J'avoue écrire rarement sur la façon avec laquelle je vinifie. Est-ce une pudeur de ma part? ou un manque d'intérêt pour cet aspect si important? Ni l'un ni l'autre. En fait, tous mes efforts sont tournés vers la vigne, même si la moitié du temps est consacrée au chai, de la fermentation à la mise en bouteille en passant par les soutirages, filtrages, élevages divers et variés...

Je dois dire que mon soucis est avant tout d'amener dans la cuve le raisin le plus interessant. La transformation est chez moi assez simple et, je n'ai aucun intérêt pour l'oenologie intensive, je me contente de faire une vinification la plus naturelle possible. Elle se résume en une macération pelliculaire à froid, une fermentation à basse température, une cuvaison longue, des pigeages en début de cycle, un soutirage, pressage du marc, élevage en amphores, en barriques et en cuves selon les vins, un filtrage avant la mise en bouteille... et puis c'est tout. Bien sûr, je goûte énormément au cours de tous ces gestes que j'accomplie qu'à certains moments, mais rien de particulier... enfin rien qui vaut d'être raconté.

Alors que le cycle de la vigne me semble receler le plus de mystère et de richesse. Lorsque l'on amène des raisins à maturités, les parfums s'accroissent de façon extrêment complexes, alors qu'un geste oenologique n'apporte finalement qu'un élément simple dans la recherche de la qualité et il faut multiplier les gestes pour obtenir ce que la nature fait de toute façon mieux en préservant la santé.

Il y a quelquechose de tout à fait inexplicable dans l'équilibre gustatif que nous amène un bon produit naturel. Je n'ai pas les mots pour le décripter. Mais, il y a quelquechose de "non-standard", de surprenant dans un fruit mûr ou un légume très bien cultivé. Finalement, la cuisine que j'aime est souvent celle qui préserve le goût du produit de base... et même qui le sublime... et cela arrive.

Et bien mon vin tente d'être comme cette cuisine, la vinification n'est là que pour préserver l'intégralité des qualités du fruit. Tout se fait en douceur, rien n'est technique, mon chai est d'ailleurs assez rudimentaire... seul la passion fait office de technologie.

Mais après tout, c'est ce qu'il y a dans la bouteille qui finalement justifie le parcours, et bien, une fois n'est pas coutume, j'annonce que le nouveau guide Hachette 2012 vient de nous décerner un coup de coeur pour le Petit Manoir 2008. C'est pour nous une belle récompense, même si elle vient après le succés que ce vin et Barbeyrolle ont eu auprès de plusieurs cuisiniers et sommeliers de restaurants étoilés et non-étoilés. C'est pour nous un énorme encouragement dans la poursuite d'un projet un peu fou: refaire vivre un vignoble presque totalement disparu, avec une infrastructure viti-vinicole quasi-inexistante (labo oeno, négoce, courtiers, travailleurs qualifiés, Distributeurs d'outillage, Cuma agricole, aides en tout genre...), nous obligeant à faire des kilomètres à chaque fois qu'un outils tombe en panne ou qu'un produit phyto manque... Certes, nous ne faisons pas du vin au Cambodge comme un paysan cambodgien le fait actuellement avec même des problèmes pour acheminer les bouteilles vides et pour avoir suffisamment d'électricité... un système Nowatt, mais subi celui-là. Néanmoins, le défis reste entier sans parler de l'idée très répendue chez le consommateur, que seules les aires d'appellation ont des bons terroirs!

Il faut lutter contre tous ces préjugés et convaincre client par client, verre après verre, de l'autenticité du terroir viticole en Périgord Noir. Le travail semble ainsi porter ses fruits car l'afflu de commandes est tel que notre poste étiquetage-encapsulage-encartonnage arrive a grand peine à suivre le tempo malgré un quasi plein temps. Que cela sera-t'il lorsque le guide 2012 sortira? Nos stocks étant déjà bien entamés voire presque épuisés pour certaines cuvées!

Entretemps nous irons à Paris début Septembre pour la gran-messe organisée par le Guide Hachette et ferons déguster le Petit Manoir 2008 (du moins les bouteilles qui resteront).