Les terres des coteaux de la rive droite de la Dordogne, sont constituées de l’association d’une roche fertile, l’argile, d’un sédiment drainant et riche en calcium, le calcaire, et de dizaine de minéraux et d’oligoéléments qui forment ensemble un sol merveilleux pour la vigne. Pour moi, il était évident que le nouveau chai du Domaine de la Voie Blanche soit aussi le produit de ce terroir, et donc qu’il ait dans ses matériaux de construction, des éléments du sol de la vigne et de ce qui l’entoure. La recherche de cette continuité entre le vignoble qui produit le raisin et le chai qui le transforme en vin, est essentielle. Nous avons donc décidé, avec Nathalie, d’opter pour un mur extérieur en torchis. Technique de construction totalement naturelle, aux qualités thermiques et hygrométriques exceptionnelles, à l’ancienneté plongeant son histoire dans la nuit des temps et dont les matériaux sont disponibles sur notre domaine. Nous sommes donc allés à la vigne pour prélever l’argile rouge qui se trouve dans le sous sol de l’une de nos parcelles.

J’avoue ne pas avoir eu le courage de creuser à la main l’argile aussi lourde et difficile, d’autant plus qu’il m’en fallait plus d'1 tonne ! Au bout de 30 cm de profondeur, on a trouvé l’argile que je cherchais, une argile aux couleurs profondes, intenses et à la texture dense, presque compacte et légèrement sableuse

Il nous a fallu remplir plusieurs remorques pour obtenir le volume nécessaire. Le deuxième élément du torchis est la paille. Nous n’avons pas été loin pour la trouver car c’est la paille de notre blé rouge qui pousse au milieu des vignes que nous avons prise

La qualité de cette paille n’est plus à démontrer. Elle dispose d’une tige longue, imputrescible et particulièrement solide, d'un jaune quasi or et lumineux. Avec un broyeur à sarments nous avons pu la découper en plus petit morceaux. Puis, nous avons acheté un peu de sable et de chaux naturelle pour améliorer la structure et permettre à l’argile de « prendre ».

Une fois tout en place, Serge à commencé à travailler. Tout d’abord, il a fallu poser le colombage ce que nous avions fait en hiver

Tout est fait en lambourdes de châtaignier directement prélevées dans notre bois, puis sciées dans une petite scierie à 4 km du domaine. Elles sont disposées de telle manière que les poussées par le poids du torchis, se répartissent irrégulièrement, évitant ainsi des phénomènes de concentration de masse, dangereux pour la structure. Puis serge a mélangé l’argile, la paille, le sable et la chaux, avec un peu d’eau de pluie

Puis, il a fallu mettre le torchis en montant progressivement un coffrage fait de planches clouées sur les lambourdes formant le colombage, torchis posé sur une semelle en pierres. L'épaisseur de 15 cm du torchis, ne nous permettant pas de le poser comme un enduis. Nous recherchons une masse lourde pour créer une inertie thermique.

Chaque jour il ne faisait qu’un tiers du mur afin que la partie maçonnée ait le temps de « prendre » avant de rajouter celle qu’elle devra porter

Il y a eu donc alternance de coffrage, remplissage, décoffrage, attente parfois de deux jours selon le temps, puis de nouveau coffrage etc…

Arrivé en haut, serge a décidé d’enlever une planche sur deux afin que le mur respire et sèche sans s’effondrer. Le torchis n'étant pas encore tout-à-fait "pris", il faut être très vigilant à ne pas le "libérer" trop tôt. Le mur fini, 3 mois seront nécessaires pour qu'il soit vraiment sec.

Une fois la rigidité parfaitement engagée, serge a voulu lisser le torchis pour lui donner un peu de forme et éviter en cas de pluie latérale, que l'eau ne s'accroche dessus

Ainsi, le chai terminé,

avec du calcaire concassé à même le sol d'origine, et un parquet en châtaignier à claire voie sur les allées; le chai peut enfin recevoir les amphores et les barriques de chêne. C’est un moment émouvant, le vin peut reposer naturellement dans l’élément qui l’a fait naître et continuer son élevage avec un « sevrage » tout en douceur.