Le soleil est en train de se lever et lance le signal de la vendange

Il faut suffisamment de lumière pour vendanger à la main et c’est le soleil qui nous guide. Avec une vendangeuse mécanique, il est possible de vendanger la nuit, ce qui est particulièrement intéressant pour les rosés. Nous n’en faisons pas au Domaine.

Tous les vendangeurs sont en place pour le travail. Il fait un peu froid et le soleil ne réchauffe pas encore la vigne.

L’ambiance est toujours très bonne pour la vendange même si le travail est pénible. Il faut trier les grappes et surtout ne pas les abimer. L’important est qu’elles arrivent intact au chai.

Lorsque le soleil réchauffe la parcelle, on sent un réel bienfait et le travail s’accélère ainsi que les chants de certaines vendangeuses qui commencent à s’entendre.

Ce travail agricole, pénible mais partagé en commun avec d’autres personnes, est toujours exaltant. Le remplacement par des machines est pour moi un véritable problème. En dehors de la recherche qualitative que permet la vendange manuelle, elle préserve des relations humaines qui sont si nécessaires.

Nous vendangeons une parcelle de cabernet sauvignon à la vendangeuse mécanique. Je ne fais pas de vin avec ces raisins, je les vends. Mais quelle tristesse le jour où je fais cette vendange. Le conducteur de la machine est seul dans sa cabine et moi je suis seul dans mon tracteur à attendre qu’il me déverse les raisins dans ma benne. Souvent c’est à 5h00 ou 6h00 du matin, les projecteurs font office de soleil.

Puis je vais décharger les fruits à la coopérative de Port Sainte Foy dans un immense bac mécanique où la vendange est pesée puis ventilée dans une cuve. Je repars avec mon billet où tout est consigné : poids, degré alcoolique potentiel, état de la vendange de saine à pourrie. Puis je repars… n’ayant vu que 2 ou 3 personnes… aucun chant n’est là pour m’enthousiasmer. Seuls les bruits des moteurs m’ont accompagné. Aucun rire, aucune discussion enflammée autour d’un repas au milieu des vignes partagé avec d’autres… c’est le progrès !



La plupart de nos vendangeurs sont des jeunes. Ils sont entre deux états, à peine sortis de l’école ils ne sont pas encore installés. Ils vont de petits boulots en petits boulots, profitant de ce moment de liberté pour aller à la rencontre des autres. Certains dorment dans des tentes en bordure de la vigne. Il y a chez eux comme une sorte de quête avant le moment où ils prendront un travail permanent. Ils ne veulent pas tout de suite entrer dans le moule social et économique de notre société avancée. Ils se laissent un peu de temps.

L’ambiance des vendanges est ainsi souvent joyeuse. Cela tranche avec la pénibilité du travail… je dois même avouer que plus le travail est pénible, plus le groupe se soude. J’avoue que cela ne rentre pas dans les critères de jugement moderne sur les conditions de travail, mais je l’ai souvent observé, travailler dur ensemble provoque quelquefois une vraie fraternité. Dans mon tracteur, seul, à placer ma benne au centimètre près de la machine à vendanger… il n’y a que le stress de commettre une erreur qui m’accompagne. Certes ce n’est pas pénible, mais lorsque je reviens chez moi, il y a comme un sentiment d’inachèvement qui m’envahi. Je sais que je viens de vendanger, mais je n’arrive pas à le sentir et je n’éprouve pas cette joie de la fin de vendange quand le raisin est à l’abri dans le chai et que épuisés, tout le monde s’assoit pour un dernier repas. Triste tropique !