Hier, sur une cuisine thaïllandaise aux parfums explosifs et somptueux, j'ai gouté deux vins tout-à-fait extraordinaires. Tout d'abord un Dead Arm 1999 du Domaine d'Arenberg en Australie. C'est un domaine tenu par la famille Osborne depuis le milieu du XIX° siècle. Il est réputé pour ses cabernets sauvignons mais la sirah est tout-à-fait enthousiasmante.

Nez de chocolat, épices, torréfié à point. Une bouche aux tanins amples et profonds, parfaitement enrobés, une maitrise de l'extraction impressionante. Sûrement peu de pigeages sur la phase alcoolique mais plusieurs delestages sur la phase acqueuse... à vérifier. Une texture qui se mache, très dense et velouté, une finale longue et douce sans aucune sècheresse. Bref, un vin presque trop beau... à ne servir que sur une cuisine qui a du temprérament. Au conquérant du nouveau monde, sur la table, s'est ajouté un des plus prestigieux domaines d'Alsace, le Domaine Schlumberger, et un terroir de légende: le Kitterlé... image renversée... le rouge et le blanc... la superbe de la nouvelle conquête et l'infini d'un temps jadis.

Face aux épices de cette merveilleuse cuisine asiatique, un Gerwurstraminer 1985, Grand cru Kitterlé. On ne sait pas à quel moment commence la culture de la vigne sur les flancs Sud Sud-Est de cette colline du village de Guebwiller... sans doute une dizaine de siècles. On dit que Küter, pauvre vigneron sans argent, se serait attaqué à la colline, les bonnes terres étant toutes aux mains des plus riches familles. A force de terrasses, de terre épandue et d'un labeur que peu de vignerons actuels oseraient imaginer faire, il en aurait extrait un vin qui dès la première vendange aurait conquis les papilles de nos alsaciens. Légende merveilleuse qui coïncide bien avec nos images chrétiennes... la richesse du pauvre. Ce vin est vinifié depuis le milieu du XIX° siècle par le Domaine Schlumberger qui continue a y préférer le cheval comtois au tracteur rutilant que le siècle précédent nous a convaincu qu'il convenait mieux à nos vielles charrues. Des sabots du plus vieil ami de l'Homme, émerge le nectar de ce breuvage couleur Or: impressionnant. Les premiers parfums sont typiques du gewurstraminer, mais avec une homogénéïté et une élégance que seul l'âge parvient a obtenir: les fruits blancs, mais surtout une sorte de poire compotée ou confite enrobée par de l'amande grillée et vanillée. L'acidité et le gras sont parfaitement équilibrés dans la bouche, mais plus impressionnant, au fur et à mesure des secondes, les parfums ne cessent d'évoluer, de se transformer avec des arômes secondaires tellement fugaces, qu'on peine à les identifier... peut-être du pamplemousse confit... une fleur... laquelle?... la paquerette... non... l'églantine... de la marmelade?... tient un peu de pomme... non... si... trop tard... c'est du coing... modèle de la complexité que peu de vin m'apporte avec autant de netteté. Un sensation que le temps nous comble et nous échappe à la fois... bref, ce vin est vivant... il ne se laisse pas définir... impossible de le délimiter... les terrasses de ses vignes ne sont là que pour une dernière envolée.