l'épointage
Par marc Dalbavie, samedi 17 juillet 2010 à 19:58 :: SAISONS :: #161 :: rss
Après un mois de relevage, le broyage des engrais verts, de multiples traitements pour contenir les maladies et l’entretien des abords, nous avons décidé avec guillaume de faire l’épointage de la vigne. Les recommandations nous conseillent de le faire à la nouaison ou juste après. Ce que nous faisons aujourd’hui. Certains vignerons tentent de ne pas épointer la vigne et de la laisser pousser naturellement jusqu’au moment où elle « décide » elle-même de s’arrêter. J’avoue être tenté par cette démarche, mais je ne suis pas sûr que les merlots puissent être ainsi laissés libres et arriver à l'aspect anarchique, qui est leur tendance naturelle… un peu comme la coupe de cheveux de Tim Burton… ! Les problèmes que cela peuvent poser pour la conduite de la vigne dans des rangs à la végétation exubérante… je ne suis pas sûr d’avoir le courage de m’y attaquer. Par contre, les cabernets francs ont une forme beaucoup plus maitrisée et ont tendance à « monter droit ». Je pense qu’un jour, je l’expérimenterai. L’épointage a pour fonction de rediriger la sève vers les fruits. En coupant l’apex, on perturbe le processus de la plante qui est de s’allonger le plus possible : l’effet acrotone des lianes. Mais l’inconvénient est aussi de provoquer un accroissement de pousse des gourmands qui situent à la jointure de la pampre et de la feuille : les entrecoeurs. Ce qui nécessite un surcroit de travail ensuite : l’élimination des entrecoeurs. C’est pourquoi l’idée de ne pas épointer… me plait. En attendant, je suis allé chercher l’épointeuse à la CUMA de Domme (je la partage avec d’autres vignerons… cette mutualisation des outils se structure dans les CUMA) et j’ai confié ce travail délicat à Guillaume… c’est toujours lui qui le fait.

Il connaît parfaitement l’outil, et c’est très important dans des vignes étroites comme celles des Joualles. Bien entendu, lorsque l’on attelle un outil au tracteur, à chaque fois, il faut le régler… et ce n’est pas toujours facile.

Guillaume se donne parfois beaucoup de mal et le temps compte… nous sommes encore en pleine période de travail dans la vigne… il reste encore une dizaine de jours avant que cela se calme… il faut courir du matin 5h00 au soir quelquefois tard… vers 23h00. C’est un rythme épuisant que le monde paysan connaît très bien.

Le plus délicat est de s’enfoncer dans des rangs étroits avec un engin qui possède 8 couteaux rotatifs tournants à une vitesse importante… et de n'abimer ni un rang de vigne ni la machine.

Cela demande une concentration au chauffeur… et une maitrise du stress.

Autant dire que tout le monde ne peut pas le faire.

Le résultat est bien sûr très beau… on passe d’une vigne hirsute à une vigne digne des allées du château de Versailles.

L’année dernière on avait commencé à 7h00 et fini à 18h00, cette année on finit à 15h00… j’espère que l’année prochaine on le fera en une matinée. Pour cela il faut affiner la préparation de la vigne à l’arrivée du jour d’épointage (particulièrement les sols travaillés comme au Domaine, qui ont tendance à faire tanguer l’outil), et régler l’épointeuse au plus près de la personnalité de la vigne. C’est un échange, et chaque année amène un progrès dans ce long chemin. L’expertise de Guillaume est essentielle, il connaît la machine et Les Joualles.

Par ailleurs ont vient aussi d’épointer Barbeyrolle qui est notre parcelle en Périgord pourpre. Les vieux merlots ont l’air d’apprécier.

Le prochain travail sera le positionnement d'argile kaolinique pour éloigner les cicadelles vertes et l'effeuillage pour aérer les grappes.
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