Domaine de la Voie Blanche

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 27 janvier 2012

Les campagnes à la ville

Bon, j’ai reçu des emails de lecteurs me disant qu’il y avait aussi en ville des mouvements qui se préoccupaient du rapport que nos sociétés entretenaient avec la nature. C’est vrai ! En dehors des AMAP, il y a, j’admets mon oubli, des associations et des gens qui font un travail exceptionnel. Le plus connu, c’est bill Mollison, le pape de la permaculture, qui a influencé tout un mouvement aux USA d’écoconstructions.

Dans cette vidéo, il explique le fonctionnement d’un de ces nouveaux quartiers, et c’est remarquable.

Le problème est que cela peut s’appliquer dans les continents où l'on peut encore s’étendre, mais dans notre vieille Europe… chaque nouveau quartier, c’est des hectares de terres agricoles ou d’espaces naturels qui disparaissent.

En Europe, c'est la réhabilitation qui semble faire consensus. Et là, il y a le mouvement initié par Rob Hoptkins (professeur de permaculture) dans sa ville de Kinsale en Irlande… le mouvement des « villes en transition » : Transition Town ici.

Le principe, influencé aussi par Bill Mollison, est d’amener les villes à une décroissance énergétique, en rapprochant les unités de production des villes, c’est-à-dire en relocalisant une certaine industrie, en relocalisant la production alimentaire (c'est un peu nos AMAP)et en baissant le niveau de consommation énergétique par toute sorte de moyens.
Le site international des Transitiv Town est très intéressant et assez bien fait. On y découvre que des villes comme Chicago, Houston aux USA, Sidney en Australie,… (rien que ça !) plusieurs dizaines de villes anglaises, des villes au Japon (pour Fukushima ce sera dur), en Allemagne, au Danemark, en France… , et dans bien d’autres pays, ont adhéré à ce mouvement.
La permaculture est une philosophie politique dont le penseur est Bill Mollison et qui place la décroissance au cœur de son action. Elle est très proche de la philosophie de Masanobu Fukuoka, mais je ne sais pas si elle en est influencée ou si elle est concomitante. Chez Fukuoka, son principe du non-agir est directement inspiré de certaines philosophies japonaises et chinoises.
Alors que la décroissance est plutôt une idée qui contredit les principes occidentaux. Je pencherai donc pour une influence asiatique. Mais je ne connais pas Mollison et il ne me semble pas l’avoir évoqué. Il est clair, en tout cas, que ces façons de faire société avec la nature ne semble pas se rapprocher de la vision de Steiner avec la bio-dynamie, des associations d’agricultures biologiques françaises (Nature et progrès…)ou des mouvements écologiques que l’on trouve sur notre continent.

Mais il semble que les mouvements les plus "à la pointe" chez nous, s’en inspire fortement comme ce jeune agriculteur de Charente qui tente de créer un ferme permacole ici.

Beaucoup de choses rapprochent la permaculture et l'agriculture sauvage puisque c'est ainsi que la nomme Fukuoka lui-même. La place de l'arbre est fondamentale dans l'une comme dans l'autre. Mais une chose les distingue, la permaculture envisage le compost comme un fertilisant important, alors que Fukuoka refuse tout intrant, même biologique. Claude Bourguignon est assez proche de ces conceptions. Je dois dire qu'elle m'influence aussi beaucoup, et que j'essaie de construire ma viticulture sur l'horizon de l'agriculture sauvage. Je n'y suis pas encore... mais, l'explication de mes recherches sont une des motivations les plus fortes de ce blog.

samedi 21 janvier 2012

Campagne de plantation à Paris

Me promenant aujourd’hui sur les quais de Paris à côté du Châtelet où l’on célèbre le culte de la culture… je me suis retrouvé devant le magasin Vilmorin. Etant par nature curieux de tout ce qui touche les plantes, je me suis retrouvé nez à nez avec… des pieds de vigne

Quelle n’a pas été ma surprise, moi vigneron, venu va nu pied dans la plus citadine des villes, de retrouver des très chers ceps de vigne, vivants, taillés dans des pots dont la profondeur, me les faisait voir comme des culs-de-jatte. Ne trouvez-vous pas qu’ils ont l’air bien à l’étroit dans leur terroir miniature ?



En m’approchant, je voulais connaitre leurs noms

Grenache de Corbière vendu 199 €. Avec leur nouvelle biodiversité, le vin qui en sera issu aura une minéralité… toute particulière.



Non, bien sûr, ils vont orner un salon élégant et techno-moderne… la Nature devient ornement! Ce qui nous a fait devient de la déco.

La vigne produisant le sang rendu sacré par un fils de l’Infini originaire d’un Moyen-Orient vénéré, qui en s’écoulant dans la boue des villages celtes, germains et gaulois faits de huttes en paille, de tentes en peaux de bête, parcouru par des enfant en guenille et des fiers hommes bardés de breloques barbares, a fertilisé ce sol pour engendrer l’Occident. Cette vigne deviendrait bling-bling ?

Fini les grands espaces et les hautes montagnes rocailleuses soutenant des forteresses cathares pour repousser le Mal. On troque le schiste pour le carrelage. Le vent d’Autan qui balaye les vallées ardues et rudes du Roussillon et du Corbière sera remplacé par une clime !



J’ose à peine imaginer le vieux paysan qui s’est courbé toute sa vie comme ses parents, grands-parents, aïeuls… qui a planté puis soigné avec amour ce pied centenaire… je l’imagine voir son cep dans un pot de géranium… !

J’imagine aussi, celui qui a consentit à brader sa vigne, le cœur serré et les poches vides, voyant partir l’héritage précieux et ancestral, qui malgré son étreinte, n’a pu empêcher qu’on le lui arrache.

Et tout ça pour le plaisir d’entendre lors d’une soirée branchée : « oh ! C’est sympa ta vigne… comme c’est fun… et qu’est-ce que c’est chic à côté de ton écran plat ! J’espère que tu nous feras du vin bio ou du jus de raisin très bientôt… ah !ah !ah !... ?

jeudi 12 janvier 2012

La révolution du colibri

Je n’ai pas l’habitude de m’exprimer sur la politique, non pas que je la dédaigne, m’enfermant dans un individualisme autiste, mais parce que les actes m’intéressent plus que les paroles, et que les mots ont souvent tendance à exprimer des idées qui dispensent les actes de s’y conformer.

Pour moi la politique est constituée de 5 catégories d’intervenants : 1- les politiques, 2- les technocrates, 3-les électeurs qui votent par intérêt corporatiste, 4-les électeurs qui votent par idéalisme, et 5-les réalités nationales et internationales.

La 4ème est celle qu’on entend le plus dans les média, dans les meeting et au bistrot, et qui souvent n’a aucune prise sur les décisions (j’en donnerai un exemple). Pourquoi la 4ème s’entend, parce que les autres, en général ne dévoilent pas leurs mobiles et que la 2ème est soumise à l’obligation de réserve… et que l’être humain adore qu’on lui conte des histoires, ça lui permet de s’échapper du réel.

La première fait de la politique par égo... ou pour défendre de gros intérêts. La 2ème fait et applique une politique la plus froidement rationnelle possible. La 3ème vote à droite si elle est propriétaire, et à gauche si elle veut l’argent de ceux qui en ont. La 4ème rêve mais vie comme la 3ème. Et la 5ème ne nous demande pas notre avis.

De ce constat assez décevant, je l’avoue, j’en ai déduit que la façon de vivre est un acte bien plus politique que tous les bavardages, face aux intérêts puissants qui eux, agissent sans fanfare ni trompette.

Le 28 Novembre dernier, la loi sur les COV est votée par une poignée de députée UMP. Qui en a entendu parler… ? Personne, et surtout pas l’opposition, absente et silencieuse (ça c’est les idées, (liberté, égalité, justice, transparence…) qui n’ont aucune prise sur les décisions). La conséquence de cette loi est d’interdire à terme l’utilisation par le paysan de ses propres semences en les taxant et l’obligation d’acheter dans un futur proche des semences produites par les 4 ou 5 grands semenciers mondiaux. C’est ce qui s’appelle : utiliser la politique pour s’en mettre plein les poches.

Quel est l’intérêt du pays et de la population ? Aucun. C’est juste un vote démocratique dans les formes au service de l’intérêt de quelques-uns. L’intérêt de la population voudrait qu’on multiplie la biodiversité en encourageant les initiatives individuelles ou associatives de localiser à outrance les variétés. Ainsi, on éviterait d’empoisonner la population par l’usage de pesticides et fongicides rendus incontournables par l’utilisation d’un éventail de semences trop réduit. Ce manque de variété favorise le développement des ravageurs, ne trouvant aucune barrière génétique qui généralement sont érigées par la biodiversité.

Eh bien, pensez-vous que ces députés ont voté une loi qui va dans le sens de l’intérêt général ? Que nenni. Ils ont voté pour de gros intérêts, et l’opposition n’a pas bougé pour la même raison… avec en plus l’hypocrisie de l’absence… pour ne pas s’expliquer sur une loi qui est liberticide et clairement orientée gros sous.

Face à ce bulldozer qui fait de la politique avec beaucoup d’efficacité, les bavardages n’ont aucune utilité, surtout si la personne qui les profère vit en ville et va au supermarché. Seule l’action qui engage chaque personne dans sa vie est un véritable acte de résistance et surtout de construction. C’est ce qu’on appelle : la révolution du Colibri.

Venons-en à la fable : la forêt brule, tous les animaux se demandent ce qu’il faut faire. Un seul agit : le colibri (le plus petit oiseau) qui apporte de l’eau pour l’éteindre. Les autres lui disent : « mais pourquoi te fatigues-tu, tu n’apportes pas assez d’eau pour éteindre le feu ? ». Il répond « je sais, mais je fais ma part » !

Et les colibris (c’est-à-dire pour moi, ceux qui véritablement inventent de nouvelles façons de vivre pour répondre aux défis majeurs de notre temps : gestion de l’eau, gestion des déchets, gestion de l'énergie, équité dans le partage des ressources alimentaires, lutte contre la pollution, lutte contre les GAES, préservation de la biodiversité, protection de l’environnement… ) se trouvent surtout dans le monde paysan et peu dans les villes où les populations sont souvent captives à l’intérieur d’un système de totale dépendance alimentaire. Je ne veux pas dire qu'ils ne s'y intéressent pas, mais leur mode de vie contredit leurs paroles... et ils ne sont pas prêt de changer.

Malgré tout, certains citadins sont dans ce mouvement colibri : ceux qui ont promu les AMAPs. Là j’avoue que ce mouvement est passionnant.

Pour moi, l’un des beaux exemples de la révolution du colibri est le Hameau des Buis ici. Les gens qui s’engagent dans ce projet, ne se contentent pas de bavarder, mais construisent une autre proposition de vivre ensemble. C’est pour moi, l’acte politique le plus fort et le seul qui mette en danger ce système fou de superprofits. Et d’ailleurs, je suis persuadé que ceux qui n’en veulent pas, feront tout pour empêcher que cela se développe, ou pour le torpiller ici. Ils seront secondés par les inerties sociales et culturelles… comme l’agriculture biologique en a fait et continue à en faire les frais.

Ce qui est passionnant dans ce type d’expérience, et il y en a plusieurs, c’est qu’une utopie se réalise tout en restant une utopie. C’est paradoxal car utopie est un rêve de société (Utopia) sans existence réelle, qui trace un horizon à atteindre. Vivre en autonomie alimentaire avec des besoins énergétiques réduits ne sera jamais à la portée de tous. Il y aura toujours des hommes pour vouloir manger chinois, japonais, italien, moléculaire, russe, mac donaldien… en dépit de tout… et pour cela il faut des infrastructures de transport et de production qui ne peuvent exister avec un tel engagement de décroissance.

Par ailleurs, il semble difficile de provoquer le mouvement inverse de l’exode rural, Mao a essayé en Chine, résultat : presque 1 million de morts… et je vois mal les habitants de Paris, de Marseille, de Bordeaux, de Nice, de Lyon… revenir en masse dans les campagnes sauf dans leurs résidences secondaires, ou des quartiers chics de Paris décider de détruire des immeubles pour refaire des jardins potagers locaux… où alors, il faudrait des architectes qui les imaginent dans les immeubles ou sur les toits ? Mais après tout on peut rêver !

Surtout la satisfaction infinie des désirs que promet la société de consommation est un moteur de vie irrésistible et qui s’adresse à tous, même à ceux qui ne sont pas des saints… le problème est vertigineux. Mais on ne peut pas prédire l’avenir et la révolution du colibri fait penser à la révolution d'un seul brin de paille de Fukuoka… le plus petit changement peut contaminer l’ensemble comme le battement d’aile d’un papillon à un endroit de la Terre peut provoquer un cataclysme à l’autre bout de la planète : un très sérieux modèle scientifique que l’on appelle « l’effet papillon » découvert par le mathématicien Lorenz. C'est cette action modeste mais déterminée qui constitue pour moi l'horizon politique.

Celle qui sévit dans les média... je l'écoute comme tout le monde et elle m'amuse parfois... comme une vaste farce où les protagonistes ne peuvent pas dire les choses et jouent au "plus menteur je gagne".

jeudi 5 janvier 2012

Le cycle reprend

Juste avant les fêtes, l’hiver est tombé enfin sur le Périgord

Les premières gelées annoncent le début des travaux de taille. J’aime bien cette vieille vigne de mon voisin paysan, on y voit encore les rangs de fruitiers dans la vigne qu'on appelle chez nous les joualles.

Elle rappelle qu’autrefois, le paysan n’était pas que vigneron en Dordogne. Il faisait un peu de lait, du tabac, de vin, des noix, de la volaille, du mouton, des cochons et des céréales. La spécialisation ne l’avait pas touché… son regard voyait large !

La taille à cot était de rigueur en Aquitaine… on l’a souvent oublié. Et l’on voit ici, que le fil de palissage, un seul placé en haut, n’a pas encore entrainé le changement de taille venu de Bordeaux comme la guyot ou la royat.

C’est que le Périgord noir est loin et les hommes ne s’y laissent pas convaincre facilement. Au mieux ils ont aligné le pied taillé à cot, traditionnellement en gobelet, sur le rang de vigne. Cela permet de laisser passer le tracteur. Avant seuls les sabots du cheval et ceux du paysan foulaient cette vigne. On a troqué la corne pour le caoutchouc.

Je trouve la taille à cot très belle

Elle est à l’image du paysan qui la taille, un corps torturé avec des bras puissants qui s’étirent à vouloir étreindre le ciel et les pieds enfoncés dans la terre. Le gel semble figer ce geste et donne l’impression d’un temps arrêté par je ne sais quelle catastrophe.

Après cette brève annonciation hivernale, nous avons connu un long cycle de pluie qui a désolé les vacanciers mais qui a ravi le paysan. Les citadins ont oublié que si ils mangent, c’est parce que l’eau tombe du ciel. Et cette eau, nous en avions terriblement besoin.



La Dordogne est d’ailleurs enfin très haute ainsi que la Vézère. Seul bémol, le débit des sources des coteaux, semblent encore un peu faible, ce qui tendrait à penser que les sols ont du mal à absorber l’eau, celle-ci dévalant jusqu’aux ruisseaux puis directement dans les rivières. Des sols tassés par des pratiques agricoles intensives ou rendus imperméables par la frénésie immobilière.



Ceux qui auront travaillé leur sol, vont pouvoir récupérer cette eau, et en été, les vignes en ont besoin.



Je suis passé aussi à Barbeyrolle avec ses vieux pieds de merlots

Le sol est enfin recouvert de son manteau vert

Il est ainsi protégé de l’hiver et des intempéries. L’érosion est freinée et la vie organique se développera vigoureusement au printemps. Les engrais verts ont été semés à temps et ils se développent très bien

Ils forment déjà une biomasse non négligeable, et qui sera importante au moment de son incorporation en Mai. D’ici là, les travaux d’hiver ne nous laisseront pas au chômage.

dimanche 11 décembre 2011

Dégustations londoniennes

Etant à Londres cet été, et dégustant de multiples vins provenant de toute la surface du globe, finalement, ce qui m’a le plus impressionné, sont quelques tableaux découverts dans la National Gallery.



Il m’arrive souvent d’aller visiter les musées et de ne rechercher que les tableaux qui évoquent soit le vin, soit la gastronomie, soit des paysages « bucoliques ». Il me semble toujours, qu’une œuvre sublime représentant un motif sublime comme la vierge et l’enfant, la crucifixion, une scène héroïque ou un personnage historique… avait moins de mordant qu’une œuvre sublime dépeignant une guenille ou une scène sans intérêt comme une nature morte.

J’ai toujours trouvé que la beauté n’avait d’intérêt qu’à transfigurer le banal.

Comme cette scène de taverne de Brouwer, un peintre hollandais mineur du XVII…. Je veux dire, ni Vermeer, ni Rembrandt, bien sûr. Tout d’abord, j’aime énormément l’ensemble des nuances grises, qui fait ressentir le confinement, l’intérieur… une certaine harmonie paillarde avec ces personnages grivois et ivres, ces visages tous différents, ces couleurs qui font sortir les personnages du tableau.

Lorsqu’un tableau n’a pas de paysage comme fond, mais un mur, il me semble qu’il provoque une intimité en projetant les personnages à l’avant du tableau. J’ai la sensation qu’il veut faire corps avec moi et qu’il m’invite à faire partie de son sujet ou de sa scène. Je me sens comme intégré à l’intérieur de son cadre.

C’est un peu ce que je recherche dans un vin. Une sensation de plaisir et de simplicité ; je n’aime pas les vins trop… prétentieux, sur extraits, surpuissants jusqu’à l’arrogance… trop de gras, trop de mâche, trop de rondeur, trop de café, trop de réglisse, de tabac, de fruits rouges, de pruneaux, de chocolat…. Bref, trop de tout. J’ai l’impression d’avoir un breuvage qui me fait penser à un tableau hippopotamus ! J’en ai tellement bu à Londres… !

Tenez, pour revenir à ce Brouwer... n'y a t'il pas quelquechose de puissant dans ce contraste entre un désordre manifeste, et une harmonie produite par la sensation d'une atmosphère de chaleur et de douceur dans laquelle sont plongés les personnages. En plus les couleurs ont l'air véritablement d'emerger du fond grisâtre ou verdâtre. Il y a comme quelque chose d'organique dans ce dégradé de tons. Et le tonneau sur la droite avec ses cercles en feuillards, il devait venir de nos régions qui à l’époque exportaient en Hollande, le Bordeaux voguant vers l’Angleterre. Il y a quelque chose d’émouvant dans cet objet sans intérêt pour beaucoup d’observateurs, mais plein de sens pour un périgourdin dont plusieurs membres de sa famille ont inévitablement fabriqué du feuillard à étreindre les barriques. C’était leur façon d’embrasser le jus de treille.

Mais je dois dire que l’un des tableaux qui a le plus attiré mon regard, c’est cette nature morte de Kalf

C’est tout simplement prodigieux. Il y a une chose qui m’a toujours ébloui, c’est la capacité d’un artiste à partir d’une pâte colorée opaque souvent à base d’argile ou de minéraux broyés… et d’un coup de pinceau de produire de la transparence et du cristal. Quand on y pense, ce tableau est en fait produit par un ensemble de pâtes colorées collées sur une toile. Et que voit-on ? Un zeste de citron qui a l’air tout juste posé là, une nappe négligemment repliée, deux verres d’un cristal prodigieux remplis d’un bon vin blanc aux reflets d’or !

Tout est reflet, transparence et jeux de miroirs infinis. Le rouge du homard est incroyable, il semble fait de toutes les couleurs qui l’environnent… et pourtant il se détache de façon ostentatoire.

Ce que je trouve très beau aussi est le contraste entre les matières solides comme le homard, le citron, la tenture, le plat ou la pelle à servir qui tous semblent être dans des positions déséquilibrées, prêt à tomber… et les liquides des deux verres et sans doute de la corne, qui eux, sont immobiles et stables... presque immuables. Magnifique paradoxe.

Et les textures !... tout y est… de celle du tissu, au grain du zeste, à la carapace du homard, le bois de la table, la corne pour finir par les minéraux ; les verres et l’argenterie. N’y a-t ’il pas là toutes les métaphores du vin, de la minéralité au soyeux en passant par les agrumes et le croquant.

Mais bien sur, ce qui me trouble le plus est l’in-peignable par excellence… la lumière. Toute peinture est faite de couleur et de dessin. C’est déjà un exploit de peindre un objet avec ses contours et sa couleur. Mais la lumière ? Comment représenter avec de la couleur et un trait de dessin... l’impalpable. Quel œil faut-il a un être humain pour capter à l’aide d’un pinceau, ce qui ne peut se capturer… n’est-ce pas là ce qu’on appelle le génie artistique ?

Quel merveilleux cerveau que celui qui a produit une telle image !

Ce vin qui est dans ce verre, n’est-il pas lui aussi l’expression d’un autre paradoxe… un jus de fruit qui a pour parfum une multitude d’autres parfums à l’exception de celui d’origine : le raisin. Aucun alcool ne transcende autant sa matière originelle. La multitude d’arômes qui nous envahissent en humant un verre, semble nous projeter dans une autre dimension : rien de ce que nous sentons n’est réel, puisque tous ces parfums n’ont aucune réalité matérielle… qui est le raisin. Le cidre malgré tout, sent bien la pomme !

Il y a dans la quête de la lumière et celle des arômes du vin… une sorte de cousinage. La volonté de capter ce que nous ne pouvons ni toucher, ni prendre, ni palper, ni retenir. Et les deux démarches ont en commun de creuser le sol, de se salir les mains, de se mesurer à la matière. Incroyable folie de transformer la boue en or ! Par contre une chose les distingue... l'art est fait par l'artiste, le vin par la nature. Le peintre crée, le vigneron accompagne. Mais sans doute quelquechose les rapproche: rien de ce qu'ils font ne peut exister sans le don de quelque chose qui les dépasse et dont ils n'y sont pour rien: Le talent pour l'artiste et le soleil pour le vigneron.

dimanche 20 novembre 2011

Bio ou naturel?

On entre dans la période où je fais le tour du matériel agricole. Ce qui doit-être révisé ou réparé, est amené à l’atelier. Une fois la période commencée, c’est-à-dire fin février, début mars… c’est trop tard. Chaque casse ou panne décale le travail de la vigne… en bio, c’est très difficile de rattraper un retard. En passant devant les vignes de Barbeyrolle, j’ai pu observer que l’avoine a bien germé et s’est bien développée.

Je suis content, la hauteur des tiges est déjà de 10cm. Même si le gel arrive, l’avoine est sauvée. Je me demande toujours si j’ai raison de faire tout ce travail. Cela serait plus facile si je mettais de l’engrais sous forme de billes ou de bouchons. On met tout le sac dans l’épandeur derrière le tracteur… et hop, on enclenche les vitesses… le soir tout est fini.

Au lieu de cela, je m’embête à travailler le sol… après les vendanges car avant… impossible, les vendangeurs seraient dans la boue ou sur une terre trop meuble. En plus, il faut attendre un moment ou le travail dans le chai se relâche… mais alors, c’est la météo qui ne veut pas entendre les appels que je lui lance désespérément. Une fois enfin entendu par le ciel… c’est des rendez-vous prévus qu’il faut annuler en catastrophe pour foncer dans le tracteur… c’est Mr Goulard qu’il faut convaincre d’abandonner son job pour me rejoindre… et tout doit être fait en 4 à 5 jours… sinon la terre devient ou trop sèche ou trop humide si il repleut ?!?

Pendant cette période toute mon attention est portée sur le semis. Les sacs doivent être là. Les semences certifiées biologiques… et tra la la ! Le sol doit être prêt. Mais même si il est prêt, il faut que l’humidité du matin se sèche… en Automne cela peut prendre toute la matinée… on a souvent semé à partir de 14h jusque dans la nuit ! Et si le brouillard persiste… on a plus qu’à rentrer et ouvrir le journal !

Il faut dire que j’ai un argile vraiment… difficile ! Les anciens disaient « y-a qu’la vigne qui pousse dessus ! » . Et les cailloux… si par malheur je suis obligé de passer le cultivateur un dimanche et qu’une pierre me casse une ailette ou une dent… l’atelier est fermé ! Je suis coincé et bien sûr, la pièce qui casse est toujours, dans ma trousse « pièces de rechanges » celle qui manque.

Et pourtant ! Je persiste bêtement à « fumer » mon sol d’une manière naturelle. Je sais bien que même en viti bio, je peux utiliser mon épandeur d’engrais en y mettant des bouchons de matière organique préparés par des usines reconverties au bio. Mais voilà, en plus d’être bête je suis têtu… ce qui n’arrange rien à ma situation.

J’ai décidé de ne plus fertiliser mes terres, et ceci depuis 6 ans ! Inspiré par Fukuoka et aidé par des anciens, je veux remplacer la « fertilisation » par la « fertilité » du sol. Cette fertilité passe par un sol toujours couvert comme dans une forêt. Sans aucune action humaine la forêt produit une bio masse que nos techniques les plus pointues échouent à approcher… pourquoi ? Et surtout, comment ?
C’est une question qui m’obsède et c’était la question de Fukuoka. Au lieu de créer une agriculture artificielle qui me coûte chère en temps, en intrants chimiques et qui détruit l’environnement naturel dans lequel je me trouve, pourquoi n’essaierai-je pas de faire faire le travail par dame Nature. C’est bien ce que dit Fukuoka avec sa philosophie du non agir. Pourquoi faire ce que la nature sait mieux faire que nous ? créer de la vie?

Seulement voilà… j’ai bien essayé de m’assoir sur le bord de ma vigne, de prendre la position du yoga… il a fallu quand même qu’au bout d’un moment, je me décide de passer du non-agir, à l’agir un peu… pour finir par l’action forte et déterminée !

Si je peux laisser la forêt pousser sans moi, ma vigne, elle... elle est domestiquée… elle est comme ma chienne Taïga. Elle a besoin de son maître ! Des principes du vieux maître japonnais, j’ai éliminé cette non-pratique et j’ai gardé l’idée d’une culture naturelle où la nature en tant que système entier, serait mon modèle.



Si je dois apporter de la fertilité au sol, je n’apporte ni engrais, ni compost, ni matière organique étrangère… je sème, comme le vent le fait, des graines que le sol va utiliser pour se fertiliser tout seul.

Bon, je ne rêve pas non plus. Dans la nature il y a aussi des problèmes de maladies et d’épidémies. Certaines années, je trouve que presque toutes les châtaignes sont véreuses ! La forêt ne s’en inquiète pas car elle a du temps pour attendre une nouvelle année, réussir ses prochains semis et voir de nouveaux arbres pousser. Alors qu’un paysan ou un vigneron… il faut qu’il produise tous les ans sinon sa vigne ou sa terre deviendra vraiment naturelle… voire abandonnée !

Il faut que je m’adapte d’une main aux conditions économiques des hommes, et que de l’autre, je m’inscrive dans l’écosystème qui reçoit ma vigne. C’est pas facile ! Mais voilà… je ne veux pas lâcher mon idée… je veux produire le raisin le plus beau, le plus mûr et le plus naturel ! Car je suis persuadé que lorsque l’on boit un vin issu d’une telle pratique, on n’éprouve pas seulement du plaisir, mais surtout un sentiment d’harmonie ! Et oui ! Tout le monde à ses lubies.

Si Fukuoka m’a montré le chemin vers une agriculture naturelle, si les anciens m’ont appris à manier la féverole, la vesce et l’avoine qu’ils semaient eux-mêmes avant que l’industrie chimique leur impose le NPK, il me reste à approfondir les gestes de soin qu’une plante malade nécessite. Il me faut absolument produire chaque année… une mauvaise récolte peut anéantir tous mes efforts.

Et c’est là qu’intervient la bio-dynamie… troisième pan de l’agriculture biologique. De la bio-dynamie, je ne retiens pas la dimension ésotérique… ! Mais deux visions m’intéressent énormément : le soin par les plantes dans une démarche presque d’alchimiste voire de sorcière, et la prise en compte d’un phénomène naturel inévitable, les polarités électromagnétiques… à commencer par celles de l’eau, ce qu’on appelle la dynamisation.
Utiliser et comprendre le rapport de plantes avec les polarités naturelles, est un champ de découvertes immense pour moi. Si je dois intervenir dans la vigne, je dois le faire avec une clairvoyance sur les polarités de mes extraits, infusions et tisanes et donc sur leur dynamisation.

En attendant de mettre en pratique ce que je découvre cet hiver, je ne peux que me réjouir de l’hiver que ma vigne va passer… au chaud sous son manteau herbacé.

vendredi 7 octobre 2011

Vendange J+6

Départ 5h30 du matin avec une partie des vendangeurs dans le Land 7 places et une autre sur place au village du Fleix… nous vendangeons aujourd’hui notre parcelle de Barbeyrolle avec ses vieux pieds de 70 ans et plus, de merlot.

Quant à moi, je conduis le camion frigo… l’après-midi sera chaude, il faut faire attention de bien protéger les raisins jusqu’au chai. Dans mon camion, le fouloir du domaine que je dois amener au Fleix comme mon pressoir. C’est l’inconvénient de posséder des vignes loin du cœur de la propriété et dont le rapatriement des raisins pose des problèmes d’organisation et d’argent. Il vaut mieux s’installer dans un chai sur place et amener notre matériel… c’est ce que nous faisons actuellement. C’est un peu difficile pour l’organisation, mais c’est beaucoup moins cher que d’agrandir notre chai… et je ne parle pas de ce millésime où comme le disent les anciens : « il pousse tellement de raisins qu’il en pousse même sur les piquets » ! Toutes les cuves de notre chai en Périgord noir sont remplies à ras-bord. On ne veut oublier aucun raisin car tout est exceptionnel : on a la quantité et la qualité. C’est suffisamment rare pour être dit : le rapport quantité/qualité qui semble irrémédiablement être « inversement proportionnel »… ce rapport est totalement contredit par cette année dans ma région. On a beaucoup de raisins mûrs. Surtout sur ces vieilles vignes où le maillage racinaire est tellement étendu que la plante peut enrichir le raisin pendant très longtemps sans finir prématurément son cycle végétatif. D’où l’idée que l’on fait des grands vins avec des vieilles vignes. C’est vrai… mais on peut aussi faire de bons vins avec des jeunes vignes… car comme pour les enfants… il suffit de les surveiller et les chérir un peu plus !

En tout cas la vendange a commencé tôt le matin par la petite colline où sommeillent des pieds de merlots quadragénaires.

Tout le monde est au travail pour une vendange longue et épuisante. L’organisation de la vendange est toujours la même. Chaque rang de vigne a deux vendangeurs de chaque côté… les premiers arrivés au bout de leur rang aident ceux qui sont en retard… puis tout le monde redescend pour se redéployer… et ainsi de suite. Cette vieille méthode a deux avantages évidents : d’une part ceux qui récupèrent les cagettes de raisin ne sont pas obligés de courir partout et en tout sens avec le risque d’en oublier, et d’autre part, l’équipe reste groupée dans un esprit d’entraide. C’est particulièrement efficace pour le moral dans un travail aussi pénible.

Ce soir, Barbeyrolle est enfin vendangé et mise en cuve… 50 hl de moût particulièrement demandé dans les restaurants périgourdins et chez de nombreux cavistes. Les chiffres sont parlants : 14°, <1 de maliques (in-mesurable), 3,65 de PH, 2,31 d’acidité totale… un vrai bonheur et des précurseurs d’arôme à la dégustation, vraiment intéressants… merci à tous les vendangeurs qui ont dû redoubler d’effort pour éviter de faire éclater les baies en les plaçant délicatement dans les paniers et à ce terroir d’argile noir et de marne calcaire… exceptionnel !

dimanche 28 août 2011

En attendant les vendanges

Une petite information sortie par Wikileaks, le gouvernement américain de Bush, poussé par les grands groupes agro, a fait pression sur plusieurs personnalités européennes pour imposer les OGMs dans notre pays (lire à la fin de l'article sur le lien). ici. Ce qui continue à démontrer que la technologie n'est plus seulement là pour améliorer la condition humaine, mais aussi pour faire tourner le jackpot. Cela donne raison à tous les gens qui se battent contre ce type de dérives... surtout si elles ont un impact imprévisible sur les équilibres naturels, déjà tellement perturbés! J'imagine que cela continue avec l'administration Obama, celui-ci n'ayant pas pris position sur le sujet. En tout cas, les scientifiques qui montent en première ligne pour défendre une telle absurdité, risquent d'être sérieusement discrédités sinon l'objet de suspicions légitimes.

jeudi 28 juillet 2011

Dépression puissance 10

Cela fait longtemps que je n'écris plus sur mon blog. Ce n'est pas faute d'envie, mais plutôt de temps. La précocité de la saison a totalement bouleversé l'organisation des travaux de la vigne, et ce que l'on faisait en trois jours, il fallait le faire au trois/huit... non inclu le blabla sur le blog qui est devenu "la variable d'ajustement" comme on dit en économie! Néanmoins, après avoir entendu et lu le rabachage habituel sur la crise financière, les dettes occidentales et le déclin de l'Europe... bref! une déprime "ethno-centrée"... je voulais vous faire part d'une dépression encore plus grande et plus dangereuse que la perte de notre système de consommation, c'est la destruction planétaire des sols agricoles avec des chiffres émanents de l'ONU qui sont très inquiétants. Pour cela vous pouvez consulter l'article de Dominique Guillet... un peu catastrophiste à mon goût... mais, l'enjeu vaut bien un peu d'émotion: ici.

Sinon, à mon retour de Londres, j'aurai quelques idées à exposer... avec une visite à la Nationale Gallery particulièrement époustouflante.

mardi 17 mai 2011

Tout s'agite

Si la nature est en avance, notre travail est en retard. A peine fini d’attacher les lattes qu’il fallait relever la vigne. A peine la vigne relevée qu’elle se met en fleur à une date incroyablement précoce : 2ème semaine de Mai au lieu de 1ère semaine de Juin ! Si cette marche forcée continue, on aura des dates de vendange plus près de celles du Roussillon que celles d’Aquitaine. A cela s’ajoute une sécheresse qui, sans poser de problèmes aux vignerons, expose les agriculteurs à de sérieux problèmes pour nourrir le bétail dans les mois qui viennent ou faire pousser les céréales. Comme au Japon, la Nature se rappelle à nous et expose notre désir de vivre sans elle à de sérieuses injonctions. Si le décavaillonnage est fait au Petit Manoir, il n’est toujours pas réalisé à Barbeyrolle ! Et vu la sécheresse et la dureté de l’argile, on n’est pas prêt à faire entrer des outils dans les parcelles. On peut tout juste tondre pour maintenir le couvert végétal le plus humble possible.

Les travaux d’épamprage continuent à marche forcée, car si la végétation autour peine à prendre des forces, la vigne, elle, pousse comme si de rien n’était. Le soir on est véritablement épuisé, les muscles sont meurtris et le moral n’est pas au beau fixe. Le côté positif : ce temps sec nous prévient des maladies et les traitements sont véritablement stoppés.

La surveillance des insectes laisse voir un déficit en cicadelles vertes… qui s’en plaindra ? Quelques eudémis se baladent… sans grande conséquence. Toujours pas de cochylis… mais c’est normal avant Juillet. Pas de cicadelle de la flavescence dorée… le pire ennemi se terre quelque part.

Habituellement on attend les jours de pluie pour travailler au chai et faire les soutirages et autres manipulations. Mais là, on a rempli les amphores avec un merveilleux soleil à travailler dehors. Le vin 2010 est vraiment très bon, riche en arômes de fruits noirs avec déjà des cuirs et de la réglisse.

On commence aussi à préparer les mises en bouteilles des Joualles 2010 et du Petit Manoir 2009 qui a été mise en cuve pour l’occasion. Barbeyrolle 2009 est en bouteille depuis une semaine… déjà les commandes arrivent, le dernier millésime vendu était 2006 ! Les Périgourdins prévenus commencent à venir au Domaine pour embarquer les caisses… ce ballet de voitures, les expéditions, les mises et le travail de la vigne… tout cela se télescope et nous donne des journées sans repos.

mercredi 9 mars 2011

labourdeprintemps

Hier, Jean et moi avons décidé de labourer la joualle du Petit Manoir.

C’est la parcelle de la joualle où on sème le blé habituellement. Cette année nous allons faire des pommes de terre, des raves et des citrouilles. Puis le reste sera complété par de l’avoine de printemps comme engrais vert. L’idée est de ne laisser la terre nue le moins longtemps possible. Avec les jours de beau temps et de chaleur, la terre va « prendre saison » comme on le dit chez nous, c’est-à-dire qu’elle va s’émietter par l’action du soleil, et donc prendre une consistance qui va permettre une bonne aération et une souplesse. Le labour peu profond (20 cm) est une facilité pour étouffer les adventices et enterrer les graines indésirables. Je n’ai pas encore la possibilité d’adopter le système de Masanobu Fukuoka, mais j’espère que cela viendra bientôt. « Chaque jours, chaque problème, chaque solution… il faut mettre un pied devant l’autre pour avancer ». Fukuoka est le penseur de la culture sans labour… c’est vraiment l’avenir… mais pour le moment, je conjugue mes verbes au présent, le futur c’est la fin de la taille et le liage dans la foulée… après c’est demain, et demain, ce n’est pas encore l’avenir !

mercredi 16 février 2011

Des pommes pour faire du vin

Aujourd’hui j’ai décidé de « complanter » la joualle !

Vous allez me dire « mais c’est quoi la joualle ? »… et bien oui, je vais vous expliquer car ce principe très ancien de culture, entre dans « les clous » de la biodiversité ! Autrefois, on cultivait la vigne en alternance avec le blé, les fruitiers, les raves potagères, les pommes de terre… bref, tout ce qui pouvait se planter et se récolter. L’idée était de mettre deux rangs de vigne puis du blé, puis deux rangs de vigne puis deux rangs de fruitiers puis trois rangs de raves ou de pommes de terre, etc… L’intérêt de cette pratique n’était pas la biodiversité bien sûr… la destruction alarmante de la diversité végétale n’est apparue qu’au XX° siècle ! L’intérêt est que lorsque l’on passait avec les bœufs pour labourer le champ de blé, on rasait un rang de vigne et du même coup on travaillait son sol. Puis lorsque l’on fumait la parcelle de blé, la vigne en profitait. C’est ce qu’on appelle « d’une pierre deux coups » ! La joualle, qui alterne les vignes, les fruitiers, le blé et les légumes était la conduite presque générale en Périgord et je crois aussi dans toute l’Aquitaine. Ici une trace de joualle en Périgord noir

Cette pratique, disparue chez nous, persiste dans certaines régions du Portugal. Mais la « modernisation » de la viticulture avec son lot de monoculture, d’intrants chimiques et de mécanisation a fait totalement disparaître une conduite pourtant fort intéressante. Car la joualle est la façon emblématique de faire de l’agriculture tout en respectant la biodiversité. Au domaine, dans notre parcelle du Petit Manoir, nous avons tenu à conserver l’ancienne joualle. Celle-ci était faite de pommiers dont nous avons gardé les deux placés aux extrémités de la joualle… en fait c’était les deux qui avaient survécu à l’abandon.

On voit bien le premier à gauche sur la photo, le deuxième est tout en haut près du four en pierre… on le distingue à peine. Sur la gauche on voit la parcelle de blé que nous allons malheureusement changer de place… une plantation de bourdalès y étant prévue. Nous avons reconstitué la joualle en plantant des vieilles variétés de pommiers locales. Seule un pommier « pomme d’api » est d’origine plus générale à la France. Aujourdhui, j’ai replanté un « court pendu gris » et un « museau blanc de lièvre ». Nous avons aussi dans la vigne une joualle de pruniers « d’ente », vieille variété qui a donné le pruneau d’Agen, qui était d’ailleurs Périgourdin d’origine… l’AOC pruneau d’Agen s’étend d’ailleurs jusqu’à quelques kilomètres de mon village… ! Très loin de l’Agenais. Mais pour les pommiers, je me suis souvent demandé la raison de leur omniprésence dans les vignes, avec les pêchers de vigne, bien sûr, qui murissaient aux moments de vendanges et permettaient aux vendangeurs de se nourrir. Les anciens ne m’ont jamais donné de raison… disons… rationnelle. Le plus souvent cette réponse se réduisait à « il faut bien les mettre quelquepart » ou « on a toujours fait comme ça ». Mais, je crois l’avoir trouvé un jour où j’écoutais par hasard une conférence faite par un ingénieur sur l’éthylène. Il expliquait comment on extrait l’éthylène du pétrole, grâce à des fours que l’on appelle des « krakeurs »… qui à très haute température sépare cette molécule du carbone… molécule qui sert à faire le plastique… entre autre. Vous me direz « je ne vois pas le rapport ? ». Et bien si, car à la fin de la conférence, l’ingénieur, pour détendre l’atmosphère avec des propos disons, pour lui, plus légers (il faut dire que l’exposé était assez scientifique), a parlé de l’éthylène dans la Nature. Et il a expliqué que cette précieuse molécule se trouvait partout dans la nature et permettait le murissement des fruits . Il nous a décrit d’ailleurs le principe de transport des bananes qui cueillies vertes, traversent l’Atlantique et ensuite sont entreposées dans d’immenses locaux aux bordures des ports, pour y recevoir un traitement au gaz d’éthylène… afin de redémarrer leur phase de murissement. Pour les bios je ne sais pas ce qu’ils font ! Et, il a ajouté… c’est là que je voulais en venir… que l’arbre qui produisait le plus d’éthylène était… le pommier !!! Il est sûr et certain que les anciens avaient remarqué que la proximité de pommiers augmentait le murissement des raisins… !!! C’est pourquoi nous avons voulu replanter notre joualle de pommiers. Tenez, petit cours de plantation de fruitier : faire un trou avec la bêche (bon ! pour un vigneron, les muscles sont là… pour un citadin, vous pouvez vous prendre à deux fois ou louer une mini-pelle !).

Vous mettez un bon fumier bien décomposé au fond du trou que vous faite profond. Puis vous recouvrez le fumier d’un peu de terre sur laquelle vous placez l’arbre.

Sur cette partie de parcelle ou la terre est souple, c’est un argile limoneux-sableux, nul besoin de faire le trou trop grand, l’arbre n’aura pas de peine à lancer ses racines. Pour une terre à l’argile lourde… prévoyez plus large. Vous remplissez presque le trou avec la bonne terre puis vous mettez un arrosoir d’eau.

Vous finissez de remplir le trou puis vous mettez un manchon qui le protège du gibier

Les chevreuils adorent grignoter l’écorce des fruitiers… c’est comme cela qu’un des pommiers de la joualle est mort. Et voilà la technique pour avoir des raisins bien mûrs… ! Quand j’imagine les millions de pommiers qui ont été arraché des vignes dans les années 1950, parce que cela ne faisait pas moderne… voire même, cela faisait arriéré ! Il n’y a qu’au fin fond du Périgord noir, que l’on en trouve encore… région arriérée ou intemporelle?

lundi 20 décembre 2010

En attendant!

Echappant aux bourrasques de neige qui se sont abattues sur l’Angleterre et sur le nord de la France, j’ai pu enfin arriver en Périgord par l’avion du retour. Le plaisir d’avoir déambulé dans Londres a été vite remplacé par celui de revoir les vignes d’Aquitaine. Gatwick et Heathrow fermés pour cause d’enneigement, l’Angleterre n’avait pas vue tant de mauvais temps depuis des lustres, la peur que Stansted rejoigne les autres aéroports... Heureusement, tel n’a pas été le cas. Ici, en Dordogne, nous sommes épargnés par le déchainement de ce linceul blanc. Mais le froid glace nos doigts et il faut absolument finir les labours. La réalité du travail agricole qu’il me faut accomplir efface les quelques jours d’insouciance citadine. En attendant, je remplace Nathalie dans les tâches œnologiques. Le vin de presse du Petit Manoir a été mis dans une demi-muid bourguignonne de chez .Rousseau

Nous maintenons la température du vin à 19° environ pour que la FM (fermentation malolactique) se fasse : d’où un thermoplongeur engagé par la bonde. Une fois enlevé, j’introduis un bâton en bois pour pouvoir remuer les lies pour les laisser en suspension dans le vin.

Cette opération que l’on appelle le bâtonnage combiné avec une oxygénation, a pour effet de capter des parfums supplémentaires et surtout de donner du « gras » au vin. Grâce à l’absence de sulfites et une chaleur tiède, l’oxygène se combine très bien avec les matières contenues dans les lies. C’est un processus important dans la période d’élevage.

L’important est de ne pas laisser les lies se déposer et ainsi prendre des « mauvaises odeurs ». Il faut beaucoup d’attention pour faire un bon vin… le raisin ne vous donne que ce que vous lui demandez !

mercredi 15 décembre 2010

Vol au dessu d'un nid de ...

Juste avant le décollage, je vous avais parlé de l’aéroport de Bergerac, qui est un aéroport vigneron… parce qu’il est construit au milieu des vignes… et qu’il n’y en a pas beaucoup… d’aéroport vigneron. D’ailleurs, l’aéroport de Bordeaux… et bien ils ont du faire une vigne déco devant la porte d’entrée car il n’y a pas de vignes autour !!! Alors… on a sa fierté, même si je ne suis pas un vigneron Bergeracois… faisant un vin du Périgord noir et non un Bergerac qui est un vin du Périgord pourpre ! Compliqué ! En fait, je reviendrai un jour là-dessus, mais en gros, Bergerac est en Périgord avec une forte tendance bordelaise. Le climat, la géologie et le désire des vignerons, font de cette belle région, une sorte de d’extension du libournais. La rive droite de la Dordogne à Bergerac produit des rouges sur les mêmes coteaux et dans le prolongement de Castillon, Saint-Emilion, Pomerol, Fronsac et Bourg… ce sont les AOC Pécharmant, Côtes de Bergerac et Montravel, avec une production de blanc sur Montravel. La rive gauche de la Dordogne produit des blancs moelleux de type Loupiac, Sainte Croix du Mont, Barsac et Sauternes… ce sont les AOC Monbazillac et Saussignac. Et ne riez pas, Tirecul la Gravière (AOC Monbazillac) a obtenu la note maximum (100) sur le Parker il y a quelques années et dépasse très souvent Yquem en dégustation à l’aveugle. Ce sont tous des vins périgourdins, mais qui regardent franchement Bordeaux. Au Domaine nous sommes situés en Périgord noir dans le Sarladais. C’est le vrai Périgord, celui de Jacquou le Croquant, la Boëtie et Jean Nouvel qui n’a pas daigné construire l’aéroport. Certes nous avons quelques vignes qui caressent le Montravel, mais le cœur du vignoble se trouve enfoui dans la forêt noire du Périgord, sur des coteaux abruptes, dans un pays rustique et sauvage, où les forteresses médiévales nous rappellent des temps anciens et brutaux… qui ont laissé des marques indélébiles sur le sarladais. Chez nous la Dordogne se fait plus sinueuse, la vallée est plus escarpée, le climat est plus rude, la population plus revêche. On y trouve encore de vieux paysans qui appartiennent à une époque révolue… grands héritiers d’un passé agricole qui a commencé au néolithique et a fini en 1960. Ils sont souvent très vieux et disparaissent en entrainant avec eux une mémoire paysanne et un savoir immense… leurs enfants, partis à la ville ou agriculteurs modernes, ont généralement tiré un trait sur la culture de leurs parents. Ils ne parlent souvent plus l’occitan, et n’ont désiré qu’une chose : enlever vite les vêtements de paysan et faire oublier leur origine de « bouseux » ! Bref ressembler à la télé… ! Entre Jean 88 ans que j’ai vu labourer avec le cheval et mon ami Bernard, 50 ans, qui a un tracteur presqu’entièrement électronique, une génération les sépare, mais en réalité c’est deux civilisations qui les distinguent. Tenez ! pour parler de deux civilisations, revenons à l’aéroport. Je suis donc monté dans l’avion d’une compagnie qui s’appelle Ryanair… vous connaissez ? C’est la nouvelle civilisation. Je n’y étais jamais monté dans un Boeing de Ryanair. Et bien l’intérieur du cockpit c’est jaune pétard et bleu azur, avec des pubs sur tous les coffres à bagages et des hôtesses qui portent les mêmes couleurs… bref, on a l’impression d’entrer dans un fast-food… ou à Disneyland ! C’est hallucinant. J’attends que le staff soit un jour déguisé en Mickey. On est en plus les uns sur les autres comme du bétail, et si vous voulez un verre d’eau… ce sera 3 euros ! C’est la société mercantile dans toute sa splendeur… rationnelle et vulgaire. A Bergerac, on n’a pas le choix… alors. En fait, les anglais… ça les dérangent pas ! Après tout c’est leur civilisation. Moi, je trouve ça très « choking » quand même. Ici, à Londres, je suis allé boire un expresso infecte dans une chaîne de débit de café… ! Ça s’appelle Starbuck Café… c’est made in USA à tout point de vue ; On vous sert un expresso fait à partir de café qui a été tellement torréfié que je me demande si ce n’est pas uniquement le « cramé » que l’on boit. En plus ils vous le servent dans des gobelets en carton fermé par un couvercle en plastique avec un petit orifice qui vous permet de le sucer en marchant (comme pour les bébés)… c’est pratique… mais c’est d’une laideur… et le contact de la matière avec vos lèvres… rien à voir avec la céramique ou la porcelaine, je vous assure. Nous, le carton, c’est pour emballer les bouteilles et le plastique pour emballer les cartons… pas le vin. Et bien Starbuck et Ryanair… c’est la même civilisation. Bon… mais j’avoue que le décollage sur l’aéroport (et oui ça n’est pas un aérodrome) de Bergerac avec vue sur les vignes de Monbazillac à gauche, et celles de Pécharmant à droite au crépuscule dans un air froid d’hiver et une lumière tranchante… ça vaut le détour… sauf que j’ai rien vu, j’étais placé au milieu, à côté de l’allée centrale ! Les places ne sont pas numérotées… je ne comprenais pas pourquoi tous les anglais se ruaient pour être les premiers dans la file d’embarquement…en fait, c’était pour prendre toutes les bonnes places dans l’avion. Moi, grand niais, habitué à Air France, Continental, Singapour Airline ou Cathay… les regardant d’un air amusé et arrogant… un vrai frenchy… je suis monté dans l’avion comme un idiot… bon dernier, et quand je me suis retrouvé devant l’allée centrale du cockpit aux couleurs pétardes… hébété par le spectacle qui s’offrait à mes yeux… il ne restait plus qu’un siège libre. C’est alors que je me suis mis à rêver d’une autre civili…… !

mardi 14 décembre 2010

le ciel

Après un cavaillonnage particulièrement intense, et pendant que Nathalie s’occupe du stand du Domaine à Sarlat, je m’envole pour Londres. Je passe du tracteur à l’avion, de la terre au ciel… l’Angleterre terre d’exil pour le Général, terre d’espoir… de rencontres pour moi ! C’est la première fois que je prends l’avion dans l’aéroport de Bergerac. C’est comme celui de Bordeaux… mais en plus petit, et en plus anglo-saxon. En effet, tout le personnel vous aborde en anglais… il faut dire que la presque totalité des lignes sont en direction de la Grande-Bretagne… et oui, la guerre de cent ans était due à la demande pressente du roi d’Angleterre pour qu’on lui restitue les biens des Plantagenêt (la Normandie et l’Aquitaine), l’idée de revendiquer le royaume ne lui est venue que tardivement… et bien nous en sommes revenus aux temps de Jeanne la Pucelle. Heureusement, l’année dernière ils ont ouvert une ligne vers Paris… c’était moins une. Cela dit, Londres ou Paris… qu’importe pourvu qu’on y aime l’ivresse… à vrai dire, il semble qu’on la préfère outre-manche… et c’est tant mieux. J’attends le jour où il y aura une prohibition en France… ! Ce qui est drôle dans cet aéroport c’est qu’il ressemble à tous les autres… c’est comme les hôtels, vous ne savez plus dans quel pays vous êtes… heureusement qu’il y a la langue. La vue de la salle d’embarquement est assez belle, on y voit les vignes de Bergerac et la vallée de la Dordogne, quand elle devient bordelaise, c’est-à-dire plus large et plus plate. J’espérais qu’au moins en Périgord on ferait un aéroport avec un toit en lauze… que nenni, c’est un aéroprt banal…. Sans même la griffe d’un grand architecte. On aurait pu demander à Jean Nouvel notre architecte sarladais au chapeau de croquant et aux bottes de sept lieux d’y faire un ultime exploit… et bien niet… ou no ! Too expensive… j’imagine. Les anglais ont horreur de la magnificence… typiquement latine. Et pourtant ils se ruent sur nos belles maisons…. Mais c’est une magnificence privée… là est toute la différence.

On est passé de Jacquou aux golden boys… c’est tout dire des bouleversements que vit notre pauvre région.