Vol au dessu d'un nid de ...
Par marc Dalbavie, mercredi 15 décembre 2010 à 21:54 :: Humeurs :: #176 :: rss
Juste avant le décollage, je vous avais parlé de l’aéroport de Bergerac, qui est un aéroport vigneron… parce qu’il est construit au milieu des vignes… et qu’il n’y en a pas beaucoup… d’aéroport vigneron. D’ailleurs, l’aéroport de Bordeaux… et bien ils ont du faire une vigne déco devant la porte d’entrée car il n’y a pas de vignes autour !!! Alors… on a sa fierté, même si je ne suis pas un vigneron Bergeracois… faisant un vin du Périgord noir et non un Bergerac qui est un vin du Périgord pourpre ! Compliqué ! En fait, je reviendrai un jour là-dessus, mais en gros, Bergerac est en Périgord avec une forte tendance bordelaise. Le climat, la géologie et le désire des vignerons, font de cette belle région, une sorte de d’extension du libournais. La rive droite de la Dordogne à Bergerac produit des rouges sur les mêmes coteaux et dans le prolongement de Castillon, Saint-Emilion, Pomerol, Fronsac et Bourg… ce sont les AOC Pécharmant, Côtes de Bergerac et Montravel, avec une production de blanc sur Montravel. La rive gauche de la Dordogne produit des blancs moelleux de type Loupiac, Sainte Croix du Mont, Barsac et Sauternes… ce sont les AOC Monbazillac et Saussignac. Et ne riez pas, Tirecul la Gravière (AOC Monbazillac) a obtenu la note maximum (100) sur le Parker il y a quelques années et dépasse très souvent Yquem en dégustation à l’aveugle. Ce sont tous des vins périgourdins, mais qui regardent franchement Bordeaux. Au Domaine nous sommes situés en Périgord noir dans le Sarladais. C’est le vrai Périgord, celui de Jacquou le Croquant, la Boëtie et Jean Nouvel qui n’a pas daigné construire l’aéroport. Certes nous avons quelques vignes qui caressent le Montravel, mais le cœur du vignoble se trouve enfoui dans la forêt noire du Périgord, sur des coteaux abruptes, dans un pays rustique et sauvage, où les forteresses médiévales nous rappellent des temps anciens et brutaux… qui ont laissé des marques indélébiles sur le sarladais. Chez nous la Dordogne se fait plus sinueuse, la vallée est plus escarpée, le climat est plus rude, la population plus revêche. On y trouve encore de vieux paysans qui appartiennent à une époque révolue… grands héritiers d’un passé agricole qui a commencé au néolithique et a fini en 1960. Ils sont souvent très vieux et disparaissent en entrainant avec eux une mémoire paysanne et un savoir immense… leurs enfants, partis à la ville ou agriculteurs modernes, ont généralement tiré un trait sur la culture de leurs parents. Ils ne parlent souvent plus l’occitan, et n’ont désiré qu’une chose : enlever vite les vêtements de paysan et faire oublier leur origine de « bouseux » ! Bref ressembler à la télé… ! Entre Jean 88 ans que j’ai vu labourer avec le cheval et mon ami Bernard, 50 ans, qui a un tracteur presqu’entièrement électronique, une génération les sépare, mais en réalité c’est deux civilisations qui les distinguent. Tenez ! pour parler de deux civilisations, revenons à l’aéroport. Je suis donc monté dans l’avion d’une compagnie qui s’appelle Ryanair… vous connaissez ? C’est la nouvelle civilisation. Je n’y étais jamais monté dans un Boeing de Ryanair. Et bien l’intérieur du cockpit c’est jaune pétard et bleu azur, avec des pubs sur tous les coffres à bagages et des hôtesses qui portent les mêmes couleurs… bref, on a l’impression d’entrer dans un fast-food… ou à Disneyland ! C’est hallucinant. J’attends que le staff soit un jour déguisé en Mickey. On est en plus les uns sur les autres comme du bétail, et si vous voulez un verre d’eau… ce sera 3 euros ! C’est la société mercantile dans toute sa splendeur… rationnelle et vulgaire. A Bergerac, on n’a pas le choix… alors. En fait, les anglais… ça les dérangent pas ! Après tout c’est leur civilisation. Moi, je trouve ça très « choking » quand même. Ici, à Londres, je suis allé boire un expresso infecte dans une chaîne de débit de café… ! Ça s’appelle Starbuck Café… c’est made in USA à tout point de vue ; On vous sert un expresso fait à partir de café qui a été tellement torréfié que je me demande si ce n’est pas uniquement le « cramé » que l’on boit. En plus ils vous le servent dans des gobelets en carton fermé par un couvercle en plastique avec un petit orifice qui vous permet de le sucer en marchant (comme pour les bébés)… c’est pratique… mais c’est d’une laideur… et le contact de la matière avec vos lèvres… rien à voir avec la céramique ou la porcelaine, je vous assure. Nous, le carton, c’est pour emballer les bouteilles et le plastique pour emballer les cartons… pas le vin. Et bien Starbuck et Ryanair… c’est la même civilisation. Bon… mais j’avoue que le décollage sur l’aéroport (et oui ça n’est pas un aérodrome) de Bergerac avec vue sur les vignes de Monbazillac à gauche, et celles de Pécharmant à droite au crépuscule dans un air froid d’hiver et une lumière tranchante… ça vaut le détour… sauf que j’ai rien vu, j’étais placé au milieu, à côté de l’allée centrale ! Les places ne sont pas numérotées… je ne comprenais pas pourquoi tous les anglais se ruaient pour être les premiers dans la file d’embarquement…en fait, c’était pour prendre toutes les bonnes places dans l’avion. Moi, grand niais, habitué à Air France, Continental, Singapour Airline ou Cathay… les regardant d’un air amusé et arrogant… un vrai frenchy… je suis monté dans l’avion comme un idiot… bon dernier, et quand je me suis retrouvé devant l’allée centrale du cockpit aux couleurs pétardes… hébété par le spectacle qui s’offrait à mes yeux… il ne restait plus qu’un siège libre. C’est alors que je me suis mis à rêver d’une autre civili…… !
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