Domaine de la Voie Blanche

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lundi 23 novembre 2009

Racotage

Samedi, après une semaine de "beau temps", la terre était prête pour racoter et chauler avec du lithothame et de la dolomie (bio oblige). Il a fallu faire vite car la pluie revient et si elle dure jusqu'au printemps! voire jusqu'à l'été!! Surtout que le lithothame gagne à être épandu à l'automne. C'est une sorte de fumure. Le sol actuellement est en pleine activité; combinaison de chaleur et d'humidité. C'est le moment pour qu'il s'intègre bien à la composition du sol avant les gelées d'hiver, et qu'il soit prêt pour le printemps. Pour le racotage, c'est pareil avec toutefois un petit risque: si il fait trop chaud les bourgeons vont vouloir sortir... et le gel les "sèchera". Mais si tout se passe bien, le démarrage est beaucoup plus fort et durable qu'avec une plantation de printemps. Et l'été, il a plus de racines et se bat mieux contre la sécheresse. Cela dit... c'est aussi très risqué. Rien n'est parfait, je dois dire que la perspective de travail et d'hystérie printanière, m'a décidé à racoter maintenant. C'est toujours une opération que je n'aurai pas à faire.

La "famille" s'est donc décider à se réunir...

Le ciel était magnifique. Dans la parcelle de cabernets francs, il manquait des pieds qui à la plantation n'avaient pas démarré ou avaient avorté. Cela arrive, surtout après un été trop sec ou un petit coup de gelée en Avril! Cela ne pose pas de problème si c'est fait assez rapidement, avant que les racines des autres n'est trop envahies la parcelle. Le seul problème c'est qu'il faut faire des trous pour chaque plant!

Mika grâce ou à cause de son jeune âge, a joué de la barre à mine. Il a bien dormi la nuit suivante. Papi Jean-Guy, lui s'est occupé de mettre l'engrais (bio... guano)

et les plants

Je trouve toujours émouvant, la plantation d'un végétal. La rencontre d'un individu et d'une terre, les racines qui vont se déployer, les pampres avec leurs feuilles qui vont aller vers le ciel pour y puiser l'énergie. Tout cela à partir de ce tout petit pied

un étourneau avait décidé de nous accompager, blotti dans un sillon

Quel bel oiseau... mais aussi quel voleur de raisin... la hantise du vigneron. Autrefois, les domaines bordelais payaient des gitans pour garder les vignes juste avant les vendanges. Il les protégeaient des étourneaux principalement et des geais: un oiseau encore plus magnifique que l'étourneau, qui a un vol rasant dans les vignes et qui est aussi un gros gourmant. Il fait, néanmoins, moins de dégats car il ne vit pas en groupe. Pour le Domaine, nous avons opté pour faire appel à un fauconnier. Dans le besoin, il est prêt à venir avec son faucon, et à le faire tourner au dessus de la vigne. Les oiseaux en ont une frayeur qui les fait fuir pour longtemps. Nous n'avons encore jamais eu recours au faucon... si cela devait se produire, l'année prochaine, je vous promets de vous faire partager la "chasse" au faucon.

vendredi 13 novembre 2009

Le blé "Rouge" est semé

Le blé vient d'être enfin semé, entre deux épisodes pluvieux il a fallu ne pas perdre un seul instant.

Comme dans cette magnifique petite peinture médiévale, jean a pris son panier à vendange, et il a semé à la volée la précieuse semence dont le domaine est l'un des conservateurs

photo de 2008

Puis j'ai attelé à mon tracteur vigneron, une herse pour enterrer légèrement le grain. On voit le paysan qui est monté sur le cheval et une pierre posé sur la herse... les temps ont changé, mais des permanences tirent des liens entre eux et nous.

photo de 2008

Gestes qui prennent leur source dans un passé immémorial. La vigne va enfin avoir son ami le blé près d'elle.

On dit qu'il ne faut pas laisser un animal paître tout seul dans un prés. Je pense que pour le végétal, c'est pareil. Il a besoin d'amis, de présence autre que lui-même. Certains disent que la vigne n'aime que l'ombre de son maître... possible! Mais je suis sûr qu'elle aime l'ombre de son maître... et de ses voisines. D'ailleurs, quand, le soir, je fait mine de partir, je les entends chuchoter ensemble... malgré l'extinction des feux! On dit aussi que la présence de pommiers augmente la maturité des raisins. Est-ce vrai? Je ne sais pas, mais je sais que le pommier libère énormément d'éthylène à l'automne. Or, l'éthylène, c'est ce qui provoque la maturation des fruits. Lorsque que l'on cueille des bananes à la Martinique, on les cueille vertes... pour le transport, bien sûr! Puis on les place à leur arrivée en France dans des hangars et on "balance" de l'éthylène sous forme de gaz pour les faire mûrir. Bon, là, c'est de l'éthylène obtenu à partir du pétrole! Mais pourquoi, les anciens plantaient toujours des arbres fruitiers dans leur vigne, et particulièrement des pommiers? Certes, les fruitiers profitaient du travail du sol de la vigne... bon.

Mais je suis sûr que l'interaction des cultures est fondamentale, si l'on cherche la qualité. Et c'est un domaine qui est encore assez peu connu, car toutes les connaissances accumulées par nos anciens ont presque disparu... grâce à la toute puissante modernité... qui a réponse à tout... mais qui a fini par empoisonner nos terres.

jeudi 12 novembre 2009

Labour d'un apallu

Mardi, j'ai décidé de labourer l'apallu de blé.

Il faisait beau, quelques jours de soleil dans un automne qui s'annonce pluvieux... problème pour les semailles. L'apallu, c'est la parcelle de blé qui se trouve au milieu de la vigne.

Un blé ancien: le rouge... tout à fait en phase avec le vin.

Cette ancienne technique me donne beaucoup de plaisir à entretenir. D'abord elle crée de la bio diversité, mais en plus, découvrir une parcelle de blé au milieu des vignes... cela donne un équilibre au paysage. Je suis sûr que l'esthétique de l'oeil n'est pas sans relation avec l'équilibre naturel. Certes, il m'arrive d'admirer un champs de blé à perte de vue... dans la Beauce ou dans le Dakota. L'extrème horizontalité de ce type de paysage provoque chez moi, soit un vertige, soit une sorte de contemplation hypnotique! La sensation d'infini devient parfois ennivrante. Mais en général, la variété des formes et des couleurs naturelles, me procurent, je ne sais pourquoi, une sorte d'appaisement. J'ai l'impression de communier avec l'expérience si particulière de l'équilibre. Lorsque pour la première fois je suis monté sur un vélo et que je réussis à garder mon équilibre en me lançant... le souvenir d'une émotion intense qui clairement dépassait le simple fait de faire de la bicyclette s'est gravé dans ma mémoire. J'avais trouvé cela magique et c'est ce que je cherche dans mes vins. Point de terroir, ni de fruité... point de souplesse ni de charme.... pas de puissance... pas de complexité... pas de minéralité... rien de ce à quoi je croyais autrefois. Je recherche l'équilibre comme un funambule sur un fil tendu au dessus d'un précipice. L'équilibre confronté au vertige de l'espace. Une expérience naturelle en fin de compte... quelquechose qui a avoir avec la fragilité d'un pétal de fleur ou le frôlement d'un souffle d'air sur le visage. C'est pourquoi j'ai décidé de faire l'élevage du Petit Manoir dans des amphores en terre cuite. Echange entre la vigne et la terre, entre le vin et l'argile, entre le fermenté et le cuit. La circularité de l'amphore, une ligne sans fin, et la porosité de la terre cuite... une brise d'oxygène. L'oxydo réduction non pas produite par un cousin lointain de la vigne, le chêne, mais par la terre nourricière! Le blé, les pommiers, les chênes, la vigne... tout pousse, tout doit pousser ensemble dans une sorte de spirale de la fertilité.

Le labour a réussi, grâce à jean, bien sûr... demain je sème!

dimanche 8 novembre 2009

écoulage, décuvage et coulemelles.

Voilà l'écoulage des merlots vient de se faire.

Une fois le soutirage du vin effectué, l'ouverture de la porte à décuver nous donnera du travail pour la journée. La découverte du marc permet de voir si il part à la presse ou au compost

Puis on sort le marc

pour le mettre dans notre cas, dans le pressoir.

Ainsi sort le jus de presse qui sera mélangé au jus de goutte dans des proportions qui seront goutées bien sûr. Une fois le jus de goutte mis dans une cuve à part, il faut laver la cuve à grande eau, pour pouvoir remettre le vin dedans, cette fois-ci, sans le marc. Puis en chauffant la cuve entre 20° et 25°, on priera pour que la fermentation malolactique se fasse le plus vite possible... Il parait que cette année, les "malo" se font bien... wait and see. Après une journée arrassante, un petit tour à la vigne m'a permis de cueillir quelques coulemelles... un bonne omelette aux champignons... un repos bien mérité.

Demain, on travaille dans la maison... il pleut!