Domaine de la Voie Blanche

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samedi 4 février 2012

BRF vigne

Hier j’ai installé mon BRF (bois raméal fragmenté) dans mon carré-collection de vigne

C’est une petite vigne entourée de pommiers taillés en espalier, où je plante soit des plants récoltés dans la forêt ou chez des anciens, soit des variétés que j’expérimente. Les plants sont taillés à cot, certains hauts d’autres bas. A droite on peut voir un tannât qui vient du Madiran. Au milieu, mon avoine, à gauche un pied récolté dans la forêt face à la vigne du Petit Manoir, à l’emplacement d’une ancienne vigne abandonnée il y a plus d’un siècle !

Chaque année, j’étudie l’évolution des maturités et la résistance aux maladies. Et j’essaie de comprendre le caractère des variétés indigènes. L’idée, à terme, est de planter à plus grande échelle l’une ou l’autre de ces variétés… ou pas !

Pour revenir au BRF, j’ai décidé de l’expérimenter sur la vigne, toujours dans le but de couvrir le sol au maximum… de ne pas laisser de sol nu. Cette technique a été expérimentée dans la vigne par Claude Bourguignon, mais les résultats ne sont pas publiés ! L’utilisation du BRF vient des canadiens qui se sont aperçus que sous les déchets de coupe du bois, la terre devenait très fertile. La raison en est la couverture permanente et la lignine contenue dans le bois qui décomposée par les champignons, produit un humus de très haute qualité. C’est le principe de la forêt. Fukuoka l’avait d’ailleurs remarqué il y a bien longtemps déjà. Mais personne ne l’a écouté !

Pour ce qui est de l’inter-rang, c’est les engrais verts qui feront ce travail. Pour le rang de vigne, la contrainte est de ne pas avoir de végétation qui pousse en hauteur pour éviter de couvrir les grappes avec le problème de l’aération et de l’ombre portée, et pour se prémunir d’éventuelles gelées printanières.



Le BRF me semble une bonne solution, sauf qu’il y a un risque de maladies cryptogamiques comme l’oïdium qui risqueraient de se développer. Certains pensent que des foyers de pourridiés pourraient naitre. Je ne pense rien de tout cela, mais je préfère le tester avant de me lancer dans un épandage systématique.



Pourquoi l’oïdium ne serait pas à craindre ? Je n’en sais rien, mais je suppose que si les bois sont au sol, l’oïdium ne sera pas le seul champignon à venir dégrader le BRF. Il y aura donc concurrence. Et je souhaite faire venir des « champignons auxiliaires » (néologisme made in Domaine de la Voie Blanche). En effet, 80% des champignons qui sont dans le sol, participent de la fertilité… d’où le problème du cuivre et du soufre qui attaquent l’oïdium et le mildiou… mais aussi tous les autres champignons !

Pour ce qui est du pourridié, je n’y crois pas du tout. Pourquoi ? Parce qu’il se développe sur des bois qui sont enterrés (des racines laissées dans le sol…) et donc subissent une fermentation anaérobique. Posés sur le sol, comme dans une forêt, ils subiront une fermentation aérobique… toute différente !

Comme je n’ai pas de preuve de ce que j’avance, je préfère l’expérimenter. Si j’observe une augmentation de la fertilité avec une maitrise des « mauvaises herbes » et des maladies… il faudra augmenter la surface de test et réfléchir à un moyen d’épandage.



Pour ce premier test, j’ai pris mon broyeur de jardin, et j’ai épandu les copeaux à la pelle.

Si cela marche, je n’imagine pas le faire sur 6 hectares. Il m’a fallu une journée pleine pour couvrir ces 30m2 ! Le broyage étant le facteur pénalisant. Heureusement, j’ai pris contact avec le SMICTOM local qui signera une convention pour me donner tous les bois d’élagage des bords de route et des chemins ruraux, qui sont broyés par les cantonniers des communes voisines. Ils ne savent pas quoi faire du surplus une fois épandus dans les massifs floraux communaux.
Heureusement qu’il n’y a pas beaucoup d’agriculteurs bios dans le coin…. ! Non… je n’en pense pas un mot ! Reste le problème de l’épandage… nous verrons bien le moment venu. Après, le BRF peut tenir 3 à 4 ans si on met une couche de 4 à 5 cm.



Cela voudra dire, très peu de travail de désherbage sous le rang… peut-être un fauchage au mois de mai avant que le peu d’adventices qui arrivent à vaincre la barrière du couvert, montent à graines. Et la fin du travail du sol, les copeaux, c’est-à-dire toute la microflore et la microfaune, feront le bouleau.

Un carmenère BRFé

Un abouriou aussi

un ermemont

L'abouriou, voilà typiquement un pied qui végète depuis trois ans. Le test sera intéressant pour voir si la fertilité du BRF est forte et a débloqué l’assimilation de certains minéraux.

Pour ce qui est de l’inter-rang, je souhaite laisser pousser l’avoine jusqu’à sa maturité, c’est-à-dire début Juin. Puis, je la broierai avec les graines qui donc se ressèmeront toutes seules. La paille couvrira le sol et protégera le semis naturel tout en commençant un cycle d’humification intensif. Pour éviter la faim d’azote possible avec la concurrence faite à la vigne, je vais épandre de la matière organique (plumes de volaille à 9% d’azote) à l’épandeur à engrais. La vigne ne devrait ainsi pas souffrir de la pousse de l’engrais vert avoine/vesce.

D’après mon protocole, il ne sera plus utile dans l’avenir d’épandre quoi que ce soit… disons que c’est le starter pour enclencher le cycle. La vesce, semée avec l’avoine, apportera l’azote nécessaire pour le futur, azote captée et retenue par l’humus, la pousse de la nouvelle avoine « spontanée » et la vigne.



La période de juillet/août n’étant pas propice à la pousse de l’avoine et de la vesce, qui préfèrent septembre/octobre, il n’est pas sûr que le semis naturel fonctionne. Les graines peuvent être mangées par des oiseaux, des rongeurs ou des insectes. La paille devrait les cacher. Pour les oiseaux, cela ne semble pas trop dangereux. Pour les limaces, elles n’aiment ni la paille ni la sécheresse estivale. Reste certains rongeurs qui pourraient se développer à l’occasion d’un apport massif de graines en repos et à la faveur de la protection du paillis. Nous verrons bien.



Peut-être faudra t’il semer à la volée une légumineuse d’été (pois, haricots…) pour apporter de l’azote avant que les graines d’avoine ne germent… ? On le saura l’année prochaine à l’aspect du nouvel avoine/vesce. S’il est beau et dense, c’est gagné. S’il est beau et éparpillé, il faudra le protéger. S’il est chétif, il lui manquera de l’azote… une légumineuse s’imposera en intercalaire.

J’ai semé de l’avoine, il y a deux ans. J’ai broyé un peu tard (trop pour une utilisation classique, coupe en vert pour apport d’azote assimilable). Je me suis aperçu que l’année suivante, il s’était resemé tout seul et avait un très bel aspect. C’est à partir de cette constatation que j’ai élaboré cette expérience et que je ne sèmerai pas autre chose en intercalaire pour cette année.

Pour le problème de la compétition hydrique que peut poser ce cycle, je me réserve la possibilité de détruire le couvert du rang enherbé (1 rang sur deux, semé de fétuques rouges, de ray-grass, de trèfles blancs) aux disques. Mais je commencerai surtout par le broyage, n’utilisant les disques que lors d’une période de sécheresse… et si la vigne en souffre trop… un outil pompier en quelque sorte.

Voilà l’horizon du « non-agir », cher à Masanobu Fukuoka, qui se rapproche. « Non-agir » ne veut pas dire « non-travail » et veut dire « beaucoup-réfléchir » et « beaucoup-observer ». En fait, je cherche à faire faire le travail par la nature. Les avantages sont nombreux : non polluant, intégration dans le milieu naturel, temps de travail dégagé pour autre chose, baisse des coûts de main d’œuvre, d’intrants fertilisants et de gas-oil (et d’entretien mécanique).

J’ai écrit « milieu naturel » et non « environnement ». C’est pour moi crucial. « Environnement » signifie pour moi que l’Homme est dans un espace qui l’entoure et qui lui est étranger. Ce qui brouille la réalité, puisque nous ne sommes pas étranger à la Nature, nous sommes une part d’elle-même, que nous le voulions ou non. Une agriculture qui protège l’environnement, c’est une agriculture dangereuse dont on essaie de réguler les dangers. C’est « l’agriculture intégrée ».

On construit des haies pour capter les oiseaux, on sème des jachères fleuries pour attirer les papillons (et les touristes), et on diminue les doses de produits chimiques (qui sont de plus en plus concentrés de toute façon). Cà n’est pas sérieux ! Pour moi, l’agriculture doit être une part de la Nature et non un corps étranger. Et c’est possible en réapprenant à regarder.

Reste le problème des pulvérisations phytosanitaires… dont une expérience commencera cet été avec la constitution d’un groupe expérimental de viticulteurs (dont notre domaine) au sein d’Agrobio-Périgord en relation avec Petiot pour l’utilisation des extraits végétaux.



J’en rendrai compte le moment venu.

dimanche 27 novembre 2011

naturellement bio

Plusieurs personnes m’ont demandé sur mon courriel de donner des précisions sur les engrais verts que j’utilise. Tout d’abord, je tiens à dire que je ne suis pas un spécialiste en la matière, je ne suis pas « technicien du végétal », ni agronome. Ce que je sais, je le tiens des anciens qui me l’ont transmis, de la lecture de Fukuoka, de celle de Joseph Pousset, de la fréquentation de stages en viticulture et de discussions avec d’autres vignerons.

Il est extrêmement difficile de transposer une expérience acquise d’un terroir dans un autre. Le climat, la nature du sol, l’exposition… tout est essentielle à la sensibilité végétale. Il faut tâtonner, ce que je fais, et tester sans apriori… ce qui n’est pas toujours facile. Il m’arrive souvent de douter du résultat, et m’inscrire dans un protocole avec un chercheur et d’autres vignerons à mes côtés n’aurait pas été vain.

Tout d’abord, le mot engrais vert pour moi, ne suffit pas à exprimer ce qui se passe. Et en premier lieu : l’engrais (chimique) nourrit la plante, « l’engrais vert » fertilise le sol. C’est une différence majeure.
Par ailleurs, on ne raisonne pas avec le calcul des proportions de minéraux à l’hectare NPK/ha, c’est-à-dire azote (N), phosphore (P) et Potasse (K) que l’on amènera à la plante… mais en terme d’azote, de sucre rapide (plante fraiche), de sucre lent (cellulose, lignine) que l’on amènera au sol sucre/cellulose/azote => S/C/N et ceci dans une attention à la formation de l’humus. Ainsi, si on sème de l’avoine, le moment où on va l’incorporer au sol déterminera si on l’enrichira en sucre rapide (broyage plante verte début du printemps) ou en sucre lent (broyage plante jaune et mûre). Par ailleurs, certaines plantes (légumineuses) sont des capteurs d’azote, leur broyage enrichira l’humus en en azote minéralisable.

Le regard ne se déplace pas de la plante vers le sol, mais plutôt intègre les deux dans un tout. C'est un regard qui essaie de synthétiser l'interaction entre le sol, le climat et la plante.

Par ailleurs, les engrais verts permettent d’assouplir le sol grâce à leurs racines, de le couvrir grâce à leur système foliaire et ainsi de multiplier la vie organique. Plus d’activité veut dire plus d’aération du sol et plus de minéralisation des éléments minéraux bloqués dans l’humus afin de les rendre disponible pour la vigne.



Je ne veux pas rentrer dans une description trop technique de la rhizosphère, des mycorhizes et des diverses sortes de vers de terre (épigés, endogés ou anéliques) et de bactéries qui participent à la formation du complexe argilo-humique (CAH), bref de l’humus, mais sachez seulement qu’il suffit de bien protéger votre sol des intempéries (pluie battante, gèle…) et du soleil pour tout de suite faire exploser la vie.

C’est cette vie qui va travailler le sol sans effort de votre part. Il faut aussi savoir qu’à l’époque où on a commencé à maitriser les engrais verts, c’est-à-dire au XVII° siècle, les famines ont littéralement disparu, la prospérité de l’Europe a explosé et la démographie avec. Les engrais chimiques ne sont venus après la première guerre mondiale que pour faciliter le travail et permettre aux industries militaires de se recycler en temps de paix. Mais on peut tout-à-fait avoir de l’agriculture intensive avec l’utilisation ad hoc des engrais verts et tout ceci en bio.

Le problème dans la vigne est seulement de gérer le stress hydrique, c’est-à-dire la concurrence sur les réserves en eau surtout dans les terroirs comme le Languedoc, le Roussillon ou la Provence, particulièrement secs. Mais pour cela il suffit de semer ses engrais verts à la fin de l’été pour qu’il couvre le sol durant l’automne et l’hiver, et de les détruire au printemps si une période de sécheresse démarre. Dans ce cas, bien au contraire, l’engrais vert va restituer l’eau qu’il a accumulée dans son organisme… à la vigne qui justement en a besoin. C’est donc un tampon hydrique extraordinaire, et un système d’arrosage fort peu onéreux ! Sans compter l’apport des minéraux !

Maintenant si on évoque le choix des engrais verts, le spectre est très vaste… mais en gros, il y a 4 catégories de plantes : les légumineuses (féverole, vesce, trèfle…) riches en Azote, les crucifères (moutarde, colza…) riches en sucres rapides, les graminées (ray-grass, fétuque…) riches en sucres rapides, les céréales (avoine, blé, seigle…) riches en sucre lent et on peut ajouter le broyage des bois (BRF de chêne, peuplier, charme…), qui n’est pas un engrais vert, mais qui en est très proche. Il est riches en sucre très lents. Chacune a sa fonction… on les utilise en mélange bien sûr.

A cela s’ajoute les plantes qui ont des racines pivotantes permettant de décompacter, celles qui ont des racines en touffes pour restructurer les sols etc…, celles qui se sèment à l’automne, au printemps ou indifféremment, et pour finir, celles qui aiment les terrains calcaires ou acides. Une fois les variétés correspondant aux besoins de la vigne et du sol… il suffit de les expérimenter pour choisir celles qui seront le plus efficaces.

Ainsi, j’utilise l’avoine associée à la vesce, c’est-à-dire une céréale (sucres lents et bon structurant) et une légumineuse riche en Azote et en sucres rapides. Tout d’abord elles sont très complémentaires dans l’échelle temporelle de la nourriture de la vigne, ensuite, la vesce grimpe sur la tige de la céréale et ainsi profite d’un maximum de photosynthèse et enfin, ce sont deux plantes qui adorent l’argilo-calcaire et qui s’acceptent. Ceux qui m’ont orienté dans ce choix sont les anciens paysans dans ma région. Ils ont utilisé cette association jusqu’aux années 40… et au risque de choquer certains, vu la temporalité très lente des métabolismes naturels des végétaux, je préfère, en agriculture, la tradition à l’innovation. Pour les pratiques militaires c’est l’inverse… euh… oui…. D’accord !.... pour la médecine aussi !

Bon, je préfère questionner les viticulteurs qui ont connu les anciens procédés avant la déferlante techniciste des années 1950-60, car ils possèdent une mine d’or de connaissances de pratiques accumulées depuis la nuit des temps. Cette association de légumineuses et de céréales pour la vigne convient pour de nombreuses autres raisons que celles décrites plus haut, mais cela ressemblerait à un cours et non un blog.

Pour revenir à notre mélange, au niveau structure c’est idéal à condition de ne pas semer l’avoine trop tardivement. En plus de ces deux engrais verts, je teste pour la deuxième année la féverole, un rang sur quatre, ce qui me permettra de savoir et de comparer les différents impactes sur la pousse de la vigne et sur sa santé. Voilà, en gros tout ce que je peux dire et qui fonctionne chez moi. A chacun sa façon et bon courage !

jeudi 24 novembre 2011

Une nouvelle terre: Virolle

Après avoir fait reposer 6 ans en prairie la terre de Virolle, nous allons enfin pouvoir replanter une vigne. Comme Barbeyrolle, la parcelle de Virolle est au milieu des vignes de Côte de Bergerac à la limite de l’AOC Montravel.

C’est sur un plateau à très vieille implantation viticole que ce terroir d’argile et de boulbène va retrouver une vigne. Comme on le voit sur la photo, le paysage est fait de douces collines plantées de vignes, de bois et de pâturages. Notre parcelle est en descente et arrive au bout sur le fond de la base de la colline. Il a fallu refaire le fossé fait par les anciens pour évacuer les eaux pluviales pendant la période hivernale et printanière.

L’eau ne doit pas stagner sous peine de retarder le démarrage de la végétation au printemps. La vigne adore l’eau, mais les racines pourrissent dans l’eau stagnante… au moment de pousser c’est un problème… à cela s’ajoute le tampon thermique que produit l’eau sur le réchauffement au mois de Mars et Avril.
C’est un terroir idéal pour faire un vin blanc sec, fruité, élégant avec de la fraicheur. C’est le vin qui nous manque, l’Alba étant fait à Barbeyrolle et donnant un vin demi moelleux. Avec l’agronome Yannis Araguas, on a décidé de planter du sauvignon gris aux qualités organoleptiques remarquables. Pour le porte-greffe, c’est le riparia qui a été choisi.

On compte donc sur la précocité du cépage et du riparia pour atteindre la maturité sans alourdir les arômes. Une bonne plantation et un bon choix du matériel végétal est essentielle pour la production du vin. Plus on est attentif à cette phase, moins on agit dans le chai, plus le vin est naturel.

On va pouvoir semer de l’avoine… un peu tardivement malheureusement… mais il y a eu tant à faire.

jeudi 10 novembre 2011

L’hiver approche

La fin de l’Automne est, je trouve, une des plus belles périodes dans la vigne…. Et d’une manière générale, dans la Nature.

Après les pluies tant désirées, le ciel prend une couleur bleu absolument magnifique. L’air est doux sans être vaporeux comme en été, et la lumière devient nette et tranchante.

Après l’énorme activité des vendanges, et après l’écoulage, j’aime me promener dans la vigne et sentir le calme envahir l’endroit. Les feuilles tombent de plus en plus et laissent apercevoir l’aspect hivernal qu’elle prendra. Le froid n’est pas encore là, la chaleur n’est plus. C’est un moment de transition où les plantes aspirent au repos et s’endorment lentement.

Certaines parcelles prennent des couleurs brun et jaunes virant vers l’or

Quelques pieds résistent et essaient de garder leur couleur verte… mais le froid aura raison d’eux.

L’addition de cette chaleur tardive et des pluies récentes est une aubaine pour nous car lorsque l’on regarde de plus près les sols labourés

On distingue un léger voile vert qui émerge des bruns sombres de la terre. Et oui :

L’avoine et la vesce, semées pour enrichir le sol est en train de germer. Elles vont bientôt envahir les rangs de vigne et protéger le sol de l’hiver. Au printemps, elles apporteront les matières organiques nécessaires à la vigne. Selon le temps qu’il fera au mois de Mai, soit je broierai les céréales pour pailler le sol (temps humide), soit j’enfouirai légèrement avec la vigneronne ou le cover-crop les plantes encore vertes pour former un humus qui garde l’humidité (temps sec).

On peut me dire que le paillage garde la fraicheur et l’humidité. C’est vrai ! Mais dans le cas d’un printemps comme celui que nous venons de vivre avec des mois d’Avril et Mai qui ressemblaient à des mois d’Août, le paillage ne suffit plus et la mise à disposition rapide pour la plante d’un humus riche et très humide pendant la pousse et avant la fleur, permet de ne pas l’affaiblir.

C’est ce que nous avons fait à Barbeyrolle avec un résultat spectaculaire sur la production et sur la qualité. La vigne n’a subi aucune compétition hydrique et même a pu se nourrir de cette matière organique fraiche et riche.

L’idéal serait que l’enfouissement puisse se conjuguer avec le semis d’un autre engrais verts qui pousserait au moment de la fleur et recouvrerait la vigne durant l’été, protégeant, une fois encore le sol des intempéries et du soleil. Mais il ne faudrait pas que sa pousse concurrence trop la vigne au moment de la véraison ; étape importante où pour murir, la vigne a besoin d’eau. Je cherche quel engrais vert pourrait s’intercaler dans ce laps de temps pour être remplacé à l’automne par de nouveau de l’avoine associé à de la vesce. Il faudrait une plante qui pousse bien au mois de Juin, qui couvre bien le sol sans être trop consommatrice en eau !?! Cela permettrait de calmer la vigne au moment de la floraison et ainsi d’éviter les phénomènes de coulure par excès de vigueur tout en préparant une protection estivale du sol, propice à maintenir sa fertilité !

Vaste projet de recherche que j’entreprends… un peu seul. Lundi, je reviens à l’école pour deux jours de formation sur la prophylaxie avec les préparations à base de plantes. Le prof c’est le célèbre Eric Petiot… vous savez, celui qui s’est fait arrêter pour avoir eu la malhonnêteté d’enseigner la fabrication des purins d’orties à des agriculteurs… un contrebandier… hein ! Bon, et bien je vais faire partie de son prochain brigandage organisé par Agrobio Périgord… une organisation « à caractère criminelle » comme on dit.

mercredi 2 mars 2011

Chimique ou pas chimique

La taille continue au Petit Manoir. Le temps alterne entre des périodes pluvieuses et des gelées matinales. Les labours avec les dents Michel ont permis d’aérer le sous-sol à 40 cm et de faire pénétrer l’eau de pluie jusqu’à la roche mère.

Une eau dont aura besoin la vigne cet été. Ce labour ne retourne pas la terre comme avec une charrue à socs, mais la soulève légèrement et décompacte le sous-sol pour y faire pénétrer l’air.

C’est un peu ce que fait la luzerne en plongeant ses racines très profondément. Une fois détruites, les racines se décomposent laissant s’infiltrer l’air et l’eau et créant un humus en profondeur. Cet humus attire les racines de la vigne et évite qu’elles ne se développent en surface avec les risques de stress hydrique en Août. Et on sait à quel point les stress hydriques estivaux posent des problèmes pour la maturation des rouges. Tous ces soins apportés à la vigne sont fait dans l’idée de développer la fertilité du sol et d’éviter ainsi les engrais.

Ce qui différencie la culture assistée (chimique) de celle qui est biologique consiste au soin apporté exclusivement à la plante dans la première avec un « nettoyage » du sol afin d’éliminer toute forme de vie qui serait « concurrente » ou pathogène… et l’attention portée à son environnement dans la deuxième. L’idée de la bio est de créer les conditions pour le développement de la plante en lui permettant de croitre harmonieusement dans son milieu. En fait, on n’a presque pas besoin de sol dans le cas d’utilisation d’intrants chimiques. D’ailleurs, de nombreuses cultures se font hors sol quand c’est possible. C’est d’ailleurs souhaitable dans ce cas, car l’introduction d’engrais issus de la pétrochimie déséquilibre tellement les sols que des problèmes sanitaires apparaissent inévitablement et obligent l’utilisation des traitements. C’est un peu un cycle infernal et onéreux. Si l’on pouvait faire une vigne hors sol comme pour les tomates, cela serait plus facile à gérer. Évidemment, je n’ai pas choisi cette voie, mais je ne jetterai la pierre à personne… la lapidation ne figure pas dans mon bréviaire. Chacun a sa démarche. Croire en la chimie c’est croire en la puissance de l’Homme et aux effets bénéfiques qui découlent de sa domination sur la Nature. Si l’on observe les progrès de la médecine, on ne peut pas être complètement insensible aux arguments de ceux qui ont foi dans le progrès technique. Laisser la Nature faire, c’est retourner à des taux mortalité infantile et féminine intolérable aujourd’hui. Certes, cela entrainait une régulation de la population humaine, et on ne serait pas 6 milliards d’êtres humains comme maintenant… ce qui est sans doute le problème le plus important pour l’humanité et la planète et l’un des défits majeurs pour l’agriculture de demain. Mais à quel prix cette régulation ! On ne peut pas et on ne doit pas revenir en arrière. Néanmoins, l’explosion technique provoque aussi de graves dommages à la Nature, dont les dérèglements, en retour, commencent à poser des problèmes à l’humanité. On ne maitrise pas les cycles du carbone, de l’azote de l’oxygène et autres effets globaux que l’on perturbe actuellement, et il n’est pas sûr que notre science puisse les résoudre… on n’arrive toujours pas à soigner de nombreuses maladies! En fait pour moi le choix est entre deux options : soit on essaie de faire sans la Nature et on crée une sorte de nature artificielle au service de l’Homme (option génétique), soit on essaie de renouer avec elle et de progresser de façon intégrée. Dans les deux démarches il faut un progrès scientifique fort : dans la première c’est un progrès au niveau moléculaire, dans la deuxième c’est un progrès au niveau des connaissances sur les mécanismes naturels globaux et les interactions entre les différents milieux écologiques et les plantes. Et là réside le principal problème. Dans nos économies de marché, la molécule se brevète et se vend, la recherche est financée par le marché. Le chimique n’a nul besoin de recherches financées par les Etats. Les Etats ont d’ailleurs dans les années 60 autorisé la formation de grands groupes agro-chimiques afin de leur permettre d’avoir des financements pour la recherche. C’était toujours çà de moins à payer par l’Etat. Dans la deuxième, seule la recherche publique peut faire avancer les connaissances sur les écosystèmes car il n’y a pas d’argent à gagner mais seulement un savoir à partager. Et la recherche publique n’est pas à la mode, d’autant qu’actuellement, celle-ci doit se mettre au service de l’industrie privée… voir l’engagement de INRA pour les OGM ! Ainsi, chercher à rendre un sol fertile est un geste politique… ! Et oui, c’est un mot que j’utilise très peu dans mon blog, parce ma démarche en viticulture est une démarche de vie pas un engagement politique. Je n’ai nul envi de convaincre, mais de vivre et de témoigner. Je ne suis pas insensible à ce qui se passe actuellement au Maghreb, bien au contraire, cela m’enthousiasme. Et j’avais fait un blog sur l’espoir que suscitait l’élection d’Obama ! Mais la politique ne gère pas seulement l’organisation de la cité… elle est aussi le terreau des rapports de force, des conflits d’intérêts et des volontés de pouvoir et de domination. Cet aspect-là me déplait profondément et je laisse à d’autres le plaisir de s’étriper ! En tout cas, mon choix de cultivateur est nettement celui qui consiste à vivre en harmonie avec un terroir et non hors sol. Et là, je dois avouer que les recherches dont on aurait besoin ne sont pas faites… ou faites avec des financements dérisoires. Chez nous, c’est notre association Agriobio Périgord qui cherche des jeunes thésards pour faire des expériences in situ avec les domaines bios qui le peuvent et qui ont le temps. Notre domaine fait partie d’un groupe de suivi des ravageurs depuis maintenant trois ans… et c’est moi qui fait les prélèvements plusieurs fois par semaine, qui les expédie à la stagiaire qui elle, va pouvoir les regrouper et faire une tentative de synthèse avec notre technicien éric Maille. Ces recherches devraient être faites comme à Gesenheim en Allemagne par un vrai laboratoire dans une université avec des chercheurs dont c’est le métier… ! Là réside le problème politique. L’INRA s’en contrefout et préfère faire joujou avec des gènes, c’est beaucoup plus porteur en terme d’argent et de carrière scientifique… et en plus on ne se salit pas les mains avec la terre. Tenez, pour les amateurs de viticulture chimique, il y a un article très intéressant dans l’Express de cette semaine sur des paysans atteints de cancers et autres maladies dus aux traitements modernes et aux engrais. Il y a un passage assez « comique » si on peut dire, où le technicien vendeur, propose un nouveau traitement moins fort pour la vigne et en prime une combinaison de protection digne d’un scaphandre de la NASA… et tout cela au viticulteur atteint de leucémie à cause du benzène ! Celui-ci , en conversion bio, lui répond, avec une certaine dose d’humour, qu’il n’a nul envie d’aller sur la lune, mais dans ses vignes ! Et bien voilà la conclusion : je n’ai nul envie d’aller au ciel… c’est cette terre qui me nourrit que je veux embrasser, sachant qu’elle me permettra toujours de m’agenouiller et de lever les yeux vers l’immensité du cosmos pour ressentir cette vertigineuse sensation d’infini… et l’humilité profonde quelle provoque en moi.

dimanche 13 février 2011

Barbeyrolle cavailloné

Cela faisait longtemps que je voulais revoir les cavaillons à Barbeyrolle. Abandonnés il y a 50 ans, au moment où toute la viticulture découvrait les défoliants, et grâce à eux, se libérait d’une des plus grosses contraintes de la vigne, le désherbage sous le rang, les problèmes de déstructuration du sol et de pollution chimique, m’ont tout de suite conduit, lorsque j’ai repris cette vigne, à revenir à la culture traditionnelle. Il était évident pour moi que la connaissance des vieux vignerons sur ce type de terroir, une argile lourde et noir, marneuse en profondeur avec des pentes importantes, devait influencer mes choix de culture. Il existe des machines actuellement qui évitent de façonner un cavaillon. Particulièrement les herses rotatives, mais combien d’années d’essais, d’échec, de réglages multiples, d’adaptation de l’outil, d’apprentissage des chauffeurs, il aurait fallu pour véritablement faire un travail correct. J’ai préféré faire confiance à cette mémoire qui n’avait plus d’utilité il y a 50 ans, mais qui revient d’actualité au moment où l’utilisation de produits chimiques en agriculture, suscite des débats. Heureusement, les derniers détenteurs de ces savoirs sont encore vivants… j’en profite pleinement.

Très tôt, hier matin, Jean-Guy et moi-même sommes partis à la parcelle avec la vieille vigneronne attelée au Massey, Jean-Guy au tracteur, moi avec le 4X4 rempli d’outils pour les réglages, les changements de socs pour les vignes à trois mètres et les casses éventuelles.

Une fois entré dans le rang, il a fallu régler la vigneronne pour faire le cavaillon que je souhaitais. Le réglage d’un outil de labour est tout un art. La profondeur, la largeur, l’équilibre des poussées, l’inclinaison des socs… bref, si un des réglages est mal fait… le travail est bâclé.

Une fois tout au point, Jean-Guy décide de poser la vigneronne et d’enclencher la première. Le tracteur démarre lentement entrainant la charrue avec peine au début, puis celle-ci s’enfonce doucement et les cavaillons réapparaissent enfin à Barbeyrolle

Les socs font parfaitement leur travail et le bourrelé de terre va pouvoir étouffer les herbes en dessous, et lui-même subir le soleil, la pluie et le gel, qui vont l’émietter, l’assouplir, l’aérer et permettre ensuite un désherbage mécanique tout en douceur… peut-être avec le cheval.

Une fois la grande colline faîte, changement de socs avec la pose d’un couteau à l’opposé du soc cavaillonneur… Jean-Guy se lance sur la petite colline. L’air est magnifique, le ciel est bleu, la semaine de beau temps nous a décidé à nous lancer dans ce labour, le sol étant enfin ressuyé, idéal pour la "façon",

L’espoir d’un soleil qui grille la motte de terre puis d’un gel qui arrive toujours au mois de février, m’a convaincu que c’était la dernière chance avant le printemps de réaliser ce travail. Généralement on le fait à l’Automne… mais l’organisation du travail, les imprévus, les opérations au chai, les palettes à expédier… tout un tas de petits soucis qui ne nous ont pas permis de le faire… tout cela fait qu’à Noël, le cavaillon des Joualles était fait, mais pas celui de Barbeyrolle. Il y a les livres qui n’ont jamais de problème pour expliquer ce qu’il faut faire (surtout ceux qui expliquent les travaux que l’on doit faire en fonction de la lune… j’avoue que si je les suivais, je n’arriverai pas à faire la moitié du travail… parce que si la lune va bien pour faire telle opération, et que ma terre est trop humide ou qu’elle est trop sèche, qu’il pleut ou que c’est la canicule… ou pire, que c’est dimanche, cumulé aux RTT… et bien j’ai plus qu’à la regarder la lune !), et la réalité qui donne bien du fil à retordre… bref ! on fait quelquefois ce que notre temps et la météo nous permettent… je pense que beaucoup de vignerons me comprendront.

Enfin, le labour est fini… peu de casse… la vieille vigneronne assure comme une adolescente… un vers de terre s’est réveillé de sa sieste… mille excuses !

Quelle bonheur de voir la vie du sol… Barbeyrolle reprend ses couleurs d’antan… seule parcelle de vigne au Fleix à être cavaillonnée. Je gage que de nombreux anciens, ce dimanche après la messe, vont passer en voiture devant… et ralentir pour observer ce miracle.

mardi 28 décembre 2010

bourrasques et épandages

Le froid a envahi la campagne. Avec le froid, la neige vient déposer sont linceul blanc et glacé.

La vigne semble s’endormir dans un brouillard de givre et de glace. Je sais que c’est bon pour elle, mais je ne peux m’empêcher de frémir à l’idée que la vigne n’a pas la possibilité de se réchauffer. C’est idiot n’est-ce pas ? Mais elle est devenue pour moi un être vivant, un enfant qui a besoin de tant de soin… une personne !

Une multitude de plantes qui ne forment qu’une personne… ! Quel délire ! Et pourtant, quel vigneron ne sent pas cette communion avec sa vigne ? La voir propre, bien taillée, fière lorsque les raisins arrivent… les travaux faits aux bons moments, le sol vivant, les maladies maitrisées… que de travail pour finir dans un verre… autour d’un table. D’ailleurs, la neige et le gel me permettront de positionner la potasse. Mais pour cela, pas question d’entrer le tracteur dans les vignes avec un sol non solide. La protection du sol est prioritaire pour moi, et garder sa souplesse, son oxygénation et essentielle. Heureusement le lendemain, le gel est venu figer l’argile. Le sol est prêt à recevoir l’engin

Hier et aujourd'hui, deux journées totalement différentes. Hier la nature se fache, aujourd'hui un ciel bleu et clair, un froid vif et une lumière sublime... tranchante comme une lame de couteau. Les cavaillons protègent d’un manteau chaud les pieds de vigne

Le sol est gelé… marcher dessus permet de s’en rendre compte… je peux enfin épandre ma potasse et mon magnésium.

Cet apport doit se faire en priorité à la fin de l’automne. Par le gel, la neige, la fonte du printemps et les pluies, la potasse aura le temps de se répartir sur tout le sol. L’idéal pour moi serait de savoir quel engrais vert permettrait d’extraire de la roche mère, la potasse qui y est prisonnière et ainsi de la mettre à la disposition de la vigne… ce sera la prochaine étape… mais je n’ai aucune indication encore. La potasse est prélevée en générale au moment des vendanges et donc il faut la restituer au sol. Une partie revient à la terre avant la maturation… mais bio ou pas bio, il faut bien redonner à la terre son équilibre… et pour le moment, c’est sous forme d’intrant que je le fais. La potasse est importante pour former le fruit, produire du sucre et surtout favoriser le dépôt d’acide tartrique au cours de l’élevage. C’est un minéral clé pour faire du bon vin. Et du bon vin… c’est notre objectif… allez, joyeux Noël et bonnes fêtes !

dimanche 12 décembre 2010

Retour à la terre

Enfin je retourne à la terre. Le ciel m’a écouté, il me permet de faire le cavaillonnage d’hiver. Il fait beau et le froid n’a pas été trop intense cette nuit, la journée a été très ensoleillée. Le résultat est que dans ces terres pauvres où la roche mère n’est pas loin, le « ressuyage » se fait rapidement, le dégèle a été rapide et le soleil a assez vite séché le sol. Je ne pensais vraiment pas avoir la possibilité de travailler le sol cet hiver, mais voilà, une « fenêtre d’intervention » se présente… je ne tiens pas à la laisser passer. Ce matin j’ai donc ressorti la vielle vigneronne.

C’est une charrue solide qui sait négocier le terroir fait d’argile et de cailloux. Après une révision faite hier dans la grange et quelques boulons de changés, il faut, maintenant la vigneronne attelée, la régler pour les Joualles. Nous avons deux terroirs au Domaine: Barbeyrolles et Les Joualles. Ces deux terroirs ont des écartements de vigne différents… il faut toujours régler les charrues en fonction. Ici, j’ai condamné les deux socs arrière afin de ne pas travailler le milieu du rang. Pour cela je les ai mis en position inversée. Il ne travailleront pas mais, en ne les retirant pas, ils donneront du poids à la vigneronne, pour "mordre" la terre.

Ensuite, il faut régler l’écartement avec précision. On voit sur cette photo que le soc de droite est beaucoup trop près des pieds de vigne.

Ensuite, c’est la profondeur qui est importante. Le soc de gauche mort trop profondément dans le sol.

Cela a pour effet de créer un cavaillon trop haut avec de grosses mottes de terre. Le réglage à lui seul peut durer une bonne heure… et très souvent il se poursuit un peu durant les 4 première heures de chaussage ou cavaillonnage de la vigne. Ensuite il n’y a qu’à mettre la radio et bien conduire le tracteur, la moindre faute et on arrache des pieds de vigne et des piquets. Hier soir, j’avais fini tous les Bourdalès sur leurs échalas

Et les cabernets francs. Demain je m’attaque aux merlots.

dimanche 30 mai 2010

Vignes des enfants suite...

Antoine et françois ont décidé, profitant du beau temps, de passer les griffes dans leur carré de vigne. Il a fallu sortir le vieux cultivateur à cheval.

Il y a une chose que l'on oublie bien souvent, c'est que le matériel ancien a continué d'être employé lorsque l'on est passé du cheval au tracteur. Il a fallu plusieurs dizaines d'années avant d'obtenir une large gamme de matériels adaptée au nouveau moyen de traction. Dans le petit carré de vigne, aucune "machine" du Domaine ne peut entrer dans les rangs qui sont très étroits. C'est pourquoi on est obligé de réutiliser les vieux outils que l'on attele au Kubota, petit tracteur 4 roues motrices, utilisé au jardin. François décide de ne pas conduire le tracteur, mais de "griffer" lui-même le sol.

C'est le moment idéal pour faire ce travail du sol. Il a beaucoup plu il y a 10 jours, le sol est ressuyé, il fait chaud et sec, la terre se laissera encore faire pendant 2 ou 3 jours... après... soit il pleuvera soit le sol sera trop dur.

Une fois dans le rang, celui qui tient la charrue doit peser de son poid et surtout rester bien au milieu, la charrue ayant tendance à se déporter à chaque pierre rencontrée.

François montre beaucoup de maîtrise pour un jeune apprenti et Antoine manie le tracteur avec habileté et précision... le moindre écart et l'engin écrase le rang de vigne... certes la vitesse est à peine celle d'une tortue... mais il ne faut pas relacher l'attention. Le travail se fait parfaitement bien, et le sol s'oxygène et se "nettoie" avec beaucoup de facilité

C'est le secret d'un bon travail viticole, surtout avec l'argile, il faut le faire au bon moment... et François ne s'était pas trompé.. il fallait le faire maintenant

Sur un autre inter-rang, on a décidé de semer un engrais vert (ici du blé du domaine). En le broyant on n'aura peut-être plus besoin de travailler le sol avec la charrue...

... les plantes le feront à notre place... on fera le point après les vendanges. En attendant, par cette chaude journée de Mai, deux enfants ont voulu se rapprocher de la terre et renouer avec de biens vieilles pratiques qui demandent l'engagement du corps et le dialogue avec le vent. Point de produits chimiques faciles, point d'outils automatiques qui placent le vigneron plutôt dans une cabine de pilotage d'avion, que proche de la terre qu'il pourtant travaille. Ces deux enfants ont décidé que leur regard qui porte l'avenir, se nourrit d'une vieille image perdue... comme si elle ne cessait pas de les pousser de l'avant.

dimanche 25 avril 2010

Vigne des enfants

Une fois le pliage des lattes fait, il a fallu sortir les bois des rangs de vigne pour en faire des fagots, bien rangés en bout de rang. C'est enfin chose faite:

Les fagots ont toujours été la propriété des vignerons qui taillent la vigne. La loi existe encore mais elle n'est plus appliquée. Souvent les sarments sont broyés ou brûlés. François et Antoine ont décidé de les donner à des amis qui adorent se faire les fameuses côtelettes d'agneau aux sarments de vigne... ayant un four à pain dans la propriété, il a aussi décidé de s'en garder quelques uns...! Sage décision, la générosité n'empêche pas un certain réalisme. Puis, j'ai dû sortir la vieille décavailloneuse autrefois tirée par un cheval, stockée dans la grange

aucune machine du domaine ne pouvant passer dans cette petite vigne, nous l'avons attelée à un Kubota... puis nous avons "ouvert" les rangs de vigne

on dit aussi "curer", mais c'est moins joli. Il faut une certaine maitrise de l'outil pour bien le faire... heureusement j'avais fait, il y a plusieurs années, un stage chez Jean, que je voyais faire avec son cheval quand j'avais 4 ans. Il m'a appris le "tour de main"... et a beaucoup ri comme d'habitude. Ainsi, les pieds sont débarrassés en partie de l'herbe et peuvent se gaver de nourriture et d'eau. Au moment du débourrement, c'est très important. Après la fleur, pour respecter les "quatre façons" on recavaillonera avec une vigneronne... tirée par le Kubota... peut-être un jour par le cheval... qui sait. François m'a bien aidé, je crois qu'il aura le coup de main.

samedi 17 avril 2010

aération de printemps

Ce matin après le lever, je suis tombé en admiration devant le cerisier en fleur...

Une explosion de parfums et de couleurs... c'est toujours un emerveillement pour moi. La chaleur des journées ensoleillées que nous avons, autour de 19° à 21° permet la montée de la sève aux fleurs, l'activité des abeilles... promesse de fruits et de miel! Après une semaine de très beau temps, et un décavaillonage de la vigne hier avec Guillaume, j'ai sauté à nouveau sur mon massey pour atteler les dents Michel. L'instrument est assez impressionnant

Il a fallu que je permute les dents ce matin... chaque dent pèse son poids, et les sortir du cadre pour les réincérer, a nécessité une masse. La mécanique agricole n'utilise que rarement des tournevis d'électronicien. L'intérêt de cet outil pour moi et qu'il aère le sol en profondeur sans bouleverser les horizons... c'est à dire les différents niveaux du sol comme le fait un labour avec une charrue (qui met dessous la terre du dessus) et pire le défonçage du sol (excuse moi Hervé! je n'ai pas fait exprès). Le sol est respecté grâce à ces dents qui sont montées sur des supports courbes:

L'outil va donc aérer le sol en soulevant et en brisant les compactages, ceci assez profondément sans affecter la structure du sol ni sa surface

Comme on le voit, on a à peine l'impression qu'un travail a été fait. L'idée et de créer une circulation, la plus intense possible entre la vigne et la roche mère pour puiser le maximum d'arômes dans le terroir. Cet aération va véritablement faire exploser l'activité fertile et les racines de la vigne vont littéralement plonger pour se nourrir d'éléments organiques ainsi délivrés... la roche mère étant à quelques centimètres... la jonction se fera assez rapidement. En plus, les racines paresseuses qui restent en surface sont coupées. La vigne est forcée de plonger et de chercher sa nourriture dans des humus qui ne sont pas touchés par la sécheresse estivale. Lorsque l'argile se rétracte et se gonfle au fur et à mesure de l'alternance des pluies et des périodes sèches, il casse aussi les racines de la vigne l'obligeant à en reformer d'autres... d'où l'intérêt de l'argile pour la vigne. Car se rythme naturel, que j'amplifie simplement, est très qualitatif pour le vin.

samedi 28 novembre 2009

La viticulture In Situ...!

Fukuoka dit qu'il ne faut pas s'épuiser à cultiver, mais qu'il faut s'intégrer à l'énergie naturelle pour faire ce que la Nature fait mieux que l'Homme: donner la vie et faire pousser la végétation. Il pronne l'attitude du "Non Agir", ce qui est difficile à comprendre pour des occidentaux. J'ai souvent pensé à cette idée et je me suis rendu compte à quel point, l'acte agricole était un acte qui pouvait être mortifère. Il m'a toujours semblé qu'utiliser des herbicides pour tuer la flore, des pesticides pour tuer la faune, des labours profonds pour tuer le sol, et bientôt des OGM pour tuer la reproduction... tout cela n'était finalement qu'une machine de mort. Tout l'effort était donc de tuer le vivant pour que la seule plante que l'on désire cultiver, soit seule en temps qu'espèce, mais reproduite à des millions d'exemplaires... à l'image d'un champs de maïs dans le Dakota! Je ne suis jamais arrivé à me faire à l'idée que bien cultiver c'était tuer le vivant. Et finalement, que cette façon d'être agriculteur, non seulement demandait beaucoup de travail, de gas oil et de machines dispendieuses, mais que tout ces efforts avaient pour conséquence un malaise profond: moi paysan, je veux donner la vie et pour cela je massacre le vivant. Depuis plusieurs années, et surtout depuis la lecture de Fukuoka, j'ai réalisé que je ne devais pas cultiver contre la Nature, mais avec elle. L'attention au sol et à sa fertilité, l'élimination des pesticides et des herbicides, la pratique de labours de plus en plus rares et peux profonds, le semis d'engrais verts, l'établissement d'un couvert végétal permanent et l'entretien des haies et des bois aux alentours... tout cela devait arriver à magnifier la vie plutôt qu'à la tuer. J'ai été très heureux lorsque Yannis Araguas est venu analyser mon sol et y a trouvé une vie macro et microbienne intense... je me sentais dans ma vigne au milieu d'un immense organisme vivant. En fait j'essaie d'utiliser les énergies naturelles d'échanges chimiques pour créer une sorte de symbiose avec la vigne. Dans notre culture récente, de Darwin à Marx en passant par Adam Smith ou Machiavel; on a toujours mis l'accent sur la compétition entre les espèces, entre les classes sociales, entre les entreprises, entre les citoyens, entre les salariés... et ainsi de suite. Pourtant, on a oublié la coopération, l'entraide, la symbiose... tous ces comportements que l'on retrouve tant dans la nature que chez l'Homme. Il me semble donc qu'il y a un manque immense dans la façon dont nos cultures perçoivent la réalité, et que ce manque ne nous place que dans des situations de conflits, d'agressivités et de violences. Développer le terme de compétition sans lui adjoindre celui de symbiose... c'est comme semer une graine sans lui apporter de l'eau. Il est évident que pour moi Fukuoka m'a ouvert les yeux sur un renversement du rapport entre l'agriculture et la nature; renversement qui, au lieu d'isoler la plante cultivée du milieu dans laquelle elle se trouve, tant à l'intégrer dans le mouvement végétal de son environnement, de la rendre In Situ. C'est pourquoi je suis, depuis longtemps, receptif aux discours sur la bio diversité, car je crois profondemment que cette prise de conscience est au coeur des enjeux actuels. Je ne suis plus là pour lutter contre la nature mais au contraire pour que les forces vitales de vie qui s'échangent en permanence, profitent à ma vigne. Mon engrais c'est la l'activité biologique! C'est pourquoi, je dois arriver à diminuer mon activité pour la laisser faire par la Nature... c'est pour moi le message central de Fukuoka; passer de l'agriculture à l'agrinature!

Ainsi, l'un des derniers postes où le travail du vigneron est pénible, intense et onéreux, surtout pour un bio, est le desherbage du cavaillon. Cela fait un certain temps qu'avec éric Maille, on réfléchit à ce problème. Mon idée serait de ne presque plus travailler dessous le rang, sans pour autant mettre la vigne dans des difficultés hydriques et minérales. La discussion avec gérard Ducerf aux JTVB d'hier a été pour moi déterminante. Il m'a parlé de deux plantes qui n'ont pas besoin d'eau car elles le stockent dans leurs feuilles, qui ont des racines légères mais bien présentes pour garder une terre travaillée et souple, qui ont des feuilles qui couvrent bien le sol pour le protéger du soleil, du gel et de la battance des pluies et dont les exsudats des racines empêchent les advantices de germer. Ces deux plantes sont la Piloselle et le Plantain corne de cerf. L'autre avantage est qu'elles ont des fleurs dont les tiges ne dépassent pas 10 à 20 cm de hauteur... ce qui permet de ne pas exposer la vigne aux gelées printanières! Ainsi, je me mets à réver d'une symbiose entre le ceps de vigne et la Piloselle. La Piloselle continuerait à entretenir l'activité microbienne du sol sous la vigne sans entrer dans une compétition hydrique et nutritive. Si j'arrive à installer ces deux espèces de fleurs, je n'aurais qu'un passage d'intercep tout les 4 ou 5 ans, pour renouveller les semis. Bien entendu, il faudra envisager la rotation entre les semis, pour éviter d'ajouter à une monoculture, la vigne, une autre, le plantain ou la piloselle! Cela veut dire aussi qu'il faudra bien gérer les couverts végétaux des inter-rangs, ainsi que leurs engrais verts, pour qu'il y ait diversité, complémentarité et non concurrence. En plus, quelle magnifique paysage serait celui d'une vigne au milieu des fleurs! Plus tard je parlerai du dernier poste que je souhaiterai diminuer: les traitements phytosanitaires... et comme pour le précédent, c'est un des intervenants des JTVB qui a suscité en moi des réflexions peut-être porteuses d'avenir.

lundi 2 novembre 2009

engrais vert

Il pleut sur le Périgord noir. Cette pluie est la principale raison de mon silence durant ces quelques jours. On est fin octobre, c'est le meilleur moment pour semer des plantes qui vont fertiliser le sol et nourrir Petit Manoir. Les trois plantes que j'ai semées sont, de l'avoine, de la féverole et de la navette; une céréale, une légumineuse et une crucifère... ceci dans l'ordre. Il a fallu d'abord labourer, du lundi au vendredi, l'après midi et le soir jusqu'à 23h00, car le matin la rosée rend la terre impraticable. Une fois le labour fait, il a fallu aplanir les sillons pour pouvoir semer.... ce que j'ai fait hier avec des disques. La pluie était prévue pour aujourd'hui 19h00. Il fallait faire vite. Ce matin, après plusieurs hésitations... le sol est trop humide, je n'aurais pas le temps de positionner les graines, puis de les recouvrir (je n'ai pas de semoir intégré)... la pluie arrivera trop tôt... si je ne peux pas les recouvrir, les graines seront à l'air libre pendant tout le temps qu'il pleuvera... 4 jours, une semaine, un mois, plusieurs mois? autant dire que les semences seront perdues. C'est une course contre la montre. Jean vient me voir à mon tracteur, le vicon est attelé prêt à semer. J'hésite, il me demande pourquoi... je le lui dit... il me répond: "sème, tu n'es pas sûr de pouvoir le faire dans 15 jours après il sera trop tard... ne t'inquiètes pas, la pluie arrivera ce soir, si te ne perds pas une minute, tu y arrivera." Autant vous dire que Jean, paysan, 86 ans, est pour moi plus qu'un ami. Cela voulait dire que je passerai le dimanche tout entier dans le tracteur... sans même avoir le temps du repas dominical. C'est le métier de vigneron. La nature décide, pas le calendrier! Je me suis donc lancé dans le semis toute la journée au milieu des chasseurs et des vacanciers. à 19h00 tout était fini, la pluie est arrivée à 20h00, longue, drue, importante et libératrice. Le positionnement de la semence est optimal. La terre a été travaillée sèche. Le semis s'est fait sur une lit de semence souple. La pluie tombe dessus, assurant la germination qui sera surveillée dans les jours qui viennent. La météo prévoit 8 jours de pluie... c'est parfait!

Tout ce mal que l'on se donne, c'est pour éviter de mettre des engrais chimiques dans le sol. C'est sûr qu'il est plus facile de mettre un engrais au mois de février avec le vicon, que de semer entre les pluies des végétaux qui vont faire office d'engrais. On ne rate jamais, sauf problèmes mécaniques, le positionnement d'un engrais chimique, alors que l'on peut rater son semis d'engrais vert ou on peut le perdre au printemps. C'est souvent pour cette raison que des gens hésitent à passer en bio. L'organisation du travail est différente. Elle est plus dépendante de dame Nature. Pour ce qui est du choix des semences, j'ai beaucoup hésité. La raison de ce mélange vient du fait que j'ai besoin d'azote en avril pour la pousse du printemps... d'où l'utilisation de la féverole qui est une légumineuse. Par ailleurs, j'ai ajouté de la navette qui est une crucifère. Elle va rajouter des sucres... essentielles à la vigne. Mais ce sont des "sucres rapides", il me faut aussi des "sucres lents": la cellulose, d'où la céréale: l'avoine. Ces "sucres lents", c'est pour la fleur et la nouaison, lorsque les sucres de la crucifère auront été digéré par la vigne. C'est comme lorsque l'on fait du sport, on prendra du chocolat pour un effort violent et court, on mangera des pâtes, si l'on veut faire un effort plus soutenu et plus long comme pour un marathon. Ainsi, les engrais verts vont recouvrir le sol tout l'hiver, ce qui va protéger, du gel, de la pluie... tout les mico-organisme qui s'y trouvent, prêt ainsi à digérer tout végétaux morts, et ainsi a "relarguer" les matières nutritives à la vigne. Leurs racines vont créer une activité vivifiante, en stimulant le sol, et aérante en y amenant de l'oxygène. Une fois fauchées au printemps, leurs différents éléments vont se décomposer grâce à la fertilité naturelle du sol qui a été préservé pendant l'hiver par le couvert végétal (champignons, insectes, bactéries...). Cette décomposition formera en partie l'humus (garde manger) et d'autre part mettra les éléments nutritifs au service de la plante qui pousse et qui a besoin de cette énergie.

Donc pour nourrir ma vigne, je ne lui apporte pas directement l'azote, le phosphore et la potasse... je travaille à fertiliser la terre, qui ensuite, dans un échange presque symbiotique, va lui apporter ce dont elle a besoin. En fait, le processus n'est pas d'analyser ce que la plante veut, mais de regarder comment la nature fonctionne et de s'en inspirer pour construire un agriculture naturelle. C'est une démarche diamétralement opposée à celle de l'agriculture chimique. L'idée est de soigner son environnement, le sol, dans l'idée que l'échange plante/sol fera ce qu'il a toujours merveilleusement fait: créer la vie. Si je regarde une forêt: elle n'a pas reçue d'engrais... elles est souvent sur les plus mauvaises terres... les bonnes sont cultivées... elle n'a pas reçu d'insecticide.. ni d'OGM et pourtant elle produit une masse de végétaux qu'aucun agriculteur n'est capable de faire (sans parler des proteïnes animales (cerf, sangliers, lapins...) j'en sais quelquechose). C'est cette respiration que je cherche à capter... ressentir la santé de mon sol, le protéger, ne pas le laisser nu trop longtemps, favoriser la diversité végétale et animale, ne jamais l'agresser par des herbicides et des pesticides. Avoir la foi qu'un sol équilibré, naturel, saura toujours se défendre contre des menaces... bref! plutôt que de donner un fusil à un soldat... créer les conditions globales qui rendent l'agression... inutile. Ce sont peut-être de belles paroles... mais j'y crois.

jeudi 29 octobre 2009

labour suite

Aujourd'hui j'ai labouré les merlots dans une lumière divine

Les tons ocres faisaient ressortir le brun de la terre. On peut voir la charrue au travail

Il faut vraiment de la puissance pour travailler cette terre ou seule la vigne pousse. Les pierres, le rocher et l'argile ne se laisse pas faire et sont la raison pour laquelle les paysans sont descendus travailler dans la vallée, sur des terres plus facile. Mais rien ne remplacera la vue sur les coteaux, Le paysage si équilibré et la qualité du terroir... même pour le blé

mercredi 28 octobre 2009

Labour

Et voilà, finalement, j'ai opté pour le travail du sol. L'arrivée des pluies dimanche, le très beau temps de la semaine, l'urgence de semer les engrais verts... tout cela m'a orienté vers le travail à la vigne. Je ferai ce qu'il faut au chai; après! Il a fallu atteler ma vieille vigneronne pour une "façon" qui prend son origine dans la nuit des temps: le cavaillonage. C'est à dire l'opération qui consiste à butter les pieds de vigne et à ouvrir le centre du rang. Voici ma charrue:

elle n'est pas toute jeune et cette vieille charrue chante mieux que bien d'autres. Le labour est important dans la vigne car il aere la terre et la débarrasse d'herbes encombrantes pour pouvoir y semer des plantes qui vont enrichir le sol. Autrefois cela prenait bien une bonne partie de l'automne, avant de fumer les terres... ou après. Tenez regardez le travail

rien ne travaille mieux le sol d'une vigne qu'une vigneronne. Bien sûr, il faut la régler, et cela n'est pas toujours facile... mais une fois le réglage réussi grâce aux conseils des anciens... en l'occurence Jean... c'est un vrai bonheur de travailler avec. Sur cette photo on voit bien les pieds de vigne qui sont recouverts d'une "couverture" de terre pour passer l'hiver au chaud, et le centre du rang qui est ouvert avec les sillons du labour

Quand je pense que le cavaillonage se pratiquait déjà chez les romains puisqu'on a trouvé des traces d'anciennes vignes grâce aux restes des cavaillons. C'est d'ailleurs assez émouvant de voir émerger le sarclage des buttes, quelquefois enfoui à 1 mètre sous terre, fait par un paysan mort il ya 2000 ans! Cela n'avait pas changé jusqu'à l'arrivée des herbicides au XX° siècle, libérant le vigneron de ce travail éprouvant qui consiste à desherber la vigne. Mais, depuis lors, on a abandonné le travail du sol et avec lui, l'entretien de la fertilité des terres grâce à l'aération tant précieuse à la vie des micro-organismes. De nombreux sols ont vu leur structure se dégrader depuis 40 ans. Que l'on utilise des plantes ou des outils, il faut retravailler la terre. Elle a besoin de soins tout autant que les plantes. L'idéal est d'arriver à tout faire avec des semis d'engrais verts; ne travailler la terre qu'en semant des plantes, puis en les détruisant pour que la décomposition de leurs racines amène de l'oxygène et des matières nutritives. C'est ce qu'on appelle l'agriculture naturelle. Son fondateur est Masaboni Fukuoka, paysan et ingénieur japonnais, qui a passé 50 ans de sa vie à observer la nature afin d'en déceler les potentialités agricoles. Il en est arrivé à une démarche du "non-agir". Je vous expliquerai cela plus tard. Aujourd'hui, j'ai commencé le cavaillonage par la jeune plantation de cabernets francs... demain je fais les bourdalès et une partie des merlots.