Terroir et printemps
Par marc Dalbavie, mardi 26 avril 2011 à 23:52 :: SAISONS :: #194 :: rss
Le printemps est très en avance. Il faut compter au moins deux semaines avec en prime une sécheresse qui rend les agriculteurs inquiets. Les semis sont en terre et l’eau n’étant pas au rendez-vous, les semences stagnent avec le risque de ne jamais pousser. Certains ont déjà sorti leur rouleau d’irrigation… généralement utilisés uniquement à partir de juillet ! Pour la vigne, tout dépend de la profondeur de son enracinement. Si le sol n’est pas travaillé, les racines ne plongent pas et restent proches de la surface là où il y a de l’eau (de pluie) et de la nourriture. Dans le cas contraire, les racines sont contrariées en surface et la vigne cherche plus en profondeur la tranquillité et la nourriture. Le résultat est qu’elle trouve une hydratation plus régulière en profondeur et donc résiste bien aux variations météorologiques avec les alternances d’eau et de sécheresse.
Les sols argileux avec présence de la roche mère pas très loin sont idéaux pour la vigne, car l’argile par temps de sécheresse à tendance à se rétracter entrainant des fissures. Celles-ci provoquent, d’une part l’introduction d’air en profondeur et coupe les petites racidelles en surface obligeant la vigne a en produire plus profondément. L’air créé un humus en profondeur, là où se trouvent la plupart des racines de la plante, et la roche mère, par effet de capillarité provoqué par la sécheresse en surface, fait remonter de l’eau emmagasiné en Hiver (si le sol a été « ouvert », c’est-à-dire travaillé).
Une fois la pluie revenue, l’argile se dilate de nouveau, les fissures se referment, l’oxygène emprisonné en sous-sol combiné à l’eau provoquent un accroissement de la vie organique… la vigne en profite, d’où le paradoxe par temps sec : la vigne est d’un vert intense alors que le reste de la végétation tant à jaunir.
La roche mère, quant à elle, cesse de faire remonter l’eau mais ré emmagasine celle qui arrive. Ces flux verticaux provoquent des échanges eau-air-minéraux qui stimulent la vie en profondeur pour le plus grand plaisir de la vigne. Tout cela se fait naturellement à la condition que le sol soit travaillé, c’est-à-dire que le terroir soit mis en action. Je vois déjà votre question poindre : « Si cela se fait naturellement, pourquoi travailler le sol ? ». Ah ! Ah ! Et bien c’est là que la notion de terroir apparait… du moins pour moi. La vigne est une plante de marécage à l’origine. C’est pourquoi elle a besoin d’eau régulièrement. L’homme a eu l’idée de la planter dans des endroits non humides, c’est à ce moment que l’on passe de la terre au terroir. A force d’essais il s’est aperçu qu’une humidité légère en profondeur donnait les meilleurs résultats. L’irrigation régulière additionnée d’un sol différent des boues marécageuses, provoquent la production de raisins qui arrivent à maturité avec une bonne concentration des sucres ; la vigne n’étant pas dans son élément naturel, elle se défend en optimisant sa reproduction (les pépins sont entourés d’un environnement riche en sucre entre autre). Comme disent les anciens, il faut que la vigne « souffre » pour faire du bon vin. Mais aussi, il faut qu’elle ne souffre pas trop ! Tout est affaire de seuils et d’équilibre. Le terroir, c’est le sol, la plante et l’homme dit-on généralement. Mais l’homme évolue et du Cro-Magnon ou de Tautavel, à celui qui marche sur la lune… de quel Homme parle-t-on ? Et là, le débat est sans fin ! Je promets d’y répondre un jour… ou en tout cas de donner mon point de vue.
Un de mes amis anglais et scientifique de surcroît, grand amateur de bons vins, me dit un jour que l’on arrivera à faire du vin sans culture. Il suffira, grâce à la recherche scientifique, de combiner les arômes artificiels de telle manière que « le vigneron » produira le vin désiré par lui ou par ses clients. On n’est plus là dans la cadre de l’agriculture hors sol, mais plutôt in vitro. Pour lui, à partir du moment où même un œnologue ne pourra faire la différence au nez entre un vin naturel et un vin in vitro, ce nouveau breuvage sera du vin ! Seule compte la perception du consommateur ! Pourquoi pas ? Le Château Margaux deviendra le Laboratoire Margaux… ! Qui d’ailleurs pourra produire du Margaux, du Chambertin, du Barolo, du Yquem ou du Petit Manoir (et oui ! on a sa fierté) à la demande. L’autre jour, ayant mangé à la maison et dégusté avec plaisir notre vin « néolitique » il a ajouté en partant : de toute façon, il faudra commencer par irriguer les vignes en France. Ah ! Ces anglais. On ne les changera jamais. Ils voient de l’eau partout et s’imagine que l’homme n’est qu’un consomateur.
En attendant, pendant que mes voisins laitiers ou éleveurs craignent pour leur production, les bourdalès se développent sans entraves (la photo a bien une dizaine de jours).

J’aime particulièrement cette taille en corbeille

La plante forme une couronne qui est vraiment jolie. Le bourdalès aime bien cette taille traditionnelle car ses grappes, fermes avec une attache vigoureuse, se déploie sans s’entasser et profite au maximum de l’air et du soleil. Le seul problème de cette conduite et qu’elle ne peut se mécaniser… elle demande pas mal de travail manuel pour la faire… dans la perspective de la baisse des coûts de production… on n’est pas bons élèves, par contre elle ne demande par la suite aucun travail en vert sauf l’épointage, lui aussi manuel (pas de rogneuse).
Heureusement pour mes amis agriculteurs, l’eau est arrivée hier (3 litres au m2). C’est pas beaucoup mais c’est toujours ça ! De toute façon, les pluies sont annoncées pour la fin de semaine… les traitements ont déjà commencé au domaine avec l’apport de bouillis bordelaise, de soufre et d’extraits d’ortie. Le manège des pulvés a commencé, il finira en Août ! C’est la partie la plus ennuyeuse du boulot de viticulteur.
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