Je n’ai pas l’habitude de m’exprimer sur la politique, non pas que je la dédaigne, m’enfermant dans un individualisme autiste, mais parce que les actes m’intéressent plus que les paroles, et que les mots ont souvent tendance à exprimer des idées qui dispensent les actes de s’y conformer.
Pour moi la politique est constituée de 5 catégories d’intervenants : 1- les politiques, 2- les technocrates, 3-les électeurs qui votent par intérêt corporatiste, 4-les électeurs qui votent par idéalisme, et 5-les réalités nationales et internationales.
La 4ème est celle qu’on entend le plus dans les média, dans les meeting et au bistrot, et qui souvent n’a aucune prise sur les décisions (j’en donnerai un exemple). Pourquoi la 4ème s’entend, parce que les autres, en général ne dévoilent pas leurs mobiles et que la 2ème est soumise à l’obligation de réserve… et que l’être humain adore qu’on lui conte des histoires, ça lui permet de s’échapper du réel.
La première fait de la politique par égo... ou pour défendre de gros intérêts. La 2ème fait et applique une politique la plus froidement rationnelle possible. La 3ème vote à droite si elle est propriétaire, et à gauche si elle veut l’argent de ceux qui en ont. La 4ème rêve mais vie comme la 3ème. Et la 5ème ne nous demande pas notre avis.
De ce constat assez décevant, je l’avoue, j’en ai déduit que la façon de vivre est un acte bien plus politique que tous les bavardages, face aux intérêts puissants qui eux, agissent sans fanfare ni trompette.
Le 28 Novembre dernier, la loi sur les COV est votée par une poignée de députée UMP. Qui en a entendu parler… ? Personne, et surtout pas l’opposition, absente et silencieuse (ça c’est les idées, (liberté, égalité, justice, transparence…) qui n’ont aucune prise sur les décisions). La conséquence de cette loi est d’interdire à terme l’utilisation par le paysan de ses propres semences en les taxant et l’obligation d’acheter dans un futur proche des semences produites par les 4 ou 5 grands semenciers mondiaux. C’est ce qui s’appelle : utiliser la politique pour s’en mettre plein les poches.
Quel est l’intérêt du pays et de la population ? Aucun. C’est juste un vote démocratique dans les formes au service de l’intérêt de quelques-uns. L’intérêt de la population voudrait qu’on multiplie la biodiversité en encourageant les initiatives individuelles ou associatives de localiser à outrance les variétés. Ainsi, on éviterait d’empoisonner la population par l’usage de pesticides et fongicides rendus incontournables par l’utilisation d’un éventail de semences trop réduit. Ce manque de variété favorise le développement des ravageurs, ne trouvant aucune barrière génétique qui généralement sont érigées par la biodiversité.
Eh bien, pensez-vous que ces députés ont voté une loi qui va dans le sens de l’intérêt général ? Que nenni. Ils ont voté pour de gros intérêts, et l’opposition n’a pas bougé pour la même raison… avec en plus l’hypocrisie de l’absence… pour ne pas s’expliquer sur une loi qui est liberticide et clairement orientée gros sous.
Face à ce bulldozer qui fait de la politique avec beaucoup d’efficacité, les bavardages n’ont aucune utilité, surtout si la personne qui les profère vit en ville et va au supermarché. Seule l’action qui engage chaque personne dans sa vie est un véritable acte de résistance et surtout de construction. C’est ce qu’on appelle : la révolution du Colibri.
Venons-en à la fable : la forêt brule, tous les animaux se demandent ce qu’il faut faire. Un seul agit : le colibri (le plus petit oiseau) qui apporte de l’eau pour l’éteindre. Les autres lui disent : « mais pourquoi te fatigues-tu, tu n’apportes pas assez d’eau pour éteindre le feu ? ». Il répond « je sais, mais je fais ma part » !
Et les colibris (c’est-à-dire pour moi, ceux qui véritablement inventent de nouvelles façons de vivre pour répondre aux défis majeurs de notre temps : gestion de l’eau, gestion des déchets, gestion de l'énergie, équité dans le partage des ressources alimentaires, lutte contre la pollution, lutte contre les GAES, préservation de la biodiversité, protection de l’environnement… ) se trouvent surtout dans le monde paysan et peu dans les villes où les populations sont souvent captives à l’intérieur d’un système de totale dépendance alimentaire. Je ne veux pas dire qu'ils ne s'y intéressent pas, mais leur mode de vie contredit leurs paroles... et ils ne sont pas prêt de changer.
Malgré tout, certains citadins sont dans ce mouvement colibri : ceux qui ont promu les AMAPs. Là j’avoue que ce mouvement est passionnant.
Pour moi, l’un des beaux exemples de la révolution du colibri est le Hameau des Buis ici. Les gens qui s’engagent dans ce projet, ne se contentent pas de bavarder, mais construisent une autre proposition de vivre ensemble. C’est pour moi, l’acte politique le plus fort et le seul qui mette en danger ce système fou de superprofits. Et d’ailleurs, je suis persuadé que ceux qui n’en veulent pas, feront tout pour empêcher que cela se développe, ou pour le torpiller ici. Ils seront secondés par les inerties sociales et culturelles… comme l’agriculture biologique en a fait et continue à en faire les frais.
Ce qui est passionnant dans ce type d’expérience, et il y en a plusieurs, c’est qu’une utopie se réalise tout en restant une utopie. C’est paradoxal car utopie est un rêve de société (Utopia) sans existence réelle, qui trace un horizon à atteindre. Vivre en autonomie alimentaire avec des besoins énergétiques réduits ne sera jamais à la portée de tous. Il y aura toujours des hommes pour vouloir manger chinois, japonais, italien, moléculaire, russe, mac donaldien… en dépit de tout… et pour cela il faut des infrastructures de transport et de production qui ne peuvent exister avec un tel engagement de décroissance.
Par ailleurs, il semble difficile de provoquer le mouvement inverse de l’exode rural, Mao a essayé en Chine, résultat : presque 1 million de morts… et je vois mal les habitants de Paris, de Marseille, de Bordeaux, de Nice, de Lyon… revenir en masse dans les campagnes sauf dans leurs résidences secondaires, ou des quartiers chics de Paris décider de détruire des immeubles pour refaire des jardins potagers locaux… où alors, il faudrait des architectes qui les imaginent dans les immeubles ou sur les toits ? Mais après tout on peut rêver !
Surtout la satisfaction infinie des désirs que promet la société de consommation est un moteur de vie irrésistible et qui s’adresse à tous, même à ceux qui ne sont pas des saints… le problème est vertigineux. Mais on ne peut pas prédire l’avenir et la révolution du colibri fait penser à la révolution d'un seul brin de paille de Fukuoka… le plus petit changement peut contaminer l’ensemble comme le battement d’aile d’un papillon à un endroit de la Terre peut provoquer un cataclysme à l’autre bout de la planète : un très sérieux modèle scientifique que l’on appelle « l’effet papillon » découvert par le mathématicien Lorenz. C'est cette action modeste mais déterminée qui constitue pour moi l'horizon politique.
Celle qui sévit dans les média... je l'écoute comme tout le monde et elle m'amuse parfois... comme une vaste farce où les protagonistes ne peuvent pas dire les choses et jouent au "plus menteur je gagne".