vieux cépage et que nous voulons lui redonner son environnement d'origine, parce que nous voulons faire une expérience et parce que c'est beau! Tenez, la parcelle avant

ce n'est pas sans une beauté sauvage d'ailleurs...: maintenant la parcelle après

on redécouvre une beauté d'autrefois et la raison pour laquelle elle a été lachement abandonnée... son installation est exténuante!!! Même Taïga n'en peut plus!

C'est dire!

Le bras droit est ce soir totalement ankylosé... et la chaleur nous a fait boire des litres d'eau... moi qui n'aime que le vin! Quel supplice... enfin, c'est fait et le résultat est tout simplement émouvant... comme un souvenir qui émerge d'une photo en noir et blanc. Chaque pied a son échalas. Il est un individu et a droit donc à toute l'attention qu'on imagine. A première vue, il semble que l'air tourne autour du pied ainsi que la lumière. Il n'est pas étouffé par ses voisins comme dans une conduite au fil de fer. Il profite au maximum de la photosynthèse... c'est un gros avantage. L'inconvénient est que tout est manuel, pas de mécanisation possible... c'est son point noir. Mais le pied risque de gagner en soin, et c'est pas plus mal. Pour un domaine de 150 hectares... impossible, bien sûr! Enfin nous verrons les maturités à la prochaine vendange et le vin que le Bourdalès va donner. Surprise totale. Il n'y en aura pas pour tout le monde car la production va être infime... nous n'avons que 500 pieds!

lundi 8 juin 2009

Les travaux se bousculent

Une très belle période vient de finir avec 10 jours de plein soleil et des températures estivales, et pour nous la chance que ce très beau temps a coïncidé avec notre floraison qui se termine. Les travaux viticoles ont absorbé tout le temps libre qui me restait: avec les foins...

et oui, on a une toute petite production de foin au domaine! mais pas de vaches ni de chevaux... pour le cheval, on continue a y penser très fort...! peut-être un jour?

Il a fallu travailler le sol et surtout profiter du soleil pour désherber avant les prochaines pluies. On a passé les disques

Ceux-là ne font pas de musique! mais ils sont particulièrement efficaces quand il s'agit de faire respirer le "sol" et de nettoyer les mauvaises (fausses) herbes (notes). Oui, j'avoue, c'est un peu facile... on ne peut pas être en forme tous les jours! Pour que le passage de disques ait un impact, il est indispensable que le sol soit "ressuyé" après les pluies ce qui demande quelques jours de beau temps, puis que le soleil dessèche les herbes ainsi arrachées. Autant dire que la fenêtre d'intervention ne supporte pas l'improvisation. Si l'on rate ce moment...? L'avenir ne nous dit pas quand de telles conditions reviendront!

Juste avant les pluies de vendredi, il a fallu traiter la vigne... et oui on traite aussi en bio... mais rassurez vous, aucun produit chimique pénétrant n'est utilisé, juste des extraits de plantes (ortie , prêle...) et des doses homéopathiques de cuivre naturel

C'est Guillaume qui a fait le traitement. Il faut avancer à 5,7 km/heure dans un rang à 2 mètres de large avec un tracteur d'une largeur de 1m40... autant dire qu'il ne faut pas faire ne serait-ce qu'un mini-écart sinon... on chevauche un rang de vigne! Et je vous assure qu'à cette vitesse dans une vigne avec un sol irrégulier... çà va très vite! Il ne s'agit pas de penser à autre chose... la concentration est rivée sur le volant du tracteur... sans compter les bouts de rang où il faut tourner avec des tallus hauts et glissants qui ne demandent qu'à faire basculer le tracteur. Des accidents arrivent fréquemment... faire du vin comporte ses dangers! Heureusement, aucun accident au domaine... mais touchons du bois... de chêne neuf bien sûr... et si possible en provenance de la forêt de Tronçais!

samedi 30 mai 2009

Ce blé que m'apporte ma vigne

Mais non, je ne veux pas parler d'argent... d'ailleurs la vigne n'en apporte pas beaucoup. Mais par contre, dans la recherche de la bio diversité, du paysage et de la sauvegarde d'une vieille tradition périgourdine, nous avons tenu, au Domaine, à conserver des restes de la technique des Apallus. Technique qui consitait à alterner vigne, fruitiers et blé... et quelquefois, pommes de terre! Notre apallu de pommiers a d'ailleurs été replanté sur l'ancien apallu de ce fruit dont deux vieux arbres témoignent de son existence. Dans cette photo on distingue bien cette ancienne technique

Au domaine on est officiellement conservateur d'une ancienne variété de blé: le blé rouge dont la farine très panifiable, produit des goûts et des saveurs dans le pain, tout à fait exceptionnels. Pas besoin de levure chimique pour faire monter ma pâte, un bon levain naturel... et le tour est joué. C'est jean qui sème le blé, rappelez vous après les vendanges:

après un labour avec "façons inversées" bien entendu, bio oblige, jean avait semé le blé à la volée

image fantastique d'un geste qui plonge ses racines dans la nuit des temps! Jean sourrit d'ailleurs sur cette photo car j'avais essayé de le faire avant lui... et je dois dire que mes graines se répartissaient en bandes semi circulaires à la manière d'un marquage au sol pour le tir au javelot! Jean m'avait montré pourtant... vengeance de l'expérience sur la méchanisation. Au mois de Décembre le blé avait bien poussé

et bien voici où il en est aujourdhui

magnifique, non? Semé à la main sans aucun engrais ni pesticide...! On remarque l'apallu de pommiers! En fait le blé est en train de faire sa floraison

les épis de Rouge sont très beaux... ils ne prennent leur couleur brune, qui leur a donné leur nom, que vers la fin Juin. Les variétés actuelles sont très différentes de celle-ci. Elles n'ont qu'une très petite tige car on a moins besoin de paille de nos jours, et leurs épis sont beaucoup plus grands et plus productifs avec quelquefois une 'barbe", qui les empêche d'être mangés par un quelconque animal. Aujourd'hui, d'ailleurs, les foins battent leur plein

Cette année il est très beau, bernard, producteur de lait et ami, vient tout juste de le couper. Tout cela ajoute à la bio diversité une touche un peu archaïque face aux mers de vignes que l'on trouve dans le Médoc!... à la mono culture... symbole de la modernité... et du progrés.

mardi 19 mai 2009

sarclage

Aujourd'hui le temps étant beau, le sarclage de la vigne est devenu une urgence. Il faut maintenir le sol le plus propre possible. Cela ne veut pas dire qu'il faut tout desherber, çà c'est du jardinage parcs et jardins, un peu d'herbes folles permettent des échanges avec la vigne et un maintient de l'activité biologique, il faut apprendre à avoir une vigne "un peu sale", c'est pas très esthétique, mais c'est très écologique! Néanmoins, il ne faut pas se laisser gagner par l'herbe et en bio on n'a pas le choix: il faut sarcler. Soit avec une décavailloneuse, soit avec un roto-griffe; ce qui est mon cas. Or, c'est la nature de mon sol qui me dicte le moment d'intervenir, car l'argile est capricieux, il fait du bon vin, mais il ne se travaille pas n'importe quand. Il doit être ni trop humide, ni trop sec. Aujourd'hui et demain, c'est idéal car nous avons eu plusieurs jours sans pluie, le sol est parfait et la chaleur va permettre de tuer les herbes qui seront arrachées par le sarclage. Si nous avions prévu d'autres choses.... que nenni, il faut tout laisser tomber pour le sarclage... les pluies de l'année dernière nous avaient empêchés de faire correctement le travail, cette année nous ne voulons pas nous laisser dépasser.

Voilà mon engin lunaire attelé au Massey, prêt à attaquer le rang, et pour cause

l'herbe gagne du terrain, si l'on ne peut pas intervenir pendant 3 seùaines à cause de pluies incessantes, les vignes se retrouveront dans du foin.

Il faut une machine particulièrement solide et bien réglée car elle doit sarcler en évitant de toucher les pieds de vigne et de les arracher.

Dans un sol plein de cailloux, la solidité est primordiale, fiabilité, précision et solidité... voilà le secret! Mais je dois dire que seul l'homme avec sa sarcleuse manuelle répond à ces trois critères. Pour les machines, il faut avoir une bonne caisse à outils... il y a toujours de la casse. Aujourd'hui, j'ai cassé le ressort du bras droit... vite réparé, j'ai utilisé le bout de ressort qui restait... pas le temps d'aller faire les courses, système D, je verrai çà plus tard. Il faut courrir derrière la météo, car demain, au programme, labour d'un rang sur deux et traitement le soir... il parait que des orages guettent le Périgord, alors!

Ouf! j'ai tout terminé. L'outil est rangé dans la grange. La prochaine intervention sous le rang sera un cavaillonage avec une vigneronne: les 4 façons comme on dit... et ceci avant la fleur... avec le rrrrrrrrrr qui roule! Promis Jean, je cavaillone en Juin.

dimanche 26 avril 2009

Premier traitement

Après un long silence dû à des voyages et à une activité viticole intense, me voici revenu à la faveur de pluies abondantes. La semaine dernière était particulièrement chargée dans la vigne grâce au soleil et à la chaleur.... magnifiques auxiliaires pour le desherbage et l'aération des sols. En effet, en viticulture bio, on n'utilise pas de desherbant chimique, on arrache l'herbe pendant que le sol est encore frais et humide sans être mouillé et on compte que le soleil et la chaleur tuent les végétaux ainsi laissés à terre. Sur l'argile la marge de manoeuvre est étroite, il ne faut pas que le sol soit trop sec, et il faut du soleil....! Compliqué! non? Si l'on rate cette fenêtre d'Avril, cela peut repousser le travail à mi-Mai! voire plus tard... les herbes étant mieux installées et plus dures à arracher, voire impossible. Il ne faut donc pas rater le moment et saisir sa chance quand la nature le décide. Il a fallu donc foncer et passer les roto-griffes. Puis, c'était le moment pour semer le couvert végétal un rang sur deux avec passage de disques pour bien mettre les semences en contact avec le sol tout en créant un coussin d'air (particulièrement efficace pour la fertilité). Le semis que j'utilise est un mélange de fétuque rouge et de ray-grass anglais, très bon indice de portance pour supporter les passages du tracteur, et bons régulateurs hydriques. A cela j'ai rajouté du trèfle blanc... une légumineuse intéressante pour amener un peu d'azote et autres bonnes choses, par les fauches successives... l'engrais vert culte de Fukuoka. La pluie arrivant vendredi, il fallait finir tout ces travaux avant... plus faire le premier sulfatage avec un peu de bouillie bordelaise, du soufre et un chouilla de manganèse... tout notre coteau en manque... tout ça à dose homéopathique. On a sortie donc le pulvérisateur de la grange, pour la première fois de la saison, début d'un long processus qui se terminera en Août.

une habitude qu'il faut reprendre... puis on a disposé des pièges à insectes ravageurs de la vigne; cochylis, eudémis, cicadelle verte, cicadelle de la flavescence dorée... toutes ces petites bêtes qui sont si jolies à regarder mais qui créent tout de suite sur le vigneron... une situation de stress indescriptible.

grâce à deux pièges, je pourrai compter la population de ces insectes dans ma vigne et décider des intervention en connaissance de cause. Il n'y a jamais eu d'insecticide au vignoble du Petit Manoir, et je tiens à ce que cela continue... il faut donc parfaitement connaitre ce qui s'y passe au niveau de toute cette faune. Chaque espèce d'insecte a son propre développement avec des moments de pullulation qui sont différents. C'est toute ces différentes "temporalités" qu'il me faut maîtriser. En plus de cela, tous mes comptages sont envoyés dans une antenne de veille au sein d'Agrobio Périgord. Ainsi, tous les autres vignerons peuvent profiter des observations de ceux qui participent au programme de comptage. C'est une sorte de solidarité... toujours stimulante. Et oui, il ne faut pas que planter et arroser pour qu'une plante prospère. Il lui faut des soins particulièrement bien adaptés car la plante que l'on utilise pour produire de l'alimentation n'est pas dans les même conditions que celle qui est sauvage. Elle est comme un sportif... elle a donc besoin de beaucoup d'attention... et d'amour d'une certaine manière. Un amour intéressé me direz-vous?... peut-être! Mais à part celui porté par une mère et un père à son enfant, lequel n'est-il pas intéressé? En fait il y a comme une symbiose entre la plante et le vigneron qui la cultive. Et si cette symbiose est réellement ressentie, la vigne en est gratifiée et elle le rend bien a son ami le vigneron. C'est ça que je crois... plus je m'occupe de ma vigne, plus elle me remercie avec des raisins magnifiques. Il doit bien avoir une morale entre l'homme et la nature!!!

mercredi 15 avril 2009

stade 10 du développement

Et oui, aujourd'hui le 15 Avril, on est au stade 10 sur l'echelle de Eichhorn et Lorenz, du développement de la vigne du "Petit Manoir"

L'étalement des feuilles commence et on entrevoit une petite grappe au coeur de la corolle de feuilles. Pendant cette poussée Nathalie continue à plier les lattes sur le premier fils

C'est aussi le moment pour moi de finir le palissage de la nouvelle plantation. Il a beaucoup plu dernièrement et la terre est encore souple ce qui me permet d'enfoncer les amarres qui vont tenir les piquets et toute la structure porteuse de la vigne. Il m'a fallu trouver des amarres un peu spéciales à cause du sol particulièrement pierreux et rustique du "Petit Manoir". On les appelle des amarres harpon! En effet elles ont une forme de flèches avec des ailettes qui font penser à un harpon

Cette forme est la seule possible pour s'enfoncer dans ce type de sol... particulièrement ingras... comme disent les anciens, "c'est un sol de vigne... ni pommes de terre, ni carottes ne poussent dedans". Ainsi, il faut prendre une masse et frapper sur la très solide tige en acier pour faire plonger l'amarre dans le sol

je vous assure qu'il faut de la force, de la précision et de l'endurance pour ce travail. C'est un travail de forçat comme il en existe encore dans le vignoble

Pensez qu'il y a quelquefois, jusqu'a 200 amarres à enfoncer!!! Une fois celle-ci en place, il faut la tourner d'un quart de tour environ, pour que les ailettes en acier se plient et forme ainsi un demi-cercle horizontal en profondeur, ce qui rendra l'amarre particulièrement solide. J'utilise une clé à griffes enmanchée dans un tuyau en fer pour faire levier et donner de la force, car l'amarre ne va pas se laisser tourner facilement!!

Ensuite on fixe un crochet sur l'amarre

crochet sur lequel on va attacher le fils de fer

puis on fixe le fils sur le poteau de bout de rang qui est légèrement incliné

on cale la boucle du fils en plantant un cavalier

et voilà, le travail est fini...

notre chienne Taïga apprécie le boulot... fini, fini... il reste à placer les fils d'un bout de rang à l'autre... mettre des tendeurs... répéter cette opération plusieurs fois...! Je crois que la nuit sera profonde

lundi 2 mars 2009

des sarments à l'humus

Samedi, la taille du Petit Manoir vient d'être achevée...ouf! Il reste encore Barbeyrolles... enfin... ne nous plaignons pas. Au Petit Manoir deux choses doivent être faites rapidement, la "levée" des sarments et leur extraction du rang de vigne... puis, le labour de printemps... très important sur une terre argileuse où, à la moindre pluie, on ne peut plus rouler avec des machines... au risque de destructurer le sol. Vous me direz "Et le cheval...?"! Nous y pensons, nous y pensons! Le cheval respecte les sols... certes. Mais nous n'avons pour le moment qu'un tracteur. Il faut donc agir vite. Pour ce qui est de la levée des bois, elle est faite en même temps que la taille... donc, une fois taillés, les bois sont à terre. Alors trois solutions sont envisageables, voire quatre. Soit les personnes qui lèvent les bois, les fagottent, et se chargent de les emmener chez eux. Cela se faisait autrefois, les bois taillés étaient la propriété des ouvriers agricoles. Chez nous, les ouvriers c'est nous, et nous ne sommes pas assez nombreux pour faire des tonnes de fagots qu'il faut ensuite retirer du rang et ranger quelquepart... tout cela rapidement. La deuxième est de brûler les sarments au fur et à mesure de la taille, comme on le fait en Bourgogne. Cette solution à de nombreux avantages, mais avec les problèmes de CO2 on peut peut-être s'en passer. La troisième est d'avoir une machine qui vous ramasse les sarments et en fait des "bottes" un peut comme des bottes de foin ou de paille. Puis on les sort des rangs pour les recycler en bois de chaudière. C'est une assez bonne solution surtout si la chaudière est dans votre maison... le viticulteur se chauffe avec sa propre production... il y a de l'autonomie là dedans! La quatrième, qui est la mienne, est de restituer au sol ce qu'on lui a pris. Ainsi, une fois les sarments déposés au sol, je les broie avec une machine. Celle-ci va déchiquetter les sarments qui ainsi vont faire la joie de tous ces micro-organismes et autres insectes qui vont les manger pour les transformer en matière organique. Voici le rang avec ses sarments

puis j'attèle à mon tracteur-vigneron un broyeur. Le résultat

Les sarments sont broyés. Ainsi, tout les atomes de potasse, d'azote et autres phosphore et oligo-éléments, vont être restitués au sol sous forme de lignite. En effet les sarments ont pris en Aout la texture d'un bois, c'est à dire assez ferme, de forme ligneuse. L'intérêt de ce type d'élément organique est qu'il se décompose lentement. C'est un sucre lent, comme les pâtes que l'on mange par opposition au chocolat, qui est un sucre rapide. Ainsi, le sol va décomposer les herbes tendres qui ont été coupées. Cette décomposition va former de la matière organique rapidement assimilable (sucre rapide). Puis, lorsque le sol n'aura plus de matière verte à manger et à décomposer, il va s'attaquer aux matières ligneuses un peu plus dures "à croquer". D'où l'interêt de broyer les bois... c'est autant de temps gagné. Toute cette matière organique va former avec l'argile et le calcaire, ce qu'on appelle l'Humus. C'est une sorte de garde-manger naturel (entre autre). Ainsi, la vigne dans l'alternance des sucres rapides et des sucres lents, a toujours de l'alimentation disponible. Mais pour aider les organismes du sol a décomposer la matière organique, il faut de l'air. Plus le sol est aéré, plus des petits et micro-animaux mastiqueurs et déchiqueteurs vont se développer. C'est ce que l'on cherche en agriculture biologique. Comme on n'utilise pas d'engrais chimiques, on aide la fertilité du sol à se développer d'elle même, comme une forêt qui n'a pas besoin d'engrais et qui pourtant produit des tonnes de flore et de faune (pensez aux arbres et aux gibiers... croyez vous que l'on fait mieux avec nos engrais chimiques)!!!... passons... passons. Or, il y a une course contre la montre, car il faut donc "travailler" le sol pour l'aérer, mais s'il pleut, on doit rester à la ferme, car l'argile ne supporte pas qu'on le dérange sous sa douche! Or, on sait quand la pluie démarre... mais on ne sait pas quand elle s'arrête! Cela peut durer un mois voire plus au printemps. Et alors, non seulement on n'a pas pu aérer le sol avant le demarrage de l'activité biologique du printemps, mais en plus on laisse s'enraciner des "mauvaises" herbes qui se sont développées pendant l'hiver. Il faut donc agir vite. Donc à peine ai-je fini de broyer mes sarments, que j'ai troqué mon broyeur contre un cultivateur à "ailettes" en fer forgé!

Ces ailettes vont aérer le sol, arracher les herbes concurrentes, et assouplir l'argile.

C'est ce qu'on appelle le labour de printemps. Il est essentiel car il ameublie le sol, l'aére et évite à la vigne trop de concurrence (surtout pour la jeune vigne). Une autre solution serait de laisser le sol couvert par une couverture naturelle comme les feuilles dans la forêt; c'est se qu'on appelle le mulchage. Dans la vigne, seul le couvert d'un rang enherbé se pratique, et c'est ce que nous allons faire cette année... mais le mulchage est une piste sur laquelle, Nathalie et moi-même travaillons.

Ainsi, avec l'arrivée des pluies et la montée des températures, la présence d'oxygène va permettre l'explosion de la vie dans le sol. Vie qui va décomposer les matières mortes pour restituer les éléments nutritifs via les vers de terre et toutes sortes de champignons et d'organismes vivants, aux pieds de vigne. Tout cela doit se faire fin février ou début mars... c'est le moment ou la nature se réveille. Si la pluie arrive trop tôt, il faut attendre qu'elle s'arrête et que les sols se "réssuient" (se sèchent). Mais si les pluies s'arrêtent au bout d'un mois et demi.... problème!!! c'est pour cela qu'il faut agir vite et oublier les vacances! les sorties au sky, les promenades au bord de l'eau et les matchs de foot (euh... de rugby... on est dans le sud-Ouest!). Broyage des sarments et labours doivent être faits avant le printemps. Cette année, pour le moment, tout est idéal, car nous avons pu broyer sur un sol sec qui donc ne craint pas les phénomènes de tassement dûs aux poids des engins, et passer le cultivateur avant les pluies qui arrivent en fin de semaine. Toutes ces décisions sont importantes pour le millésime. Si l'on rate cette "fenêtre" d'intervention... dans une agriculture biologique, il est difficile de la rattraper sauf à "pomper" dans les réserves de la plante... à faire avec modération. Avec de l'argile, il faut des outils solides pour pénétrer dans la terre, avec des pierres en plus... comme dans les parcelles du Petit Manoir... vous pouvez imaginer le type d'outillage adéquat

autant dire que le matériel estempillé jardinerie est à proscrire. Et même avec les outils dont nous disposons au Domaine... il y a de la casse. Par chance, tout s'est bien passé. La parcelle est prête pour le printemps.

Enfin nous pouvons souffler... quelques secondes... il nous reste Barbeyrolles!!! mais là, heureusement, pas de travail du sol cette année... et l'attachage des lattes... je vous en parlerai le moment venu

vendredi 23 janvier 2009

le desherbage sous le rang

Pour un vigneron, un rang de vigne sans concurrence d'herbes est très important pour le pied de vigne. Pendant des millénaires, le "desherbage" a toujours représenté un travail laborieux, pénible et nécessaire à la bonne santé et donc à la production de la vigne (et du potager). Beaucoup de fils, petit fils, arrière-petit fils de vigneron, ont abandonné la vigne à cause de ça! Je me souviens d'une voisine (d'un âge certain) qui détestait la vigne, car quand elle était jeune, son père l'envoyait souvent "sarcler" la vigne. C'était dur et fatiguant. Elle en garde un très mauvais souvenir. Il y a eu deux améliorations dans ce travail: le cavaillonage puis, à l'époque moderne, l'utilisation de défoliants et d'anti-germinatifs chimiques!

Le cavaillonage consiste à "butter" la vigne, c'est-à-dire former une butte autour des pieds de vigne. On appelle cela cavailloner ou chausser la vigne. Une fois le cavaillon fait, on laisse l'hiver passer, puis au printemps, avant que les bourgeons ne "débourrent" on déchausse, c'est-à-dire on retire le cavaillon. On applanit le rang de vigne. La terre ayant été travaillée par le chaussage elle est toujours souple. Le fait de déchausser, empêche les herbes et leurs graines d'éclorent ou de se développer. Une fois le déchaussage fait par une vigneronne, on cure le rang de vigne avec un soc monté sur une charrue à axe déporté. Cette charrue a été remplacé par des décavailloneuses automatiques montées sur tracteur type Egretier. Puis on rechausse en juin avant la fleur! Ainsi, la terre qui est sous les pieds de vigne (sous le rang) est toujours fine et travaillée... et les "mauvaises herbes" ne peuvent pas s'installer facilement étant génées par les passages successifs. Les cavailloneuses et vigneronnes, n'étaient pas toujours très précises et les boeufs pouvaient par leur corpulence, enlever, au moment du déchaussage, des bourgeons à cause des frottements de leur imposant corps sur la vigne. C'est pourquoi on a adopté en Périgord, plutôt des chevaux. Ils ont l'inconvénient d'être plus nerveux et donc plus difficiles à maîtriser (combien de ceps de vigne n'ont-ils pas été arraché à cause d'eux), mais leur finesse permettait de garder tous les bourgeons et donc toute la capacité de production du domaine. Tout cela est bucolique et bien pastoral... lorsque la chimie est arrivée, la libération obtenue grâce au desherbage chimique, a entrainé tout le monde viticole à l'utiliser... sans beaucoup de mesure! En effet, passer une "rampe" de desherbage avec un liquide destructeur de toutes les plantes "nuisibles"... c'est rapide, facile, efficace et rentable. Point besoin de travailler le sol avec des matériels lourds et exigeants (il faut une solidité du matériel). Il suffit d'un réservoir qui contient le produit, et d'une rampe munie de jets qui propulsent les liquides en brouillard sur les feuilles "concurrentes". Les viticulteurs bios se sont battus contre ces nouvelles pratiques polluantes et ont remplacé ces "intrants" chimiques par un retour au "travail du sol". Mais bien entendu, notre musculation n'est plus habituée à ce pénible effort de "tirer le cavaillon". C'est pourquoi, nous poussons les constructeurs à fabriquer des outils, qui derrière le tracteur (ou devant, ou sur le côté) , permettent d'arracher les herbes et de laisser propre "le rang" de vigne, même si on couvre l'inter-rang, ce qui est entre deux rangs de vigne, d'un enherbement. Ainsi, mon outil le naturagriff est parfait pour cela.

Il consiste en deux bras supportants des dents rotatives, qui en tournant, arrachent les mauvaises herbes. Les bras sont munis de tateurs, qui évitent ainsi, le pied de vigne, et se rétractent devant. L'inconvenient c'est qu'il faut travailler souvent pour maintenir un sol propre. C'est pourquoi, même en Janvier, quand il n'y a pas grand chose à faire au niveau du sol, je fais un passage de naturagriff, pour entretenir et éliminer les herbes qui se sont intallées en Automne, et qui riquent d'être difficiles à extraire une fois installées en été! En effet, si les mois de mars et avril sont pluvieux, le vigneron bio ne peut pas aller dans les vignes pour desherber car la terre devient boueuse, c'est pourquoi, un passage d'hiver est préventif, et permet d'avoir un travail de printemps moins lourd avec des herbes moins denses et moins corriaces!

ainsi, le sol qui est "sous" le pied de vigne reste non enherbé sans produit chimique et sans travail manuel pénible et lourd à mettre en place. Il n'existe plus ce que l'on appelait autrefois des "gratteurs". Ils passaient tout l'hiver à gratter à l'aide d'une houe, les vignes aux alentours. Ainsi, elles étaient prêtes à redémarrer au Printemps, sans concurrence déloyale. Ces "gratteurs" avaient une musculature et une résistance à un travail quasi de forçat, qu'il n'est plus possible aujourd'hui de trouver. L'Homme dispose, dans nos régions, d'un confort qu'il ne veut plus négocier. Je ne lui jetterai pas la pierre.