Domaine de la Voie Blanche

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mardi 13 avril 2010

engrais verts et broyage des sarments

Il faut bien suivre la chronologie... toujours faire les travaux au bon moment, ne pas rater une "fenêtre" d'intervention... ce matin en me levant tout cela me trottait dans la tête, le temps est beau, le vent sèche la terre après plus de 80 litres au m2 depuis une semaine. L'attachage et le liage sont finis, les bois on été tirés, il ne reste plus qu'à les broyer. Plusieurs écoles s'affrontent sur le sujet... je ne prends pas parti... la seule chose pour moi est de restituer au sol le maximum de minéraux que les plantes lui ont pris... ceux des raisins sont définitivement retirés du sol. Certains pensent qu'il faut les brûler, comme on le voit beaucoup en Bourgogne. D'autres pensent qu'il faut les mettre en botte comme de la paille et les retirer de la vigne pour en faire autre chose. J'ai décidé de les broyer pour nourrir la vigne. J'ai entendu des discours que l'azote utilisé pour décomposer les sarments n'est pas utilisé pour la vigne...! C'est sûr, mais est-ce de cet azote là dont on a besoin? En fait j'utilise les engrais verts et le broyages des bois, comme le sucre rapide et le sucre lent. Si je veut faire un sprint, je bois une boisson sucrée... ce sont des sucres rapides. Si je fais une randonnée en montagne, je mange de pâtes. Ce sont des sucres lents, j'ai besoin d'une énergie moins "turbo" mais longue et régulière. Pour la vigne, je sème des engrais verts pour le démarrage de printemps et la poussée des bois en Mai et en Juin... et pour couvrir le sol en hiver, protégé des pluies, du froid...:

Ici, j'ai associé de l'avoine, de la navette (les fleurs jaunes) et de la féverole. Donc, une céréale, une crucifère et une légumineuse. Ainsi, je regarde au mois de Mai si mes pampres poussent bien. Si je remarque une petite faiblesse dans la pousse, je détruirai immédiatement mes engrais verts avec un simple broyage ou des disques si la faiblesse augmente, ce qui me permettra en 10 jours, de donner un coup de fouet à la vigne, en lui apportant un sucre rapide, les feuilles tendres et jeunes de ces plantes vont se décomposer rapidement et libérer les éléments organiques.

Pour la pousse qui arrive maintenant, puisque la vigne commence à débourrer (12 jours de retard sur l'année dernière), jeudi, je vais décavailloner avec un outil. Donc tous les engrais verts qui sont sous les pieds de vigne vont être détruits et donc nourrir les premiers développements du débourrement. Aujourd'hui, j'ai attelé le broyeur avec ses dents au Massey.

Les engrais verts ne sont que un rang sur deux. Les bois tirés, je les ai placés sur l'autre inter-rang pour pouvoir les broyer sans toucher aux engrais verts.

Ainsi, en les broyant, j'accélère le processus de décomposition des bois "aoûtés" et je nettoie la vigne pour les travaux à venir. Cette décomposition lente est due à la lignine (grand producteur de biomasse) qui va donc apporter des sucres lents plus tard... lorsque la vigne va faire sa fleur par exemple. Une réserve va se constituer dans le sol, grâce à l'humus, qui est un fabuleux garde manger, et si je veux libérer des aliments pour la vigne au mois de Juin, je ferai une aération du sol avec un cultivateur. L'air provoquera une accélération de la minéralisation et libérera des éléments nutritifs pour les plantes. C'est en observant le comportement de mes pieds de vigne que je décide d'agir sur le sol. Si tout va bien, je ne ferai qu'un broyage... avec peut-être un semis dessous... pour l'année prochaine. L'idée est de couvrir au maximum le sol par des végétaux pour que la vie continue à se développer à l'abris des intempéries et du soleil. En plus, les racines continuent à enrichir et à travailler le sol. Bien sûr, il y a le stress hydrique, et là j'agirai en conséquence par un labour léger (passage de disques). Ainsi, pas de mode d'emploi sur un sac à épandre... tout se fait en semant et en regardant sa vigne... je crois qu'elle ne dit pas non!

jeudi 8 avril 2010

liage en corbeille sur échalas

Dans l'entretien que j'avais eu avec Guy Lavignac (ampélographe merveilleux, responsable de nombreux décrets d'AOC du Sud-Ouest concernant les encépagements obligatoires, autant dire un musée vivant), il y a 7 ans, celui-ci, m'avait recommandé la plantation du Bourdalès, vieux cépage presque disparu de la vallée de la Dordogne, dans mon argilo-calcaire Périgourdin. Il pensait que c'était un des vieux cépages longeant la vallée de la Dordogne autrefois, qui pouvait donner des résultats organoleptiques interessants, et un témoignage du type de vin possible en Périgord noir. Après cet entretien, j'avais trouvé un mémoire fait par une thésarde Alexandra Cadet au Centre de Viticulture et d'Oenologie de Midi-Pyrénées à Toulouse. Son mémoire portait sur ce cépage avec comme résultat qu'il développait de réelles qualités organoleptiques sur sol argilo-calcaire et sur porte greffe Couderc 3309. C'est donc ce que j'ai fait avec mon pépiniériste éric Morot, mais cela n'a pas été facile vous pouvez l'imaginer. Guy Lavignac m'avait aussi recommandé de faire une taille longue, donc à latte, et de replier la latte sur l'échalas avec le bourgeon de bout de latte, presque au sol.

Comme on le voit sur cette photo, on replie la latte autour du pied de vigne jusqu'au sol. Ce liage ancien s'appelle l'attachage en corbeille. En effet lorsque l'on voit le pied entier sur son échalas, il a une forme d'anse de corbeille. La latte semble former une double révolution dans le mouvement d'une spirale.

L'orientation de la latte permet d'éviter le caractère trop acrotone de la vigne (c'est-à-dire la tendance à développer surtout le dernier bourgeon, il ne faut pas oublier que la vigne est une liane, elle veut grimper aux arbres et former une treille) et d'obliger le pied à developper les premiers bourgeons avec plus d'homogénéïté. Ainsi, on a un rendement plus équilibré et mieux réparti sur la latte. Bien sûr, l'ébourgeonnage sera un moment très important car il ne faut laisser que très peu de bourgeons se développer et épamprer de telle manière que les raisins soient parfaitement répartis. Ce sera le deuxième travail au moment du débourrement. Ce qui est amusant dans ce travail de recherche de techniques anciennes est que sur la miniature du XV° siècle déjà montrée au blog précédent, on voit que les pieds sont taillés à latte longue et que celle-ci est attachée en corbeille. C'est une chose que j'ai découverte quand j'ai scanné la miniature pour le blog. Je ne m'en étais jamais aperçu.

Cela fait des rangs assez jolis où l'identité de chaque pied semble préservée. On a l'air de s'éloigner d'une conduite industrielle de la vigne, que le fil de fer peine à faire oublier.

On est là devant une vigne telle qu'elle se présentait avant le fils de fer, du moyen-âge au XVIII° siècle, conduite de la vigne émouvante qui a complétement disparue de nos vignobles aquitains. Le premier vin de cette parcelle que j'ai appelée la parcelle du Vieux Poirier, car il y trône cet auguste arbre, a été vinifié l'année dernière. Le résultat est un vin assez léger (12°), à la couleur Oeil de Perdrix, avec un très bonne longueur en bouche. Les parfums sont ceux de fruits rouges comme la groseille et aussi de la figue séchée. La bouche est équilibrée, assez légère et très agréable avec de la finesse. La finale ne présente aucune amertume. On dirait une sorte de gamay plus corsé, plus gras avec une longueur plus persistante. Il n'y aura que très peu de bouteilles de ce vin car il sera assemblé à la cuvée Les Joualles avec les merlots.