Le décavaillonnage
Par marc Dalbavie, jeudi 14 avril 2011 à 21:08 :: SAISONS :: #193 :: rss
La semaine dernière était la dernière ligne droite pour décavaillonner sous le rang.

C’est le fameux désherbage qui pose problème dans la vigne et qui fait que de nombreuses propriétés viticoles n’osent pas se lancer dans le bio. En effet, l’utilisation de défoliants et autres désherbants chimiques permet avec un petit pulvérisateur et deux buses dirigées sous les pieds de vigne, d’enlever les adventices à une vitesse qu’aucun désherbage mécanique ne peut atteindre. La vigne du Petit Manoir qui fait deux hectares nécessite un jour et demi de décavaillonnage mécanique.
Si je le faisais chimiquement, deux heures sont suffisantes. Il n’y a pas photo comme on dit. Et si je devais juger cela uniquement d’un point de vue économique, le bio devient irréaliste et rétrograde. C’est le problème à tout voir par la lorgnette des économistes. Comme je l’écris souvent, je ne jette la pierre à personne, l’arrivée des herbicides a été un progrès immense et a débarrassé les vigneron d’un travail très pénible, beaucoup de décavaillonnages se faisaient à la main. C’était un progrès jusqu’au jour où l’on a découvert que l’arrivée massive de ces produits sur les sols a fini par poser des problèmes de pollution que l’on n’imaginait pas. Pollution à laquelle s’est rajouté des problèmes de structure et ensuite des problèmes de fertilité.
Cela dit, décavaillonner n’est pas une partie de plaisir. Au domaine on a fini le dévaillonnage la semaine dernière… un peu tard je l’avoue. Et pourtant on se lève à l’aube et hop sur le tracteur avec la fraicheur matinale

Ils annoncent une très belle journée, c’est parfait pour ce travail. Le sol est sec tout en étant frais à deux centimètre de profondeur… les dents du Naturagriff vont parfaitement pénétrer dans l’argile, le soleil et les chaleurs annoncées vont finir de tuer les adventices ainsi secouées par la machine. C’est la deuxième façon ; la première étant le cavaillonnage de l’hiver. La troisième façon sera un autre passage des griffes du Naturagriff sans doute après la fleur, et si l’été est pluvieux et que l’herbe continue à pousser en Aout on fera une quatrième façon mais unique en tondant sous le rang avec des tondeuses qui remplaceront les griffes sur l’outil.
Le résultat de cette technique me convient. Voici le rang avec son cavaillon fait cet hiver

Le cavaillon a reçu le gel et toutes les intempéries de l’hiver, résultat, il a étouffé les adventices poussée à l’automne, et il s’est assoupli par l’action du gel. Résultat, le rang avec son cavaillon enlevé

Il reste encore un peu d’herbes sous les pieds de-ci delà… mais le travail n’est pas mal. Une finition manuelle peut être faite si l’on fait visiter la vigne, mais pour faire du bon vin… c’est parfait. Par ailleurs, le travail du sol est vraiment très beau

La terre est très souple et grumeleuse sous les pieds ; humus, structure et aération permet d’obtenir cette fertilité tant recherchée. Les Bourdalès sont aussi passés chez le coiffeur

Les merlots ont aussi reçu leur part du grattage

Avec Nathalie qui continue d’attacher les lattes, pendant que je décavaillonne… très concentrée
Et très près de mes jeunes pieds (en effet j’ai installé un siège avec des manettes pour pouvoir moi-même travailler sous le rang). Les jeunes pieds sont fragiles, et je ne veux pas utiliser le système automatique de la machine, le réservant pour les vielles vignes.
De toute façon, l’important est de faire ce travail quand il fait soleil, c’est la condition de sa réussite.

Par contre la réussite sur la maitrise des coûts de production… ! Cela reste une question majeure que seuls les amateurs de vin bio, peuvent comprendre… une vigne ainsi travaillée demande des prix de vente sensiblement plus chers. Pour le moment, c’est le client qui en paie une grande partie, puis l’Etat et l’Europe grâce aux aides qu’ils fournissent à la conversion à l’agriculture biologique. Le vigneron, quant à lui, doit y croire car cela l’oblige à un engagement dans sa vigne qu’il ne compte pas dans le prix… sinon son vin serait inabordable.
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