Ce matin le thermomètre affichait 4°. Il a neigé hier... nous sommes au mois de Mai... les "Saints de Glace" comme on les appelle, sont venus me rafraichir la mémoire... rien n'est définitif dans la nature, tout peut arriver. Un petit -1° pendant une heure ce matin... et au lieu de vin, n'auraient coulé que des larmes de mes yeux. J'ai eu chaud... ou froid... comme on voudra! Après le thermomètre, je suis allé voir le pluviomètre... il a plu 25 litres d'eau au m2.

Autant dire que la vigne n'a plus de protection. Une nouvelle pluie et le mildiou ne me laissera pas de répis. Un traitement s'impose. Il faut que j'aille à la vigne et que je vois son développement.

Tout se passe bien, la vigne a profité de la pluie... on en est au stade 13 avec déjà les grappes bien formées et les feuilles qui s'étalent

Le sol s'est abreuvé d'eau mais il semble bien respirer... aucune flaque, pas d'eau stagnante... le travail du sol avec les dents Michel ont parfaitement aéré le sol en profondeur

Les engrais verts poussent bien et travaillent le sol avec leurs racines... ici la fèverole et l'avoine

Ils sont en train de se charger d'énergie. Dès que la vigne en aura besoin, ils lui donneront ce qu'ils ont précieusement stocké. C'est exactement ce que je cherche... réduire de ma démarche l'idée de concurrence, pour privilégier celle de symbiose. Chercher à mettre ensemble des plantes qui naturellement se solidarisent... les unes profitants des autres dans une sorte de mutualisation de leurs efforts. C'est en grande partie ce que fait la nature... avec aussi de la concurrence bien sûr... mais aussi une certaine forme de solidarité. C'est cela l'esprit de Masanobu Fukuoka... chercher au maximum les symbioses végétales. Passer d'un viticulture "parcs et jardins" à une viticulture paysanne, vivante et naturelle. Mais cela ne m'empêche pas d'être obligé de traiter... le mildiou n'existait pas il y a deux siècles en Europe. Tout les plants sont greffés et fragiles. Aujourd'hui je vais positionner du soufre et du cuivre sous forme hydroxyde et sous forme cuivreux... à des doses homéopathiques: 200 grammes de cuivre métal à l'hectare... une poignée. Il faut ressortir le tracteur avec son pulvérisateur qui semble sorti de la navette spatiale.

L'idée de troquer mon tracteur pour un cheval me démange depuis longtemps. Tenez, l'année dernière, j'ai assisté à une démonstration d'un traitement avec le cheval... c'est vraiment surprenant... non?

Bon, le cadre, ici, n'est pas assez grand pour la vigne qu'il est sensé englober et pulvériser. Mais c'est juste une question de réglages et de frabrication. Mais, on peut vraiment presque tout faire avec des chevaux... sans compter qu'ils ne tassent pas le sol avec leurs "pneus". L'important est de bien recouvrir les feuilles et que le temps sèche bien la bouillie sur les plantes pour qu'elle "colle" parfaitement. Certains anciens me disent que le traitement doit "prendre saison"... comme le labour ou le binage. Le positionnement de la bouillie représente 80% de la réussite du traitement. Les doses sont si faibles qu'il faut se concentrer sur le moment opportun de l'intervention et sur la qualité de la pulvérisation. C'est, je l'avoue, un moment un peu stressant du travail... une panne de moteur ou de pulvérisateur n'est pas autorisée... il faut que tout ait été parfaitement contrôlé avant le travail. Un petit problème... une pièce qui casse... un tuyau qui se bouche... il faut réparer... trouver en ville les pièces... démonter les tuyaux, les goutteurs, les pastilles, les clapets... et la bouillie qui attend dans le pulvérisateur et qui peut précipiter ou colmater les buses. Si on ne va pas assez vite... trop tard, la pluie arrive, on ne peut plus intervenir... la vigne est à la merci d'une contamination... la bouillie est bonne à jeter. Sait-on cela lorsque l'on boit un bon vin, avec des amis, sur un gigot? Non... et c'est tant mieux. Mais que de soins, de sueurs... froides quelquefois, de tension, de fatigue, de découragement... pour arriver à ce miracle qu'est le vin