Comment être fagoté à l’ancienne
Par marc Dalbavie, mercredi 19 janvier 2011 à 23:51 :: SAISONS :: #182 :: rss
La technique de faire des fagots dans la vigne, si rependue il n’y a pas si longtemps, est maintenant totalement abandonnée et ceci pour plusieurs raisons : le temps pour constituer de fagots n’est plus rentable en terme de coût de main d’œuvre, l’utilisation des fagots (principalement pour alimenter les fours à pain) est devenues obsolète (hors folklore touristique) et l’utilisation des fagots souvent par les ouvriers agricoles (c’est même toujours un droit il me semble) n’est plus du tout pratiquée, ceux-ci ne se chauffant plus au bois, j’imagine, la généralisation de l’écobuage pour la protection du végétale ou du broyage des sarments pour la fertilisation a définitivement achevé la tradition du fagot de sarments de vigne. Vous me direz que l’entrecôte bordelaise grillée sur sarments de vigne est toujours plébiscitée par les gastronomes… certes, mais cela ne représente qu’un très faible taux pour le recyclage des produits de nos tailles. Dans cette peinture du moyen-âge, on voit derrière le tailleur à la serpette, une femme constituer le fagot avec un lien, non pas en fils, mais en tige de châtaignier.

J’ai voulu demander à Jean de me montrer la technique de liage du fagot à l’ancienne… ce n’est pas pour faire Chroniques Paysannes d’Autrefois aux éditions France Agricole… ni Les Paysans de Jean-Claude Bringuier ou Profils Paysans de Raymond Depardon… mais tout simplement, j’avais à côté de moi une encyclopédie vivante détenteur d’un savoir qui remonte à la nuit des temps, et que ce savoir, le transmettre est un bonheur pour lui et un trésor pour moi. Comme je ne suis pas pingre, j’aime partager ce type de trésor… particulièrement quand le résultat est, je trouve, très beau. La première chose que Jean a faite est de couper une tige d’un rejet de châtaignier.

Pourquoi le châtaignier ? Parce qu’on utilise la torsion pour fixer le lien, hors le châtaignier supporte très bien la torsion, c’est-à-dire que jeune, la tige ne casse pas. Une fois le lien trouvé, il faut constituer le fagot

Les petits groupes de sarments sont rassemblés en bout de rangs… très important, ils doivent être tous orientés du même côté, c’est-à-dire apex d’un côté, attache pampre de l’autre. Ensuite, on effectue une torsion sur la tige en la tournant comme une manivelle.

Cette torsion va permettre de constituer l’œil à travers lequel on va introduire l’autre bout de la tige

Une fois la tige introduite, on sert le fagot

Puis on fait une deuxième torsion sur le bout de tige

Cette deuxième torsion va provoquer une tension sur la tige

Qui va avoir pour résultat de faire ressort sur le bout que l’on pourra ainsi bloquer dans les sarments

Une fois fagoté, les sarments ne bougeront plus pendant des dizaines d’années voire plus. Jean ainsi se saisit de son fagot qu’il utilisera pour son four à pain… qu’il allume une fois par an… grillons d’oies et pruneaux obligent.

Jean a fait les mêmes gestes que la femme sur la peinture médiévale… le lien du fagot est le lien que nous tissons avec l’humanité qui nous a précédé… humanité remisée dans les greniers que la consommation frénétique qui nous aliène, nous force à mépriser et à déporter. Le culte des morts à fait place au culte du supermarché ! « Ici et Maintenant » disait le slogan en 1968 ! Avec la globalisation, « ici » disparaît, reste « Maintenant »… pour faire quoi ? Se distraire, s’amuser, s’abrutir… le fun quoi… bref ! en fin de compte… oublier.
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