mercredi 7 décembre 2011
La Gabarre
Par marc Dalbavie, mercredi 7 décembre 2011 à 11:27 :: cuisine et vins
C’est un merveilleux moment que nous avons passé au restaurant La Gabarre, restaurant confiné dans une vieille bâtisse en pierre du Périgord Noir, perchée en haut d’un coteau surplombant l’un des méandres sauvages de la douce Dordogne… une vue superbe. Avec cela une ambiance vraiment chaleureuse comme sait le faire Valentine, la maitresse des lieux… pendant que Ludovic jongle dans les cuisines. La Gabarre c’était le bateau à fond plat qui, sur la Dordogne et la Vézère, acheminait les vins du Périgord Noir vers le port de Libourne ou de Bordeaux.
De là, ils étaient assemblés aux autres vins pour être vendus comme vin de Bordeaux… autrefois, il n’y avait pas d’appellation et étaient vendus comme Bordeaux, tous les vins qui arrivaient par voie fluviale à Bordeaux. Ainsi, les deux grands fleuves du Bordelais, la Dordogne et la Garonne, se chargeaient d’inonder la ville d’eau et de vin. Cahors, Gaillac, Duras, Bergerac ou Beaumont en Périgord… participaient à la production du vin de Bordeaux.
L’AOC a eu comme conséquence de remplacer l’unité géographique produite par les fleuves par celle produite par les routes. Autres temps autres mœurs ! Les vignes plantées dans les pentes des coteaux, sont descendues dans les plaines. Le vigneron trapu et robuste, habitué des devers, de la houe, des bœufs et de la vielle a laissé place au chauffeur de tracteur, amateur de mécanique, de rugby, de chanteuses siliconées et de RTT.
La disparition de la Gabarre, c’est la disparition d’un monde. Le lien n’est plus la fluidité de l’eau mais le ruban gluant de l’asphalte. La douce et silencieuse dérive du bateau a été emportée par le vrombissement infernal de la vie moderne.
C’est cette douceur joyeuse que l’on a retrouvé chez Ludovic et Valentine. Le choix du menu était magnifique tant dans l’association vin-met que dans leur succession.
amuse-bouche
Les Joualles
Entrée : Tourtière confit d’oie et foie gras de canard
Barbeyrolle
Plat : Biche en 2 façons, gratin de panais et chartreuse de choux
Le Petit Manoir
Fromage truffé
Dessert : Sablé aux fruits exotiques, mousse coco, glace pain d’épices
L’Alba
Café et Mignardises
Les arômes classiques, toastés, de fruits confits de Barbeyrolle harmonisés par le croquant feuilleté de la tourtière aux riches parfums mijotés du traditionnel confit et le moelleux gras et fin du foie gras était un délice. Le Périgord va bien avec le Périgord. Une fois sorti de la basse cours, c’est dans les bois que le goût s’est exacerbé. La puissance délicate du gibier accompagné d’anciens légumes a succédé à la civilité de l’oie. La concentration du Petit Manoir, avec sa rondeur chaleureuse et riche, son mâché presque satiné, ses arômes de réglisse et de griottes ne s’est jamais si bien porté qu’avec cette double cuisson de biche, savoureuse à souhait, et la fraicheur archaïque du panais et du choux. Quant au dessert, j’avais l’impression de retrouver, décomposé dans le temps, les arômes de l’Alba avec les fruits exotiques, l’onctuosité de la mousse et la fraicheur de la glace. Impressionnant dépliement de mon vin où chaque feuille à l’odeur et à la texture contrastée improvisait sur une des multiples sonorités de l’Alba.
Ludovic est décidément de la veine des grands cuisiniers. Ce que j’apprécie en plus chez lui et chez Valentine, car en fait, c’est un couple qui façonne ce restaurant, est qu’ils entretiennent un lien entre les produits et ceux qui le font. Chaque légume, viande, fromage ou vin est choisi méticuleusement pour ses qualités gustatives et la rigueur artisanale de sa production.
Ludovic et Valentine visitent chacun de leurs producteurs ; maraicher, éleveurs, vignerons… et s’enquièrent des techniques de cultures, des soins apportés aux bêtes, au fromage ou au vin. Ce qui les intéressent c’est la passion de chacun pour son terroir ou pour ses animaux et, comme Ludovic le dit, il n’est que le passeur entre le produit et celui qui le goute. Mais quel passeur !
Décidément, ce dimanche à la Gabarre était un magnifique voyage de saveurs et de parfums, mais aussi de gentillesse et de convivialité. Quel bel écrin pour les vins du Domaine. Quel beau symbole que ce bateau. Merci à tous les deux !