Domaine de la Voie Blanche

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jeudi 29 juillet 2010

décavaillonnage et effeuillage

Lundi et Mardi, avec le Naturagriff, j'ai décavaillonné la vigne... c'est-à-dire j'ai travaillé sous le rang.

Je dois dire que c'est le poste qui fait la plus grosse différence avec la viticulture non biologique, c'est-à-dire utilisant des défoliants... surtout en vigne de coteaux non plane. Je peux comprendre que dans les années 1950, lorsque les desherbants chimiques sont arrivés sur le marché, tout le monde s'est jeté dessus...! Car quelle économie de travail et d'embêtements! Deux passages par saison au Roundup avec des buses ajustées sur le pulvérisateur... 6km/h, pas de casse... et 20 hectares fait dans la journée. Au lieu de cela, un décavaillonnage à la machine; lame, rotogriffe, bêcheuse, socs... entrant dans la terre pour la travailler... de 1,5 à 3,5 km/h, avec de la casse bien souvent (la terre ne se laissant pas toujours chatouiller)... sur des vignes à 5000 pieds/ht... 3 hectares = 2 jours. La différence est tout simplement incomparable. Donc, lorsque certains viticulteurs me disent qu'ils font "presque" du bio... sans travail sous le rang... je reste perplexe. En tout cas, même si le surplus de travail est important, le travail sous le rang reste pour moi essentiel. Garder une terre souple et vivante à l'emplacement des ceps de vigne n'est pas accessoire... et c'est pourquoi j'accepte de m'emm....r à le faire. D'ailleurs, au Domaine, on le fera certainement un jours... avec le cheval! Aujourd'hui on continue l'aération des grappes.

Quand on voit un vélo au bord d'une vigne... c'est qu'il y a un jeune qui y travaille, même si on ne le voit pas tout de suite. L'effeuillage est particulièrement difficile et les courbatures et maux de dos arrivent fréquemment.

Il faut se pencher et bien regarder ce que l'on fait.

Les positions sont fatiguantes... au Domaine, presque tout se fait à la main

Bien sûr, il existe des moyens mécaniques pour le réaliser: effeuilleuse thermique, effeuilleuse à couteaux... mais rien ne remplace le regard du vigneron qui, en voyant des entassements de grappes, va les séparer pour les aérer. Aucune machine ne peut faire cela... en tout cas pour le moment. Qui sait... avec une caméra et un ordinateur... on pourra automatiser ce travail... et comme cela, il n'y aura plus de vélo au bord des vignes... on n'aura plus besoin d'être humain pour travailler... seul le propriétaire pourra surveiller avec des écrans, chez lui, sur son canapé, le travail incessant des machines automatiques dans ses vignes. Ah! Quelle belle perspective! Enfin, je pourrais regarder tout les épisodes de Colombo que j'ai ratés. Quant à ceux qui ne possèderont ni terres, ni entreprises...? Ils boiront le vin pour oublier...! Quel progrès! En attendant, l'aération des vignes se poursuit, on aura fini avant le 10 Août.

mercredi 28 juillet 2010

Mes amis les insectes

Aujourd’hui, je voulais écrire sur un des petits problèmes de la vie quotidienne du vigneron. Cela commence par une feuille dont les contours sont rougis par un insecte.

Cela ressemble un peu à une carence en magnésium… mais pas du tout… c’est bien un insecte qui a ce don de coloriste. La différence se perçoit par le fait que le rouge forme des petits carrés très nets, alors qu’une carence produit un aspect plus flou et plus envahissant. Faisant parti d’un groupe de viticulteurs qui expérimentent des traitements biologiques, j’ai un système de piégeage qui me permet de connaître les insectes qui se baladent dans ma vigne. Cet insecte, le voilà…

En l’occurrence, il y en a deux sur la photo; ce sont ces deux insectes verts, qui ont une forme droite et allongée. On l’appelle la cicadelle verte, ce qui fait référence à sa couleur… ou, la cicadelle des grillures, mettant l’accent sur ce qu’elle fait. Essayant d’éviter les traitements insecticides, j’ai accepté de tester l’application de l’argile kaolinite. Pour cela, il faut disposer d’un matériel très simple

Un atomiseur à dos (si on ne traite pas plus de deux hectares, sinon c’est le pulvérisateur et le tracteur qui s’imposent), de l’eau et un seau rempli d'argile. Je n’ai traité que 20 ares... pour comparer les différents prélèvements d’insectes qui seront faits dans les parties traitées et non traitées du vignoble. L’argile kaolinite n’est pas totalement à l’état brut. Elle a été calcinée à haute température, puis micronisée dans le but de bien se mélanger à l’eau pour une pulvérisation idéale. L’argile n’est pas un insecticide, c’est-à-dire qu’elle ne tue pas, c’est un insectifuge, elle repousse l’insecte. Ainsi, on cherche à protéger sa plante sans désorganiser l’équilibre biologique du lieu. Le résultat est une poudre blanche très fine

Puis on fait la bouillie

Puis, le traitement de bas en haut du pied de vigne. Dans une vigne… il faut souvent monter et descendre… avec 30kg sur le dos… je vous assure que ce n’est pas une promenade de détente.

La feuille est ainsi recouverte d’une fine pellicule blanche.

Et c’est cette pellicule blanche qui va éloigner les cicadelles des grillures de la vigne. Et oui, c’est la couleur qui la dérange… intéressant non ? Le résultat de ce matin : 13 cicadelles dans la partie non traitée, 0 dans la partie kaolinée. Que dire de plus ? Oui, juste une grappe de merlot avant véraison… ayant tout juste fini son stade : fermeture de la grappe.

samedi 17 juillet 2010

l'épointage

Après un mois de relevage, le broyage des engrais verts, de multiples traitements pour contenir les maladies et l’entretien des abords, nous avons décidé avec guillaume de faire l’épointage de la vigne. Les recommandations nous conseillent de le faire à la nouaison ou juste après. Ce que nous faisons aujourd’hui. Certains vignerons tentent de ne pas épointer la vigne et de la laisser pousser naturellement jusqu’au moment où elle « décide » elle-même de s’arrêter. J’avoue être tenté par cette démarche, mais je ne suis pas sûr que les merlots puissent être ainsi laissés libres et arriver à l'aspect anarchique, qui est leur tendance naturelle… un peu comme la coupe de cheveux de Tim Burton… ! Les problèmes que cela peuvent poser pour la conduite de la vigne dans des rangs à la végétation exubérante… je ne suis pas sûr d’avoir le courage de m’y attaquer. Par contre, les cabernets francs ont une forme beaucoup plus maitrisée et ont tendance à « monter droit ». Je pense qu’un jour, je l’expérimenterai. L’épointage a pour fonction de rediriger la sève vers les fruits. En coupant l’apex, on perturbe le processus de la plante qui est de s’allonger le plus possible : l’effet acrotone des lianes. Mais l’inconvénient est aussi de provoquer un accroissement de pousse des gourmands qui situent à la jointure de la pampre et de la feuille : les entrecoeurs. Ce qui nécessite un surcroit de travail ensuite : l’élimination des entrecoeurs. C’est pourquoi l’idée de ne pas épointer… me plait. En attendant, je suis allé chercher l’épointeuse à la CUMA de Domme (je la partage avec d’autres vignerons… cette mutualisation des outils se structure dans les CUMA) et j’ai confié ce travail délicat à Guillaume… c’est toujours lui qui le fait.

Il connaît parfaitement l’outil, et c’est très important dans des vignes étroites comme celles des Joualles. Bien entendu, lorsque l’on attelle un outil au tracteur, à chaque fois, il faut le régler… et ce n’est pas toujours facile.

Guillaume se donne parfois beaucoup de mal et le temps compte… nous sommes encore en pleine période de travail dans la vigne… il reste encore une dizaine de jours avant que cela se calme… il faut courir du matin 5h00 au soir quelquefois tard… vers 23h00. C’est un rythme épuisant que le monde paysan connaît très bien.

Le plus délicat est de s’enfoncer dans des rangs étroits avec un engin qui possède 8 couteaux rotatifs tournants à une vitesse importante… et de n'abimer ni un rang de vigne ni la machine.

Cela demande une concentration au chauffeur… et une maitrise du stress.

Autant dire que tout le monde ne peut pas le faire.

Le résultat est bien sûr très beau… on passe d’une vigne hirsute à une vigne digne des allées du château de Versailles.

L’année dernière on avait commencé à 7h00 et fini à 18h00, cette année on finit à 15h00… j’espère que l’année prochaine on le fera en une matinée. Pour cela il faut affiner la préparation de la vigne à l’arrivée du jour d’épointage (particulièrement les sols travaillés comme au Domaine, qui ont tendance à faire tanguer l’outil), et régler l’épointeuse au plus près de la personnalité de la vigne. C’est un échange, et chaque année amène un progrès dans ce long chemin. L’expertise de Guillaume est essentielle, il connaît la machine et Les Joualles.

Par ailleurs ont vient aussi d’épointer Barbeyrolle qui est notre parcelle en Périgord pourpre. Les vieux merlots ont l’air d’apprécier.

Le prochain travail sera le positionnement d'argile kaolinique pour éloigner les cicadelles vertes et l'effeuillage pour aérer les grappes.