Domaine de la Voie Blanche

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jeudi 15 octobre 2009

la chaleur et le froid

Aujourd'hui, je viens d'entendre les oies dans le ciel. Elles ont commencé leur périple qui les mène du Nord au Sud. Le froid arrive, le thermomètre approche les 3° au petit matin. Le froid va progressivement envahir la campagne pendant que les oies migrent, cherchant la chaleur africaine après avoir goûté celle de la Norvège. Le jeu du chaud et du froid est au coeur de ma vinification. Je cherche, par ces températures et leur alternance, à faire migrer les tanins et les parfums, des peaux du raisin vers son jus. Plus je chauffe, plus je découvre des tanins soyeux et des couleurs profondes, mais aussi plus je chauffe, plus je perds mes parfums fruités, ma fraicheur. Alors je refroidis pour emprisonner ces magnifiques odeurs que 10 jours de macération à froid avaient dénichées dans les recoins des peaux. Tout est affaire de choix, soit je cherche des tanins qui me donneront de la puissance et de l'espace, soit je cherche du fruit qui me donnera de la fraicheur et des arômes friands. Trop de tanins, et surtout des mauvais tanins, et la dureté s'impose... trop de fruit, et la légèreté se transforme en superficialité! En fait, il faut goûter, regoûter, encore goûter... ne jamais croire que chaque geste est automatique. L'année dernière les raisins étaient différents. Si j'applique les mêmes gestes aujourd'hui... je n'extrairerai pas les mêmes substances. En fait, ce que je cherche c'est l'intimité du raisin... ce qui est caché en lui et qui chaque année change. Quelquefois je me dis... si tu veux respecter ton fruit, laisse la fermentation se faire d'elle même, va vers le "non-agir", selon la célèbre formule de Fukuoka. Pourtant, il me semble que respecter mon raisin, c'est m'adapter chaque année à ce qu'il m'apporte. Le respecter c'est le dévoiler... c'est vaincre sa timidité qui de simple arôme de raisin, explose en parfums de cuir, de griotte, de cassis, de sous-bois, de framboise, de réglisse... Finalement, c'est comme un rituel où chaque année, le fruit ne laisse deviner ses atours, qu'à ceux qui en font... une quête! Oh! ce n'est pas le Graal... quoique! En tout cas, c'est le moment où, après des mois de labeurs et de labours, le corps tout entier, épuisé par le travail physique... se ramasse en une concentration de tout son être sur la vue et l'odorat pour se fondre dans l'impalpable du goût et la beauté des couleurs. Sans atteindre au sublime de la danse, il y a quelquechose qui s'en rapproche... tant d'efforts physiques au service du "beau" d'un côté... du "bon" de l'autre. Cela ne veut pas dire pour moi que faire du vin est un Art. Certainement pas. Il y a trop de modestie dans ce que je fais pour y prétendre. Et que suis-je sans la nature. Mais en tout cas, on peut faire du vin avec art... ou y tendre. La cuvée "la Métairie" est a 996 de densité... le Petit Manoir à 1015. Le moment est crucial. On est en pleine phase acloolique... donc pas d'extraction... mais par contre, il faut garder la chaleur (25°) pour que les levures aillent jusqu'au bout... ce n'est pas gagné.

dimanche 11 octobre 2009

remontage

Pendant que la cuvée "village" est en train d'évoluer vers la dernière ligne droite, le Petit Manoir, après 10 jours de macération pelliculaire à 10° de température, entame sa fermentation avec déjà 20° dans la cuve. Il a 14°5 de degrés d'alcool potentiels, ce qui veut dire qu'il faut absolument soigner son parcours fermentaire, pour éviter qu'il ne s'arrête en chemin! Chaque jour, il subira un remontage doux et un délestage tout aussi dénué d'agressivité... tout cela pendant la phase aqueuse. Mais avant tout, nous faisons tout avec georges-alain en goutant le moût pour juger des concentrations et d'éventuelles défauts qui pourraient survenir

Au domaine, il n'y a pas de recette toute faite... seule la dégustation nous conduit. Une fois celle-ci nous ayant donné des repères, nous avons décidé, ce soir, de faire un mini delestage, pour aller chercher les arômes prisonniers des peaux, et pour libérer du jus.

Une fois les branchements réalisés nous nous décidons à "écouler" le précieux nectar en lui faisant prendre un peu d'air.

Le jus est déjà presque noir... l'extraction va donc pouvoir se faire tranquillement. On envoi le jus dans une autre cuve en inox

celle-ci est munie d'un "drapeau" qui permet de garder la chaleur de la grande cuve

Ensuite georges-alain, remonte le jus pour l'asperger sur le marc du petit manoir, le briser et extraire le maximum de complexité

Tout ceci se fait deux fois par jour... selon la dégustation. Le Petit Manoir va monter en température... puis je le stabilserai pendant deux jours vers 28° pour le faire redescendre vers 24°. Ceci afin de chercher de l'ampleur, cet espace que nous voulons conquérir