Pendant que le vin finit de fermenter, il faut revenir pour la dernière fois dans les vignes avant la taille pour semer les engrais verts. Pour Le Petit Manoir, le sol est trop sec, l’idéal est d’avoir une bonne pluie pour assouplir la terre, quelques jours de beau temps pour la travailler et semer dans la foulée, puis de nouveau de la pluie pour la levée. Et là… seule la nature me permettra de le faire. Par bonheur, hier il a bien plu et les nouvelles pluies sont annoncées pour dans 5 jours. Je vais pouvoir intervenir.

A Barbeyrolle le sol est souple et a été travaillé juste après la vendange. Comme dans le Saint-Emilion et le Bergeracois, il a plu fin Septembre et la sécheresse est moins sévère que dans le Périgord noir. Les pluies de jeudi étaient annoncées, Mercredi était le moment d’intervenir.

Le problème lorsque l’on a deux vignes distantes de plusieurs dizaines de kilomètres est qu’il faut deux tracteurs identiques aux deux emplacements et déplacer le matériel d’un endroit à l’autre. J’ai donc amené le cultipaker et le semoir à Barbeyrolle… il faut le décharger … heureusement, Monsieur Blanchet qui héberge notre tracteur a une vieille fourche à fumier qui faute de ne plus déplacer de fumier pour cause de retraite, n’en est pas moins utile pour décharger mes outils.

L’avantage d’avoir un château au milieu des vignes est très appréciable, on n’a pas besoin de sillonner les routes avec le matériel. Nous n’avons pas ce privilège et chaque travail à la vigne est précédé d’une organisation pour acheminer le matériel. A moins d’avoir tout le matériel en double, ce que je n’ose même pas envisager vu le prix des machines agricoles, pas d’autre solution que le transport.

La technique que j’ai adopté pour le semis est de ne pas multiplier les passages de tracteurs et de combiner le semoir, en le plaçant à l’avant du tracteur, et le rouleau (cultipaker) à l’arrière.

Ainsi, en un seul passage, mon semis est fait. C’est le même principe qu’appliquent les céréaliers à un détail près… ici tout est adapté à la vigne, c’est-à-dire tout est en miniature. L’idéal avec ce genre d’outil qui ne sert qu’une fois dans l’année aurait été de le partager avec d’autres viticulteurs… mais je suis le seul à pratiquer les engrais verts dans mon coin… ! Il a fallu s’équiper soi-même.

Si le semoir Delimbe est neuf, impossible d’éviter cet achat si l’on veut profiter de la nouvelle technologie, j’ai, par contre bricolé mon cultipaker.
Ayant trouvé un vieux cultipaker très large dont l’axe était cassé au centre et dont une longueur de 1m50 était intacte, j’ai fait tout reconstruire cet outil sur la partie intacte qui en largeur correspond exactement à la largeur de mes vignes à 2m. C’est de la récup… mais, en agriculture, il n’y a pas de petites économies… d’autant que les matériels anciens sont souvent plus solides que ceux actuels.

Ainsi, une fois sur place, on fait le plein d’avoine

Et nous voilà parti dans Barbeyrolle avec ses petites collines si pentues

Ici, ce sont les seules vignes à trois mètres que nous avons, et il faudra malgré tout un aller-retour à chaque inter-rang. Quant aux vignes à 2 mètres, il faut un chauffeur particulièrement aguerri… et c’est le cas de Jean-Guy

Hors de question de varier d’un cm… on accrocherait la vigne… avec les dégâts qu’on imagine

A 7km/h le moindre accrochage ne pardonnerait pas. Comme en plus il faut faire vite car toute la vigne doit être semée avant les pluies du lendemain… un incident pourrait compromettre quelques parcelles. Si le temps se mettait à se dégrader et à nous faire entrer dans l’hiver… on ne pourrait plus intervenir dans les vignes.



Jaime beaucoup regarder cet argile « bleu » de Barbeyrolle typique des terroirs de Montravel.

Comme on le voit sur cette photo, la terre est très grumeleuse, avec une structure humique très riche. C’est cet humus que je souhaite préserver et enrichir. Sa couleur montre une grande fertilité mais sans excès.
Les pentes permettent un bon drainage naturel, c’est un terroir qui respire. La roche marneuse est a à peine 40cm… les vieux pieds plongent dedans avec bonheur. Cela confère a notre Barbeyrolle cette souplesse, cette rondeur et ce fruité si délicieux. Et toute la finesse d’Alba vient de précieux sol. Notre volonté avec Jean-Guy est de le cultiver comme un jardin, avec les mêmes soins et la même attention.

Jeudi, 15mm de pluie sont tombée… il fait beau, on va pouvoir préparer le sol au Petit Manoir. Deuxième semis d’engrais vert prévu lundi… le temps semble nous sourire… à partir de mardi, des litres d’eau arrivent… parfait pour la pousse de l’engrais et enfin l'annonce que nous sommes bien maintenant en Automne avec ce matin les premières gelées blanches.