Printemps précoce
Par marc Dalbavie, mardi 5 avril 2011 à 23:38 :: SAISONS :: #192 :: rss
Le printemps est bien tôt cette année. Les cerisiers sont en fleurs et le spectacle est toujours très beau et émouvant.

Tout le monde éternue depuis trois semaines, ce qui indique une effervescence pollinisatrice. Je me demande toujours pourquoi il y a tant d’allergies aux pollens depuis quelques années. Moi-même j’y suis sensible, particulièrement aux fruitiers.
Il y a beaucoup de recherches sur ce sujet. Et ce que l’on lit parfois est que cette sensibilité est sans doute due à notre plus grande fragilité… la pollution, le mode vie à la fois stressant et confortable… bref, une autre raison de pester contre le monde moderne. Mais, je me demande si la raison n’est pas plus inquiétante.
Mon ami jean, du haut de ses 89 ans de vie paysanne, me disait l’autre jour qu’enfant il ne connaissait personne sujet aux allergies printanières. Et je me suis demandé si cela n’était pas dû à la baisse de la biodiversité ? Si, si… ne riez pas… cette question me taraude depuis quelques temps. Vous allez me dire : « encore sa biodiversité… il en met partout…. C’est un cliché éculé…. Encore ses obsessions… il manque d’imagination… il radote… ! ». Bon ! Vous avez sans doute raison, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que la multiplication des vergers immenses où se concentre une voire deux variétés d’arbres, la normalisation européenne qui a réduit les variétés fruitières à quelques-unes autorisées d’exploitation (on est passé de plusieurs milliers de variétés de pomme à 5 ou 6 commercialisables !), cette tendance lourde projette au mois de mars des milliards de particules de pollen identiques. C’est impossible que le bombardement des mêmes particules, de même format, de même structure génétique, de même constitution sur nos muqueuses nasales ne finit pas par les irriter, et ensuite entrainer les réactions de défense immunitaires que l’on sait. S’il y a un médecin dans mes lecteurs, je lui lance cette hypothèse, je serais heureux d’avoir son avis.
Autrefois, les arbres fruitiers étaient disséminés dans les fermes. Chaque famille avait ses arbres répartis sans ordre ni rang. Ceux-ci étaient souvent le produit d’un clonage local de proche en proche. On favorisait les arbres le mieux adaptés aux sites géographiques où ils poussaient. Il n’y avait pas de traitement… je le rappelle. On ne sélectionnait pas les arbres qui tombaient malade. D’où une infinie variété de fruits qui avaient toutes sortes de formes, de goûts, de couleurs… et qui étaient « rustiques » comme on le dit en agriculture, c’est-à-dire résistants aux maladies. Dans mon verger, il y a plusieurs pommiers dont les noms sont aussi poétiques qu’inconnus du grand public : museau de lièvre, court pendu gris et rouge, cœur de pigeon, sainte-germaine, pomme d’ile, grosse mignonne, pomme d’anis, belle de bostock, pomme d’api… toutes disparues des étalages et pourtant si délicieuses.
Bon, pour revenir à la viticulture, Alors qu’à la même date, l’année dernière, le stade pointe verte était la règle, les feuilles apparaissent déjà sur mes cabernets francs, mes merlots et mes bourdalès !

Plus le débourrement est tôt, plus les chances de maturité en fin de saison s’accroissent… mais plus le danger de gelées tardives augmente avec les catastrophes que l’on imagine.
En plus, cela bouleverse l’organisation des travaux viticoles. Ce que j’avais prévus faire dans 15 jours, je dois le faire cette semaine. Ce que j’avais prévu de faire aujourd’hui, je dois le faire avant-hier !! Le soir, il faut tout réorganiser, téléphoner de tous les côtés pour faire venir tel saisonnier, tel fournisseur, déplacer tel rendez-vous, retarder la mise en bouteille prévue au même moment qu’une intervention imprévue à la vigne… bref, c’est la lutte contre le chaos. Tout est bringue boulé. Le décavaillonnage devient urgent, il faut donc préparer la machine, la réviser, appeler le constructeur pour l’envoi des pièces de rechange qui casseront inévitablement, vérifier les systèmes hydrauliques des tracteurs, préparer les pulvérisateurs qui sont toujours en hivernage… les traitements commençant 15 jours en avance cette année… et j’en passe. Un vrai casse-tête.
Et le liage des lattes n’est pas fini (comme à Saint-Emilion et Pomerol où Nathalie est passée hier…. Ah ! ah ! on n’est pas les seuls). Aucune année ne se ressemble. C’est le changement dans la continuité. Quel millésime nous prépare 2011 ? nul ne saurait le dire encore… le 2010 est en tout cas un très bon millésime dans le Périgord.
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