Domaine de la Voie Blanche

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jeudi 19 janvier 2012

Manteau de givre au Petit Manoir

L’hiver jette son manteau froid sur le Petit Manoir

La taille a commencé comme partout, même si nous sommes toujours un peu après les autres vignerons.

Ce cycle est très important pour nous et pour la vigne. C’est un moment consacré au regard.

On remarque les endroits où il y a des problèmes : marquants cassées, fil de fer coupé, amarre arrachée (eh oui !), pieds manquants, piquets pourris… On n’est plus dans l’agitation du printemps et de l’automne… saisons vigneronnes par excellence.



Le travail est aussi pénible (tailler par -4°… pas terrible), mais moins stressant, moins dans l’hyperactivité.

J’apprécie le travail fait à l’automne avec le cavaillon qui protège le pied du froid

Les anciens n’avaient pas tort de cavaillonner, même si c’est une charge de travail qui se rajoute à d’autres.

J’ai profité d’un sol gelé (rendu résistant au poids du tracteur) pour positionner la dolomie sur une partie de la vigne. C’est une sorte de chaulage, mais façon bio… sans chaux. La dolomie est une roche naturelle aux propriétés fertilisantes très intéressantes surtout dans nos sols qui sont structurellement carencés en magnésium. Pour le calcium, dans de vieux sols comme les nôtres, les calcaires en sont souvent dépourvus. Ils ont été consommés par les milliers d’années d’activité biologique et surtout agricole.



Lorsqu’on prélève la récolte, une partie des minéraux n’est pas naturellement restituée au sol comme dans une forêt. Il faut donc la restituer mais sans violence. La dolomie va donc se décomposer lentement au grès des pluies et de l’activité organique. Ainsi, on ne nourrit pas la plante, comme dans le chaulage, on fertilise le sol.

A propos de fertilité, les féveroles accusent le coup des températures négatives

Dès la fin des gelées, elles vont se redresser bien sûr. Il ne faut pas oublier que la fève était l’un des seuls légumes cultivés en Europe au Moyen-Âge. En effet, les autres légumes (tomates, pommes de terre, poireaux…) sont assez récents. Ils nous sont parvenus au moment des grands voyages des XV° et XVI° siècles.



Or, comme nous le voyions sur beaucoup de tableaux de cette époque (surtout ceux de Bruegel), il faisait très froid. On a appelé ce moment une mini-période glaciaire. La fève supporte très bien les basses températures hivernales. Et si on la sème à l’Automne, elle résiste mieux aux pucerons qui ne vont pas l’épargner au printemps.

Pour les engrais verts, il existe aussi une technique qui consiste à semer une plante qui se détruit avec le gel. Ainsi, elle va pailler le sol en hiver et laissera un sol propre au printemps pour un semis de maïs ou autre… et ceci, sans travail du sol.

Il y a tant de nouvelles techniques à découvrir, respectueuses de l’environnement ! Il manque simplement la curiosité et l’indépendance face à la convoitise de certains.

Dans ce froid, un rayon de soleil est le bienvenu

En cette période, il réchauffe moins les doigts que le cœur.

mardi 1 novembre 2011

Les semailles du vigneron, suite et fin

Bon, comme je vous l’avez dit, j’ai dû changer tout mon programme car la météo ne m’avait à aucun moment consulté pour savoir ce dont je pourrais avoir besoin ! Il a plu quand elle a décidé… et il a fait beau de la même façon !

Jeudi j’ai donc aéré le sous-sol avec mes dents Michel. Je ne comptais pas le faire cette année. Mais, l'inter-rang enherbé était vraiment tassé, et j'ai pensé que les céréales pousseraient mieux dans un sol aéré et décompacté... et puis je n'avais rien d'autre à faire!

Le résultat est un inter-rang prêt pour le semis de gazon (celui qui est déjà nivelé), un autre pour des engrais verts (celui qui est encore motteux et souple).

Avec Jean-Guy on a attelé le semoir et son cultipaker

Dans l’espoir de semer le rang enherbé et l’autre couvert d’engrais verts, il a fallu ne pas trainer… malheureusement, à cause des pluies de samedi et dimanche, seule la journée d’aujourd’hui correspondait à un climat plutôt favorable avec un beau soleil, du ciel bleu et de la chaleur. Les pluies tombées de dimanche… avec trente litres/m2 nous ont obligés, malgré tout, à attendre le ressuyage.

Ainsi, arrivés à 8,00 h à la vigne, on s’est très vite rendu compte qu’il fallait encore changer le programme. Mon idée était de semer l’herbe puis l’avoine/vesce et enfin la féverole, celle-ci nécessitant un changement d’attelage puisque semée au Vicon !

Finalement, nous avons décidé de semer la féverole en premier, l’humidité du sol ne posant pas de problème puisque nous l’enfouirions avec la herse de l’avoine plus tard. Puis nous avons dû tout détteler pour réatteler le cultipaker… enfin en début d’après-midi le mélange ray-grass anglais et fétuque rouge (herbes) était semé.

La fétuque rouge a une grande qualité pour la vigne, elle se dessèche par temps sec et ne concurrence pas la vigne en eau à un moment sensible. Le ray-grass quant à lui possède des racines très puissantes qui supporte bien le passage des roues du tracteur et permet de protéger la structure du sol face aux tassements inévitables dus aussi aux piétinements lors des travaux multiples.



Les engrais verts que j’ai choisis vont apporter toute la matière organique dont le sol a besoin au printemps, tout en le protégeant à l’automne et en hiver, des pluies, de la neige et du gel. Le sol a besoin d’être couvert le plus possible, comme dans une forêt. C’est ainsi que la vie peut se développer et fertiliser l’argile. Et si une période de sécheresse intervient au printemps ou l’été, il suffit de labourer pour éviter la concurrence hydrique tout en créant un humus humide et utile à la vigne. C’est une pierre deux coups comme on dit.

L’association vesce/avoine est traditionnelle. C’est elle que pratiquaient les anciens vignerons du Périgord, elle a des qualités remarquables tant en apport de sucres lents et rapides, qu’en apport azoté. La féverole est une légumineuse aux multiples qualités… je l’ai essayé cette année en alternance 1 rang sur 2 avec la vesce/avoine. On verra laquelle ma vigne préfèrera. C’est elle qui décide in fine.

La journée a été longue et pénible hier. Les journées sont courtes à l’automne et l’arrivée des pluies pour mardi, nous a obligé à finir dans la nuit.

Heureusement, la soirée était sèche, sans rosée. On a pu terminer les semailles d’automne… on peut enfin rentrer à la maison avec le plaisir du travail bien fait. Barbeyrolle et Petit Manoir ont leur engrais verts et leurs sols travaillés. On n’aura plus a y revenir avant l’année prochaine. On peut enfin se reposer avant la taille de la vigne.

mercredi 26 octobre 2011

Les semailles du vigneron suite...

Si Barbeyrolle a été facile à semer, il n’en est rien du Petit Manoir. Tout d’abord le sol était plus sec et l’argile ferrique des coteaux des Eyzies et de Saint-Cyprien, est particulièrement difficile à travailler. Il a un sale caractère, et c’est lui qui commande. Tout d’abord il a fallu cavaillonner tous les rangs, enherbés ou non. C’est ce qu’on appelle ouvrir l’inter-rang ou le curer.

On fait cela avec une vieille vigneronne. Mercredi dernier nous avons eu 15mm (15litres/m2). Vendredi nous avons donc démarré le cavaillonnage, mais je dois dire que cela a été difficile, car le sol était déjà sec, même deux jours après les pluies... !



Les rangs enherbés ayant trois ans d’âge, nous avons décidé de les travailler et semer des engrais verts afin de les décompacter et de rééquilibrer leurs structures. C'est la rotation classique

C’est sur cet inter-rang que la plupart des opérations motorisées se font (broyage des sarments, traitements phyto…). Il a donc une tendance se compacter.

Il faut donc détruire l’herbe avec le chisel. La vitesse de ressuyage après la pluie et d’assèchement du sol a été tellement rapide qu’il a fallu attendre une autre pluie.

Quelque gouttes dimanche ont pu permettre le passage du cultivigne (chisel) qui a fait un travail très efficace. Le beau temps sec et chaud a détruit l’herbe.

Puis dans la foulée, préparer au cultipaker le sol pour les semis d’herbes (fétuques rouges et ray-grass) ce qu’on appelle : faire un lit de semence.

Sur l’inter-rang de gauche, c’est pour le nouvel enherbement, sur celui de droite ce sera les engrais verts avec le cavaillon entre les deux. L’idée était de semer Lundi… mais le vent qui n’a pas cessé de souffler, cela nous a empêché de semer… puis la pluie dans la nuit du lundi au mardi a achevé de perturber mon plan de travail.

Ainsi, après les 20mm d’eau qui sont tombés hier, semer devient impossible! Je dois donc changer mon programme original… j'ai décidé de travailler l’ancien rang enherbé… j’ai donc attelé les dents Michel… qui font un travail de décompactage et d’aération.

C’est un peu ce que fait la grelinette dans les jardins… mais en plus grand. C’est un labour qui ne retourne pas la terre et qui donc préserve sa structure naturelle. Il a l’avantage d’aérer le sol en profondeur et de faire pénétrer l’eau des pluies hivernales, loin à l’intérieur au voisinage de la roche mère.

Ainsi, je passe les dents sur l’inter-rang anciennement enherbé et qui recevra les engrais verts, alors que l'inter-rang qui sera prochainement semé d’herbes n’a pas besoin de décompactage… vous me suivez ? Bon, c’est vrai que c’est un peu tordu… ah ! avec les engrais chimiques, c’est tellement plus simple !

Et par-dessus le marché, je pourrais, après ce labour semer les engrais verts… mais quand ? Il repleut jeudi et peut-être les jours suivants. Si les pluies de Novembre s’installent… je ne pourrais pas semer cette année ! Il ne me reste plus qu’à attendre et prier le ciel qu’il me donne au moins quatre jours de beau temps ! Si cela arrive, il faudra encore détteler les dents et atteler le semoir.... qui a dit que le bio c'est simple?... ah, au fait! Après les semis il faudra qu'il pleuve beaucoup pour que tout pousse... jusqu'à février au moins...! Car alors, c'est le décavaillonnage qu'il faudra faire et là... le sol devra être sec...??!!

jeudi 20 octobre 2011

Les semailles du vigneron

Pendant que le vin finit de fermenter, il faut revenir pour la dernière fois dans les vignes avant la taille pour semer les engrais verts. Pour Le Petit Manoir, le sol est trop sec, l’idéal est d’avoir une bonne pluie pour assouplir la terre, quelques jours de beau temps pour la travailler et semer dans la foulée, puis de nouveau de la pluie pour la levée. Et là… seule la nature me permettra de le faire. Par bonheur, hier il a bien plu et les nouvelles pluies sont annoncées pour dans 5 jours. Je vais pouvoir intervenir.

A Barbeyrolle le sol est souple et a été travaillé juste après la vendange. Comme dans le Saint-Emilion et le Bergeracois, il a plu fin Septembre et la sécheresse est moins sévère que dans le Périgord noir. Les pluies de jeudi étaient annoncées, Mercredi était le moment d’intervenir.

Le problème lorsque l’on a deux vignes distantes de plusieurs dizaines de kilomètres est qu’il faut deux tracteurs identiques aux deux emplacements et déplacer le matériel d’un endroit à l’autre. J’ai donc amené le cultipaker et le semoir à Barbeyrolle… il faut le décharger … heureusement, Monsieur Blanchet qui héberge notre tracteur a une vieille fourche à fumier qui faute de ne plus déplacer de fumier pour cause de retraite, n’en est pas moins utile pour décharger mes outils.

L’avantage d’avoir un château au milieu des vignes est très appréciable, on n’a pas besoin de sillonner les routes avec le matériel. Nous n’avons pas ce privilège et chaque travail à la vigne est précédé d’une organisation pour acheminer le matériel. A moins d’avoir tout le matériel en double, ce que je n’ose même pas envisager vu le prix des machines agricoles, pas d’autre solution que le transport.

La technique que j’ai adopté pour le semis est de ne pas multiplier les passages de tracteurs et de combiner le semoir, en le plaçant à l’avant du tracteur, et le rouleau (cultipaker) à l’arrière.

Ainsi, en un seul passage, mon semis est fait. C’est le même principe qu’appliquent les céréaliers à un détail près… ici tout est adapté à la vigne, c’est-à-dire tout est en miniature. L’idéal avec ce genre d’outil qui ne sert qu’une fois dans l’année aurait été de le partager avec d’autres viticulteurs… mais je suis le seul à pratiquer les engrais verts dans mon coin… ! Il a fallu s’équiper soi-même.

Si le semoir Delimbe est neuf, impossible d’éviter cet achat si l’on veut profiter de la nouvelle technologie, j’ai, par contre bricolé mon cultipaker.
Ayant trouvé un vieux cultipaker très large dont l’axe était cassé au centre et dont une longueur de 1m50 était intacte, j’ai fait tout reconstruire cet outil sur la partie intacte qui en largeur correspond exactement à la largeur de mes vignes à 2m. C’est de la récup… mais, en agriculture, il n’y a pas de petites économies… d’autant que les matériels anciens sont souvent plus solides que ceux actuels.

Ainsi, une fois sur place, on fait le plein d’avoine

Et nous voilà parti dans Barbeyrolle avec ses petites collines si pentues

Ici, ce sont les seules vignes à trois mètres que nous avons, et il faudra malgré tout un aller-retour à chaque inter-rang. Quant aux vignes à 2 mètres, il faut un chauffeur particulièrement aguerri… et c’est le cas de Jean-Guy

Hors de question de varier d’un cm… on accrocherait la vigne… avec les dégâts qu’on imagine

A 7km/h le moindre accrochage ne pardonnerait pas. Comme en plus il faut faire vite car toute la vigne doit être semée avant les pluies du lendemain… un incident pourrait compromettre quelques parcelles. Si le temps se mettait à se dégrader et à nous faire entrer dans l’hiver… on ne pourrait plus intervenir dans les vignes.



Jaime beaucoup regarder cet argile « bleu » de Barbeyrolle typique des terroirs de Montravel.

Comme on le voit sur cette photo, la terre est très grumeleuse, avec une structure humique très riche. C’est cet humus que je souhaite préserver et enrichir. Sa couleur montre une grande fertilité mais sans excès.
Les pentes permettent un bon drainage naturel, c’est un terroir qui respire. La roche marneuse est a à peine 40cm… les vieux pieds plongent dedans avec bonheur. Cela confère a notre Barbeyrolle cette souplesse, cette rondeur et ce fruité si délicieux. Et toute la finesse d’Alba vient de précieux sol. Notre volonté avec Jean-Guy est de le cultiver comme un jardin, avec les mêmes soins et la même attention.

Jeudi, 15mm de pluie sont tombée… il fait beau, on va pouvoir préparer le sol au Petit Manoir. Deuxième semis d’engrais vert prévu lundi… le temps semble nous sourire… à partir de mardi, des litres d’eau arrivent… parfait pour la pousse de l’engrais et enfin l'annonce que nous sommes bien maintenant en Automne avec ce matin les premières gelées blanches.

jeudi 13 octobre 2011

Le silence après la tempête

Aujourd’hui, j’ai décidé de revenir me promener dans la vigne. Je n’y étais pas revenu depuis l’ouragan des vendanges et les joyeuses fêtes qui les clôturent.

Le ciel est beau et la chaleur, sans être estival, est à l’image de toute la saison depuis le printemps… sèche et agréable. Pour la vigne, le manque d’eau a posé des problèmes de déshydratation et il a fallu travailler les sols pour lui apporter l’humidité tant recherchée.

Quel calme dans la vigne. Il n’y a pas de vent. L’absence de grappes a fait effondrer l’activité des oiseaux et des insectes.

Plus d’ouvriers dans la vigne qui attachent, effeuillent, séparent, relèvent, aèrent, taillent et retaillent sans s’arrêter les précieux pieds de vigne La vigne s’est vidée de ses occupants et semble laissée à elle-même.

Alors que tout le travail se concentre dans les chais, j’aime à contempler une activité souvent négligée et pourtant essentielle : la mise en réserve. C’est maintenant que la vigne prépare l’hiver et surtout le printemps prochain

Les feuilles continuent à capter les éléments en suspension dans l’air et à se nourrir comme les marmottes avant l’hibernation. Les bois se chargent de lignine, l’aoûtement, autant de carbone disponible pour la prochaine pousse.

Si la vigne a été aimé de son vigneron, elle a reçu tous les soins qui lui permette d’avoir maintenant un feuillage sain et bien vert… garant d’une photosynthèse et d’une alimentation qui lui apportera force et vitalité Un peu de pluie serait bien venu pour augmenter la circulation de la sève et l’activité microbienne du sol… on ne peut pas tout avoir ! Bientôt, le semis des engrais verts va commencer. Mais pour cela, il faut des sols un peu humides. Je regarde le ciel en espérant quelques nuages, mais le soleil brille sans discontinuer et il laissera la place à la lune, cette nuit, qui transforme la nuit en jour.

Le silence est impressionnant. Même la forêt, avec ses couleurs d'automne qui apparaissent, à l’air de s’endormir malgré la peur des animaux sauvages qui fuient les fusils et les chiens de chasse.

Bientôt, le cavaillonnage d’automne et les labours donneront le signal de la dernière activité avant l’hiver… tout pourra s’endormir dans un sommeil réparateur… pendant qu’au chai, l’observation d’un nouveau vin et la découverte de ses arômes, de sa texture, de ses couleurs sera l’objet de toutes les attentions. Seul le vigneron arpentera les rangs maintenant désertés. C’est un moment de communion et d’échange qui va commencer entre lui et sa vigne. Loin, à l’abri des regards et des curieux, le prochain printemps se préparera dans un très long travail de soin et de mise en forme… une nouvelle naissance qui toujours glorifie ce miracle incroyable qu’est la vie.

mercredi 8 juin 2011

Après le beau temps vient la pluie

Dimanche il a fallu sortir le tracteur de la grange... il commençait à se couvrir de toiles d'araignées, les prévisions de pluie donnant un peu d'inquiétude sur l'état sanitaire future de la vigne

Juste le temps de préparer la bouillie bordelaise avec du soufre et quelques oligo-éléments, de pulvériser tout cela sur la vigne... les nuages menaçants ont commencé à pointer le bout de leur nez

Le traitement a eu le temps de "prendre saison", mais à peine fini de nettoyer le pulvérisateur et de prendre le chemin du retour que la pluie a commencé à tomber dru

Cette pluie est vraiment le bienvenue... surtout pour les paysans bien sûr. Un groupe de jeunes en vacance venu au domaine pour acheter des vins n'était pas du même avis...! Mais pour nous... quel plaisir... même si notre vigne n'a pas souffert de la sécheresse... mais tous nos voisins (producteurs de tabac, de lait, de légumes...) commençaient à broyer du noir. La tension était forte et l'ambiance n'était pas à la fête. Finalement ces 30 litres d'eau qui sont tombés vont faire du bien à tout le monde... y compris au raisin. Le sol va redoubler d'activité organique, les minéraux qui commençaient à manquer aux ceps vont pouvoir enfin être acheminés.

Il faudra pour nous être vigilant maintenant. La pression des maladies va s'accroître par cette pluie, et tant que le raisin n'a pas commencé sa véraison... danger! L'odium est particulièrement craint actuellement. Cette nuit, la météo prévoit 4°! Il va falloir sortir les petites laines.

dimanche 29 mai 2011

engrais verts

Hier, broyage des engrais verts.

Le sol de la vigne est toujours couvert, soit par une bande d’herbe soit par un engrais vert. L’idée est de ne laisser le sol nu, à découvert, le moins longtemps possible. C’est impératif pour rendre un sol vivant. La faune du sol doit pouvoir se protéger du soleil et de la pluie. Elle a donc besoin, comme dans la forêt, d’avoir une couverture permanente.

La fertilité est dépendante de cette conduite agricole. Une fois l’engrais vert broyé, la faune puis les champignons vont le décomposer pour fabriquer de l’humus d’une part et des « produits transitoires ». Ceux-ci sont prêts à nourrir la plante. Pour cela il faut que les lombrics se trouvent au niveau de l’humus et non, plus bas dans le sol. Ils aiment la fraicheur et l’humidité. Un sol nu est séché par le soleil. Les vers de terre restent au fond et ne remontent que la nuit, voire pas du tout.

La couverture du sol permet aux vers de terre de se balader presque en surface et ainsi d’amener, par des mouvements entre la surface et la profondeur, les minéraux à la vigne. Le broyage va permettre de contrecarrer la sécheresse en apportant de l’humidité au sol et en « boostant » l’activité biologique. Les minéraux qui sont bloqué à la surface en l’absence de pluie, vont être quand même apportés à la vigne. D’où l’utilité d’un sol vivant face à un sol mort, traité aux engrais chimiques, qui dans le cas de ce millésime avec une sécheresse importante qui dure depuis 3 mois, nécessiterait une irrigation artificielle.

On voit bien que dans le choix d’une agriculture chimique ou biologique, se joue aussi le choix d’une dépendance ou d’une autonomie de l’agriculteur face à l’industrie. L’utilisation d’engrais minéraux chimiques nécessitent une industrie qui les fabriquent, puis un arrosage qui lui aussi nécessite un matériel industriel très onéreux qui apporte l’eau et les minéraux aux racines. Cercle infernal qui n’est pas sans rapport avec les problèmes financiers d’endettements endémiques que subissent nombres de fermes.

C’est aussi un choix philosophique, mais lui… il est trop long à expliquer !

dimanche 22 mai 2011

soufre fleur sur la fleur

Le clos des Joualles est en pleine floraison. C’est un moment magnifique…

3 semaines avant la date habituelle… elle est en avance sur son temps ! Le temps est chaud pendant la journée et froid la nuit. C’est propice à l’oïdium… et à des perturbations florales. J’ai décidé de faire un poudrage de soufre fleur pour créer un environnement favorable aux inflorescences. J’utilise une petite poudreuse assez efficace

J’avoue moi-même préférer poudrer que sulfater, manier un pulvérisateur avec ses centaines de litres d’eau... Comme on le voit sur cette photo, nous avons décidé de ne pas tondre l’herbe avant la fin de la floraison et cela, pour donner le maximum de chance à la pollinisation. Toutes ces fleurs naturelles qui attirent tant d’insectes créé une activité débordante. La vigne se trouve envahie d’une multitude d’insectes. Lorsque l’on travaille à la vigne, on ne se sent pas seul… !

Cela fait une vigne assez éloignée du terrain de golf, n’en déplaise à certains, je préfère cette explosion de vie au décharnement d’une vigne gazonnéïfiée… et je ne parle pas des vignes napalmées ! Une fois la fleur passée, nous broyons l’herbe dans toutes les vignes. Le foin lorsqu’il est mur à une tendance à développer de la cellulose. En recouvrant le sol de cette tonte, l’activité organique se multiplie pour décomposer la matière organique. L’intérêt pour le vigneron de la cellulose est que c’est un « sucre pas trop rapide ». La tonte de l’herbe verte a tendance à donner un coup de fouet azoté et souvent à ne pas fabriquer de l’humus. Au contraire la cellulose et la lignine (bois) produisent de l’humus sur un sol vivant, et cet humus est un garde mangé qui met à disposition la nourriture progressivement. Le développement de la plante est plus doux et plus harmonieux.

La poudreuse projette le soufre fleur sur les pieds ce qui provoque une sorte de brouillard bienfaisant. Les capuchons floraux sont enlevés ce qui permet de bien aider la floraison. Le soufre a une grande importance dans le métabolisme de la plante et sur le sol. Il aide à transformer l’azote en protéine, et il a un rôle catalyseur sur le fer et le manganèse. On connait le fameux pont calcique qui voit le calcium reliant l’humus et l’argile pour former le fameux complexe argilo humique si important en viticulture. Le fer peut avoir le même rôle que le calcium à condition qu’il soit rendu disponible, qu’il ne soit pas bloqué dans le sol… et c’est là que le soufre intervient.

mardi 26 avril 2011

Terroir et printemps

Le printemps est très en avance. Il faut compter au moins deux semaines avec en prime une sécheresse qui rend les agriculteurs inquiets. Les semis sont en terre et l’eau n’étant pas au rendez-vous, les semences stagnent avec le risque de ne jamais pousser. Certains ont déjà sorti leur rouleau d’irrigation… généralement utilisés uniquement à partir de juillet ! Pour la vigne, tout dépend de la profondeur de son enracinement. Si le sol n’est pas travaillé, les racines ne plongent pas et restent proches de la surface là où il y a de l’eau (de pluie) et de la nourriture. Dans le cas contraire, les racines sont contrariées en surface et la vigne cherche plus en profondeur la tranquillité et la nourriture. Le résultat est qu’elle trouve une hydratation plus régulière en profondeur et donc résiste bien aux variations météorologiques avec les alternances d’eau et de sécheresse.

Les sols argileux avec présence de la roche mère pas très loin sont idéaux pour la vigne, car l’argile par temps de sécheresse à tendance à se rétracter entrainant des fissures. Celles-ci provoquent, d’une part l’introduction d’air en profondeur et coupe les petites racidelles en surface obligeant la vigne a en produire plus profondément. L’air créé un humus en profondeur, là où se trouvent la plupart des racines de la plante, et la roche mère, par effet de capillarité provoqué par la sécheresse en surface, fait remonter de l’eau emmagasiné en Hiver (si le sol a été « ouvert », c’est-à-dire travaillé).

Une fois la pluie revenue, l’argile se dilate de nouveau, les fissures se referment, l’oxygène emprisonné en sous-sol combiné à l’eau provoquent un accroissement de la vie organique… la vigne en profite, d’où le paradoxe par temps sec : la vigne est d’un vert intense alors que le reste de la végétation tant à jaunir.

La roche mère, quant à elle, cesse de faire remonter l’eau mais ré emmagasine celle qui arrive. Ces flux verticaux provoquent des échanges eau-air-minéraux qui stimulent la vie en profondeur pour le plus grand plaisir de la vigne. Tout cela se fait naturellement à la condition que le sol soit travaillé, c’est-à-dire que le terroir soit mis en action. Je vois déjà votre question poindre : « Si cela se fait naturellement, pourquoi travailler le sol ? ». Ah ! Ah ! Et bien c’est là que la notion de terroir apparait… du moins pour moi. La vigne est une plante de marécage à l’origine. C’est pourquoi elle a besoin d’eau régulièrement. L’homme a eu l’idée de la planter dans des endroits non humides, c’est à ce moment que l’on passe de la terre au terroir. A force d’essais il s’est aperçu qu’une humidité légère en profondeur donnait les meilleurs résultats. L’irrigation régulière additionnée d’un sol différent des boues marécageuses, provoquent la production de raisins qui arrivent à maturité avec une bonne concentration des sucres ; la vigne n’étant pas dans son élément naturel, elle se défend en optimisant sa reproduction (les pépins sont entourés d’un environnement riche en sucre entre autre). Comme disent les anciens, il faut que la vigne « souffre » pour faire du bon vin. Mais aussi, il faut qu’elle ne souffre pas trop ! Tout est affaire de seuils et d’équilibre. Le terroir, c’est le sol, la plante et l’homme dit-on généralement. Mais l’homme évolue et du Cro-Magnon ou de Tautavel, à celui qui marche sur la lune… de quel Homme parle-t-on ? Et là, le débat est sans fin ! Je promets d’y répondre un jour… ou en tout cas de donner mon point de vue.

Un de mes amis anglais et scientifique de surcroît, grand amateur de bons vins, me dit un jour que l’on arrivera à faire du vin sans culture. Il suffira, grâce à la recherche scientifique, de combiner les arômes artificiels de telle manière que « le vigneron » produira le vin désiré par lui ou par ses clients. On n’est plus là dans la cadre de l’agriculture hors sol, mais plutôt in vitro. Pour lui, à partir du moment où même un œnologue ne pourra faire la différence au nez entre un vin naturel et un vin in vitro, ce nouveau breuvage sera du vin ! Seule compte la perception du consommateur ! Pourquoi pas ? Le Château Margaux deviendra le Laboratoire Margaux… ! Qui d’ailleurs pourra produire du Margaux, du Chambertin, du Barolo, du Yquem ou du Petit Manoir (et oui ! on a sa fierté) à la demande. L’autre jour, ayant mangé à la maison et dégusté avec plaisir notre vin « néolitique » il a ajouté en partant : de toute façon, il faudra commencer par irriguer les vignes en France. Ah ! Ces anglais. On ne les changera jamais. Ils voient de l’eau partout et s’imagine que l’homme n’est qu’un consomateur.

En attendant, pendant que mes voisins laitiers ou éleveurs craignent pour leur production, les bourdalès se développent sans entraves (la photo a bien une dizaine de jours).

J’aime particulièrement cette taille en corbeille

La plante forme une couronne qui est vraiment jolie. Le bourdalès aime bien cette taille traditionnelle car ses grappes, fermes avec une attache vigoureuse, se déploie sans s’entasser et profite au maximum de l’air et du soleil. Le seul problème de cette conduite et qu’elle ne peut se mécaniser… elle demande pas mal de travail manuel pour la faire… dans la perspective de la baisse des coûts de production… on n’est pas bons élèves, par contre elle ne demande par la suite aucun travail en vert sauf l’épointage, lui aussi manuel (pas de rogneuse).

Heureusement pour mes amis agriculteurs, l’eau est arrivée hier (3 litres au m2). C’est pas beaucoup mais c’est toujours ça ! De toute façon, les pluies sont annoncées pour la fin de semaine… les traitements ont déjà commencé au domaine avec l’apport de bouillis bordelaise, de soufre et d’extraits d’ortie. Le manège des pulvés a commencé, il finira en Août ! C’est la partie la plus ennuyeuse du boulot de viticulteur.

jeudi 14 avril 2011

Le décavaillonnage

La semaine dernière était la dernière ligne droite pour décavaillonner sous le rang.

C’est le fameux désherbage qui pose problème dans la vigne et qui fait que de nombreuses propriétés viticoles n’osent pas se lancer dans le bio. En effet, l’utilisation de défoliants et autres désherbants chimiques permet avec un petit pulvérisateur et deux buses dirigées sous les pieds de vigne, d’enlever les adventices à une vitesse qu’aucun désherbage mécanique ne peut atteindre. La vigne du Petit Manoir qui fait deux hectares nécessite un jour et demi de décavaillonnage mécanique.
Si je le faisais chimiquement, deux heures sont suffisantes. Il n’y a pas photo comme on dit. Et si je devais juger cela uniquement d’un point de vue économique, le bio devient irréaliste et rétrograde. C’est le problème à tout voir par la lorgnette des économistes. Comme je l’écris souvent, je ne jette la pierre à personne, l’arrivée des herbicides a été un progrès immense et a débarrassé les vigneron d’un travail très pénible, beaucoup de décavaillonnages se faisaient à la main. C’était un progrès jusqu’au jour où l’on a découvert que l’arrivée massive de ces produits sur les sols a fini par poser des problèmes de pollution que l’on n’imaginait pas. Pollution à laquelle s’est rajouté des problèmes de structure et ensuite des problèmes de fertilité.

Cela dit, décavaillonner n’est pas une partie de plaisir. Au domaine on a fini le dévaillonnage la semaine dernière… un peu tard je l’avoue. Et pourtant on se lève à l’aube et hop sur le tracteur avec la fraicheur matinale

Ils annoncent une très belle journée, c’est parfait pour ce travail. Le sol est sec tout en étant frais à deux centimètre de profondeur… les dents du Naturagriff vont parfaitement pénétrer dans l’argile, le soleil et les chaleurs annoncées vont finir de tuer les adventices ainsi secouées par la machine. C’est la deuxième façon ; la première étant le cavaillonnage de l’hiver. La troisième façon sera un autre passage des griffes du Naturagriff sans doute après la fleur, et si l’été est pluvieux et que l’herbe continue à pousser en Aout on fera une quatrième façon mais unique en tondant sous le rang avec des tondeuses qui remplaceront les griffes sur l’outil.

Le résultat de cette technique me convient. Voici le rang avec son cavaillon fait cet hiver

Le cavaillon a reçu le gel et toutes les intempéries de l’hiver, résultat, il a étouffé les adventices poussée à l’automne, et il s’est assoupli par l’action du gel. Résultat, le rang avec son cavaillon enlevé

Il reste encore un peu d’herbes sous les pieds de-ci delà… mais le travail n’est pas mal. Une finition manuelle peut être faite si l’on fait visiter la vigne, mais pour faire du bon vin… c’est parfait. Par ailleurs, le travail du sol est vraiment très beau

La terre est très souple et grumeleuse sous les pieds ; humus, structure et aération permet d’obtenir cette fertilité tant recherchée. Les Bourdalès sont aussi passés chez le coiffeur

Les merlots ont aussi reçu leur part du grattage

Avec Nathalie qui continue d’attacher les lattes, pendant que je décavaillonne… très concentrée

Et très près de mes jeunes pieds (en effet j’ai installé un siège avec des manettes pour pouvoir moi-même travailler sous le rang). Les jeunes pieds sont fragiles, et je ne veux pas utiliser le système automatique de la machine, le réservant pour les vielles vignes.

De toute façon, l’important est de faire ce travail quand il fait soleil, c’est la condition de sa réussite.

Par contre la réussite sur la maitrise des coûts de production… ! Cela reste une question majeure que seuls les amateurs de vin bio, peuvent comprendre… une vigne ainsi travaillée demande des prix de vente sensiblement plus chers. Pour le moment, c’est le client qui en paie une grande partie, puis l’Etat et l’Europe grâce aux aides qu’ils fournissent à la conversion à l’agriculture biologique. Le vigneron, quant à lui, doit y croire car cela l’oblige à un engagement dans sa vigne qu’il ne compte pas dans le prix… sinon son vin serait inabordable.

mardi 5 avril 2011

Printemps précoce

Le printemps est bien tôt cette année. Les cerisiers sont en fleurs et le spectacle est toujours très beau et émouvant.

Tout le monde éternue depuis trois semaines, ce qui indique une effervescence pollinisatrice. Je me demande toujours pourquoi il y a tant d’allergies aux pollens depuis quelques années. Moi-même j’y suis sensible, particulièrement aux fruitiers.

Il y a beaucoup de recherches sur ce sujet. Et ce que l’on lit parfois est que cette sensibilité est sans doute due à notre plus grande fragilité… la pollution, le mode vie à la fois stressant et confortable… bref, une autre raison de pester contre le monde moderne. Mais, je me demande si la raison n’est pas plus inquiétante.
Mon ami jean, du haut de ses 89 ans de vie paysanne, me disait l’autre jour qu’enfant il ne connaissait personne sujet aux allergies printanières. Et je me suis demandé si cela n’était pas dû à la baisse de la biodiversité ? Si, si… ne riez pas… cette question me taraude depuis quelques temps. Vous allez me dire : « encore sa biodiversité… il en met partout…. C’est un cliché éculé…. Encore ses obsessions… il manque d’imagination… il radote… ! ». Bon ! Vous avez sans doute raison, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que la multiplication des vergers immenses où se concentre une voire deux variétés d’arbres, la normalisation européenne qui a réduit les variétés fruitières à quelques-unes autorisées d’exploitation (on est passé de plusieurs milliers de variétés de pomme à 5 ou 6 commercialisables !), cette tendance lourde projette au mois de mars des milliards de particules de pollen identiques. C’est impossible que le bombardement des mêmes particules, de même format, de même structure génétique, de même constitution sur nos muqueuses nasales ne finit pas par les irriter, et ensuite entrainer les réactions de défense immunitaires que l’on sait. S’il y a un médecin dans mes lecteurs, je lui lance cette hypothèse, je serais heureux d’avoir son avis.

Autrefois, les arbres fruitiers étaient disséminés dans les fermes. Chaque famille avait ses arbres répartis sans ordre ni rang. Ceux-ci étaient souvent le produit d’un clonage local de proche en proche. On favorisait les arbres le mieux adaptés aux sites géographiques où ils poussaient. Il n’y avait pas de traitement… je le rappelle. On ne sélectionnait pas les arbres qui tombaient malade. D’où une infinie variété de fruits qui avaient toutes sortes de formes, de goûts, de couleurs… et qui étaient « rustiques » comme on le dit en agriculture, c’est-à-dire résistants aux maladies. Dans mon verger, il y a plusieurs pommiers dont les noms sont aussi poétiques qu’inconnus du grand public : museau de lièvre, court pendu gris et rouge, cœur de pigeon, sainte-germaine, pomme d’ile, grosse mignonne, pomme d’anis, belle de bostock, pomme d’api… toutes disparues des étalages et pourtant si délicieuses.

Bon, pour revenir à la viticulture, Alors qu’à la même date, l’année dernière, le stade pointe verte était la règle, les feuilles apparaissent déjà sur mes cabernets francs, mes merlots et mes bourdalès !

Plus le débourrement est tôt, plus les chances de maturité en fin de saison s’accroissent… mais plus le danger de gelées tardives augmente avec les catastrophes que l’on imagine.

En plus, cela bouleverse l’organisation des travaux viticoles. Ce que j’avais prévus faire dans 15 jours, je dois le faire cette semaine. Ce que j’avais prévu de faire aujourd’hui, je dois le faire avant-hier !! Le soir, il faut tout réorganiser, téléphoner de tous les côtés pour faire venir tel saisonnier, tel fournisseur, déplacer tel rendez-vous, retarder la mise en bouteille prévue au même moment qu’une intervention imprévue à la vigne… bref, c’est la lutte contre le chaos. Tout est bringue boulé. Le décavaillonnage devient urgent, il faut donc préparer la machine, la réviser, appeler le constructeur pour l’envoi des pièces de rechange qui casseront inévitablement, vérifier les systèmes hydrauliques des tracteurs, préparer les pulvérisateurs qui sont toujours en hivernage… les traitements commençant 15 jours en avance cette année… et j’en passe. Un vrai casse-tête.

Et le liage des lattes n’est pas fini (comme à Saint-Emilion et Pomerol où Nathalie est passée hier…. Ah ! ah ! on n’est pas les seuls). Aucune année ne se ressemble. C’est le changement dans la continuité. Quel millésime nous prépare 2011 ? nul ne saurait le dire encore… le 2010 est en tout cas un très bon millésime dans le Périgord.

mardi 29 mars 2011

Quelques idées non reçues

Dans les lectures que je viens de faire de mes camarades vignerons, je m’aperçois que beaucoup d’entre eux ont décidé de ne plus parler de leur travail au motif que « tous les ans c’est la même chose ». Quelle n’est pas ma surprise voire ma stupeur, devant ce voile jeté sur l’une des choses les plus miraculeuses qui soit : la répétition de la vie. Justement, ce qui distingue le vigneron de beaucoup d’autres métiers (très passionnants de surcroît), c’est l’immersion dans ce cycle absolument incroyable qui est que non seulement la vie émerge, mais en plus elle se répète et ainsi perdure. Quand je vois aujourd’hui les bourgeons qui commencent à apparaître sur ma latte de merlot, non seulement je suis touché de cette force de vie mais en plus je suis émerveillé qu’une fois de plus mon cep de vigne a décidé, malgré le froid de l’hiver et ma taille pas très douce, ce cep me montre qu’encore une fois il revit et qu’il veut, en dépit de tout, revoir le soleil, les nuages et la pureté de l’air. Ce qui arrive une fois est surprenant, ce qui arrive a chaque fois est bouleversant. La répétition, c’est l’énergie vitale de la vie, et ce que j’aime au-delà de tout dans ce metier, c’est ce sentiment de participer à un cycle qui m’intègre et me dépasse à la fois. Pas de jour sans que l’on mange, sans que les bactéries font le même boulot, sans que le soleil se lève, sans que la nuit advienne, le sommeil m’envahisse. Le ressassement c’est la vie, la variante c’est la survie. L’innovation, la nouvelle, l’inouï, le neuf, le différent, le scoop, c’est ce que trouve la nature en provoquant une légère variante génétique afin de piéger des attaques de virus et ainsi de permettre à l’organisme de survivre. C’est pareille pour les sociétés : nos vieux pays sont condamnés à l’innovation pour survivre face à la Chine et à l’Inde qui elles sont dans une perspective de vie qui est de répéter, ce que nous leur avons bêtement abandonné dans le passé. Résultat, leur société est pleine d’énergie, ils n’ont que faire de l’innovation, ils ont la bonne idée de refaire inlassablement des chaussures, qu’inlassablement nous avons besoin tous les jours, et que périodiquement nous leur achetons, alors que nous les produisions avant. Résultat : nous déclinons parce que nous avons placé notre orgueil dans la variante et non dans la permanence. Nous nous gaussons de notre imagination à innover sans nous apercevoir de la fatigue que provoque ce changement perpétuel, et du vide que crée cette course effrénée vers un but qui finalement n’est que la glorification de la survie. Piètre statue ! Et cela, c’est dans le meilleur des cas. Que dire de la société de l’intelligence dont tant de politiques nous assènent jusqu’à nous abrutir. Société de l’idiotie… tient, la centrale de Fukushima… c’est la société de l’intelligence, de l’innovation, du génie humain, de la technologie… on est passé de la survie à l’enfer… scénario d’un improbable film catastrophe… pire que ce que l’on pouvait imaginer. Mais pourquoi sommes-nous si aveugles. Pourquoi croyons-nous tout ce fatras de politiciens et d’économistes adeptes de la pensée unique qui sous prétexte de rationalité et d’esprit raisonnable veulent nous plonger dans des risques qui relève du mauvais film de science-fiction. Que c’est la seule voie. Que nous n’avons pas le choix. Que malgré les souffles de liberté qui jalonnent notre histoire, nous sommes de nouveau condamné à ne suivre qu’une logique. Comment ne pas voir que les gens raisonnables ce ne sont pas eux mais les fous dont fait partie votre serviteur, qui pensent que l’on va trop vite et que le bonheur n’est peut-être que dans « la révolution d’un brin de blé ». Pourquoi acceptons nous que la société anxiogène qu’ils nous construisent de force vaut mieux que tout autre. Mais il faut qu’on soit bête nous aussi… ou pire… lâche. Parce que finalement, on voit bien qu’on est entré dans un cercle fou qui veut que l’on doit croitre en permanence et dont on arrive plus à en sortir ; Cela me fait penser à ce film où des enfants sont prisonniers d’un manège qui tournant trop vite et sans contrôle, les empêche de s’en évader. Ainsi tous mes amis vignerons ne parlent quasiment plus de leur pratique. Et même certains avouent qu’ils ne savent pas quoi écrire, maintenant qu’ils ont tout dit du cycle des travaux de la vigne ! Et bien moi je résiste parce que je pense que si le vin est un breuvage si exceptionnel, c’est parce qu’il est le produit du ressassement. Et quel plaisir ne trouve t’on pas analyser, détailler, décrire les infinies variations des millésimes de tel vin, de tel clos, de tel château. C’est parce qu’ils sont fondés sur l’éternel retour. Et aujourd’hui, retour du tracteur dans les bourdalès pour broyer les sarments.

Le soleil est magnifique, le sol est parfaitement ressuyé, le tracteur ne fera qu’un tassement sans conséquence, d’autant que l’on broie sur l’inter-rang qui sera enherbé et donc portera les diverses interventions des machines, l’autre inter-rang restant souple et aéré comme on le voit sur la droite. Il recevra en temps et en heure, le semis d’engrais verts qui le recouvrera. Quant au tracteur, il n’est pas sorti depuis longtemps et il a l’air d’apprécier le bol d’air… comme son conducteur d’ailleurs. Les sarments des bourdalès sont jetés au milieu de l’inter-rang.

Une fois passé, le broyeur va pulvériser les bois

Le résultat est qu’une fois les pluies d’avril passées, et l’herbe développée, une multitude d’animaux coupeur et broyeur vont littéralement digérer cette lignine pour la rejeter sous forme de micro-fumier… c’est-à-dire d’humus. Une partie sera minéralisée, une autre humifiée. La première c’est le repas des plantes, la deuxième c’est le garde-manger pour plus tard. On peut aussi brûler les sarments, comme en Bourgogne. L’effet est bien sûr différent, car un partie des atomes dont on a besoin s’échappe dans l’atmosphère… mais d’autres sont quand même restitués… et surtout on détruit des vecteurs de maladies ; compromis indispensable dans de vieilles régions viticoles soumises de surcroît à une monoculture intensive. En Périgord noir, on n’a pas de maladies, mais on n’a pas non plus de gros prix de vente… on ne peut pas tout avoir. Le broyage des sarments est donc une étape indispensable pour tonifier la vie du sol et surtout augmenter la variété d’animaux présents au pied des vignes. C’est la bio-diversité qui bien sûr agace à force de ressassement, mais enfin… c’est le ressassement de la vie. En plus, je suis sûr que plus un sol est riche de différentes formes de vie, et plus la plante reçoit une nourriture diversifiée. Et plus elle varie ses repas, plus elle se sent bien. Impossible que dans les raisins qu’elle nous offre, on ne retrouve pas cette qualité de bonheur que l’on appelle quelquefois… complexité. Bien sûr, je n’ai pas de preuve de ce que j’annonce. Je ne nie pas que la complexité d’un vin peut être le résultat d’un jeu complexe d’opérations œnologiques. Mais je veux parler de réelles complexités. D’une complexité naturelle qui émerge sous la forme de multiples variations infimes aussi légères que la brise sur la peau ou aussi impressionnantes qu’un orage. C’est cette complexité que j’aime découvrir dans un vin. Et je dois dire que c’est plutôt rare. L’autre complexité, c’est pour moi plutôt de la complication…. Voilà, un vin compliqué… voilà ce que l’on goûte souvent. Alors que ce que je cherche, c’est un vin à la fois simple… franc… et complexe ! Et pour cela, ma méthode n’a rien d’originale : tout dans la vigne, rien dans le chai. On l’appelle aussi le terroir, mais dans le terroir il y a aussi une sorte d’identité régionale et historique. Hors, l’identité du vin de ma région n’a plus d’histoire. Ce n’est donc pas cette direction que je prends, même si les quelques vieux vignerons qui m’entourent, sont aussi une source intarissable de connaissances. Mais leur savoir s’applique plus au travail du sol, au rapport avec le climat, le soleil, les pluies, les vents, la lune… que du vin lui-même. Ce qui me laisse toute liberté joyeuse d’approfondir les parfums… sans limitation d’une quelconque tradition. J’essaierai un jour de détailler ce que j’entends par cela. Tenez, François qui a déjà fini de tailler, de carassonner, de fagoter et de lier, a décidé, avec un sourire un tantinet moqueur, de m’aider à finir la mienne, en commençant à lier les cabernets francs.

Et en plus il va presque plus vite que moi. Tenez, je découvre tellement de coccinelles dans la vigne, que j’en attrape quelques unes pour le mettre sur mon avocatier qui est infesté de pucerons

Elles se régalent, et je crois que l’avocatier en est très reconnaissant, il multiplie ses feuilles depuis que les coccinelles agissent. Qui nous a dit qu’on avait besoin d’insecticide pour faire le boulot… à oui... la société de l’intelligence… le progrès ! Tenez une photo de mon vieux poirier qui tous les ans se met infailliblement en fleur

Voilà une sensation qui n’a pas besoin de la société de l’intelligence. Point d’intellect face à cette merveille. C’est tout simplement beau par ces couleurs, émouvant par sa vie toujours réaffirmée, touchant par cette renaissance permanente, répétée… quelle grâce que nous offre la Nature… elle a l’air de nous ouvrir ses bras… tout simplement.

dimanche 6 mars 2011

La taille suite

Le travail de taille et la levée des bois continuent au Petit Manoir.

Nathalie, la patronne, profite du très beau temps pour pouvoir faire la levée des bois. Ce travail n’est pas facile et demande beaucoup d’attention et bien sûr des lunettes. On peut se prendre des branches dans l’œil… c’est un accident du travail courant en cette saison. Le clos des truffières et presque fini… il nous restera Petit Bois.

Sur la photo Petit Bois est au fond, là où se trouvent les pièges jaunes. On voit, d’ailleurs globalement, que la couleur à mi-distance est plus brune… indication des sarments qui ne sont pas encore enlevés. Quant à Belle Vue, la taille est presque finie… le temps est d’ailleurs idéal, l’air est pur, la lumière éclatante.

Aux truffières, le clos qui chatouille les 16° d’alcool, la taille est finie

Il n’attend plus que le décavaillonnage, qui se fera après le broyage des sarments et le liage. Quant aux Pruniers, le sol a été préparé pour l’extension du clos.

En effet, au printemps, nous allons agrandir la part de cabernets francs… cépage absolument magnifique et particulièrement intéressant dans ce terroir. La technique de plantation sera un peu expérimentale. Au lieu de « défoncer » le sol avec des charrues qui retourne la terre jusqu’à 60 cm de profondeur, on a pris le parti de sous-soler aux dents Michel et de garder le couvert enherbé.

Le gel et l’aération, ainsi que l’eau accumulée, vont activer le sol au moment du réchauffement printanier. 3 semaines avant la plantation, nous allons passer deux fois la herse rotative pour détruire le couvert végétal… mais que dans la bande où les pieds seront plantés. Ensuite, le sol sera suffisamment souple pour la plantation, mais sans avoir subi le bouleversement provoqué par le défonçage et le pivotement des horizons. L’herbe d’origine est gardée ce qui permet au sol de conserver son activité organique et sa structure… mais attention à « la soif » des petits plants. Enfin, on verra ! Le grand bonheur est que je trouve plein de coccinelles qui se réfugient durant l’hiver, sur les pieds de vigne, bien abritées généralement.

mardi 25 janvier 2011

Bourdalès

La taille des Bourdalès commence. J’avais déjà fait un blog sur ce cépage que l’on appelle aussi le fer servadou ou le mansois du côté de Marcillac, mansois qui provient du latin mansus qui veut dire manoir d’où le nom de notre cuvée « Petit Manoir ».Cela désignait sans doute un cépage réservé aux maîtres de maison. En Périgord noir on l’appelait le Bourdalès alors qu’en Périgord vert on l’appelait le hère ou le fer. Bourdalès provient peut-être de Bordeaux mais je n’en suis pas sûr. C’est après une conversation téléphonique avec Guy Lavignac, que nous avions décidé de planter ce vieux cépage qui a presque totalement disparu du Périgord. Guy Lavignac est une véritable encyclopédie vivante. Fils de vigneron bordelais, puis ampélographe, il a participé à l’écriture de nombreuses appellations contrôlées du sud-ouest. Maintenant à la retraite il a écrit un livre passionnant sur les cépages oubliés du sud-ouest. C’est dans ce livre que l’on trouve l’idée selon laquelle le gamay était au XII° siècle, un cépage très répandu dans la région de Cahors ! Guy Lavignac aurait d’ailleurs retrouvé dans un jardin des environs un vieux cèpe de gamay encore vivant, descendant lointain du « gamay cadurcien ». Il m’a encouragé à planter le Bourdalès plutôt qu’un autre.

J’étais quant à moi parti plutôt sur deux cépages anciens que l’on appelle la Mérille (qui est un cousin du Malbec de la famille des Colloïdes, et dont on trouve encore des rangs de vigne dans le bergeracois) et le Teinturier de la famille des Gamay (et oui encore lui) dont j’ai trouvé quelques spécimens dans notre vigne, maintenant arrachée, de Trémolat. C’est encore Guy Lavignac, qui m’a recommandé de faire la taille à latte en corbeille sur échalas, très ancienne pratique d’avant fils de fer, que l’on trouvait encore il y a quelques années à Marcillac ou Entraygues.

Cette taille a un avantage très important, c’est qu’elle offre le maximum d’aération aux raisins qui sont ainsi disposés en couronne, sans entassement. Il n’y a donc pratiquement aucun travail en vert sauf l’épointage. Par contre, elle a quelques inconvénients, si la taille est assez facile, comme pour la Guyot, le liage de la latte (la formation de l’anse de corbeille) n’est pas rapide, la mise en place des échalas (un par pied au lieu d’un piquet tous les 5 pieds pour le fils de fer, à renouveler tous les dix ans), le relevage des pampres assez lent et l’épointage impossible à la machine ont entrainé la disparition de cette conduite. C’est dommage, car la beauté et la qualité gustative de cette taille est incontestable. Mais voilà… l’économie a raison de tout. D’ailleurs au domaine, tous nos bourdalès sont sur échalas, mais nous n’en avons que 500 pieds. Certes, au vu des résultats nous avons décidé d’en planter 500 autres, conduits sur échalas aussi, mais il faut avouer que cette ancienne manière n’épargne pas le temps de travail.

Pour la taille à proprement parlé, elle n’est pas plus compliquée que la Guyot… Il suffit de couper l'ancienne latte

De garder une baguette fructifère, c’est-à-dire une pampre de l’année dernière qui a poussé sur un cot ou une latte d’y il a deux ans

Et de constituer un nouveau cot pour l’année prochaine. Le résultat

un pied qui pourrait être latté en Guyot simple. Pour ce qui est du vin, il est délicieux. Une couleur claire, type œil de perdrix, un parfum intense de fruits rouges comme la cerise et la groseille, une bouche très souple, peu tannique qui fait penser à un gamay très riche ou un pinot noir. Bref ! un véritable bonheur à boire. Alors que les merlots voisins, titre à 14,5°, le boudalès ne dépasse pas 12,5°… un vin d’aujourd’hui.

mercredi 19 janvier 2011

Comment être fagoté à l’ancienne

La technique de faire des fagots dans la vigne, si rependue il n’y a pas si longtemps, est maintenant totalement abandonnée et ceci pour plusieurs raisons : le temps pour constituer de fagots n’est plus rentable en terme de coût de main d’œuvre, l’utilisation des fagots (principalement pour alimenter les fours à pain) est devenues obsolète (hors folklore touristique) et l’utilisation des fagots souvent par les ouvriers agricoles (c’est même toujours un droit il me semble) n’est plus du tout pratiquée, ceux-ci ne se chauffant plus au bois, j’imagine, la généralisation de l’écobuage pour la protection du végétale ou du broyage des sarments pour la fertilisation a définitivement achevé la tradition du fagot de sarments de vigne. Vous me direz que l’entrecôte bordelaise grillée sur sarments de vigne est toujours plébiscitée par les gastronomes… certes, mais cela ne représente qu’un très faible taux pour le recyclage des produits de nos tailles. Dans cette peinture du moyen-âge, on voit derrière le tailleur à la serpette, une femme constituer le fagot avec un lien, non pas en fils, mais en tige de châtaignier.

J’ai voulu demander à Jean de me montrer la technique de liage du fagot à l’ancienne… ce n’est pas pour faire Chroniques Paysannes d’Autrefois aux éditions France Agricole… ni Les Paysans de Jean-Claude Bringuier ou Profils Paysans de Raymond Depardon… mais tout simplement, j’avais à côté de moi une encyclopédie vivante détenteur d’un savoir qui remonte à la nuit des temps, et que ce savoir, le transmettre est un bonheur pour lui et un trésor pour moi. Comme je ne suis pas pingre, j’aime partager ce type de trésor… particulièrement quand le résultat est, je trouve, très beau. La première chose que Jean a faite est de couper une tige d’un rejet de châtaignier.

Pourquoi le châtaignier ? Parce qu’on utilise la torsion pour fixer le lien, hors le châtaignier supporte très bien la torsion, c’est-à-dire que jeune, la tige ne casse pas. Une fois le lien trouvé, il faut constituer le fagot

Les petits groupes de sarments sont rassemblés en bout de rangs… très important, ils doivent être tous orientés du même côté, c’est-à-dire apex d’un côté, attache pampre de l’autre. Ensuite, on effectue une torsion sur la tige en la tournant comme une manivelle.

Cette torsion va permettre de constituer l’œil à travers lequel on va introduire l’autre bout de la tige

Une fois la tige introduite, on sert le fagot

Puis on fait une deuxième torsion sur le bout de tige

Cette deuxième torsion va provoquer une tension sur la tige

Qui va avoir pour résultat de faire ressort sur le bout que l’on pourra ainsi bloquer dans les sarments

Une fois fagoté, les sarments ne bougeront plus pendant des dizaines d’années voire plus. Jean ainsi se saisit de son fagot qu’il utilisera pour son four à pain… qu’il allume une fois par an… grillons d’oies et pruneaux obligent.

Jean a fait les mêmes gestes que la femme sur la peinture médiévale… le lien du fagot est le lien que nous tissons avec l’humanité qui nous a précédé… humanité remisée dans les greniers que la consommation frénétique qui nous aliène, nous force à mépriser et à déporter. Le culte des morts à fait place au culte du supermarché ! « Ici et Maintenant » disait le slogan en 1968 ! Avec la globalisation, « ici » disparaît, reste « Maintenant »… pour faire quoi ? Se distraire, s’amuser, s’abrutir… le fun quoi… bref ! en fin de compte… oublier.