L’hiver jette son manteau froid sur le Petit Manoir

La taille a commencé comme partout, même si nous sommes toujours un peu après les autres vignerons.

Ce cycle est très important pour nous et pour la vigne. C’est un moment consacré au regard.

On remarque les endroits où il y a des problèmes : marquants cassées, fil de fer coupé, amarre arrachée (eh oui !), pieds manquants, piquets pourris… On n’est plus dans l’agitation du printemps et de l’automne… saisons vigneronnes par excellence.



Le travail est aussi pénible (tailler par -4°… pas terrible), mais moins stressant, moins dans l’hyperactivité.

J’apprécie le travail fait à l’automne avec le cavaillon qui protège le pied du froid

Les anciens n’avaient pas tort de cavaillonner, même si c’est une charge de travail qui se rajoute à d’autres.

J’ai profité d’un sol gelé (rendu résistant au poids du tracteur) pour positionner la dolomie sur une partie de la vigne. C’est une sorte de chaulage, mais façon bio… sans chaux. La dolomie est une roche naturelle aux propriétés fertilisantes très intéressantes surtout dans nos sols qui sont structurellement carencés en magnésium. Pour le calcium, dans de vieux sols comme les nôtres, les calcaires en sont souvent dépourvus. Ils ont été consommés par les milliers d’années d’activité biologique et surtout agricole.



Lorsqu’on prélève la récolte, une partie des minéraux n’est pas naturellement restituée au sol comme dans une forêt. Il faut donc la restituer mais sans violence. La dolomie va donc se décomposer lentement au grès des pluies et de l’activité organique. Ainsi, on ne nourrit pas la plante, comme dans le chaulage, on fertilise le sol.

A propos de fertilité, les féveroles accusent le coup des températures négatives

Dès la fin des gelées, elles vont se redresser bien sûr. Il ne faut pas oublier que la fève était l’un des seuls légumes cultivés en Europe au Moyen-Âge. En effet, les autres légumes (tomates, pommes de terre, poireaux…) sont assez récents. Ils nous sont parvenus au moment des grands voyages des XV° et XVI° siècles.



Or, comme nous le voyions sur beaucoup de tableaux de cette époque (surtout ceux de Bruegel), il faisait très froid. On a appelé ce moment une mini-période glaciaire. La fève supporte très bien les basses températures hivernales. Et si on la sème à l’Automne, elle résiste mieux aux pucerons qui ne vont pas l’épargner au printemps.

Pour les engrais verts, il existe aussi une technique qui consiste à semer une plante qui se détruit avec le gel. Ainsi, elle va pailler le sol en hiver et laissera un sol propre au printemps pour un semis de maïs ou autre… et ceci, sans travail du sol.

Il y a tant de nouvelles techniques à découvrir, respectueuses de l’environnement ! Il manque simplement la curiosité et l’indépendance face à la convoitise de certains.

Dans ce froid, un rayon de soleil est le bienvenu

En cette période, il réchauffe moins les doigts que le cœur.