jeudi 8 avril 2010
liage en corbeille sur échalas
Par marc Dalbavie, jeudi 8 avril 2010 à 23:28 :: SAISONS
Dans l'entretien que j'avais eu avec Guy Lavignac (ampélographe merveilleux, responsable de nombreux décrets d'AOC du Sud-Ouest concernant les encépagements obligatoires, autant dire un musée vivant), il y a 7 ans, celui-ci, m'avait recommandé la plantation du Bourdalès, vieux cépage presque disparu de la vallée de la Dordogne, dans mon argilo-calcaire Périgourdin. Il pensait que c'était un des vieux cépages longeant la vallée de la Dordogne autrefois, qui pouvait donner des résultats organoleptiques interessants, et un témoignage du type de vin possible en Périgord noir. Après cet entretien, j'avais trouvé un mémoire fait par une thésarde Alexandra Cadet au Centre de Viticulture et d'Oenologie de Midi-Pyrénées à Toulouse. Son mémoire portait sur ce cépage avec comme résultat qu'il développait de réelles qualités organoleptiques sur sol argilo-calcaire et sur porte greffe Couderc 3309. C'est donc ce que j'ai fait avec mon pépiniériste éric Morot, mais cela n'a pas été facile vous pouvez l'imaginer. Guy Lavignac m'avait aussi recommandé de faire une taille longue, donc à latte, et de replier la latte sur l'échalas avec le bourgeon de bout de latte, presque au sol.

Comme on le voit sur cette photo, on replie la latte autour du pied de vigne jusqu'au sol. Ce liage ancien s'appelle l'attachage en corbeille. En effet lorsque l'on voit le pied entier sur son échalas, il a une forme d'anse de corbeille. La latte semble former une double révolution dans le mouvement d'une spirale.

L'orientation de la latte permet d'éviter le caractère trop acrotone de la vigne (c'est-à-dire la tendance à développer surtout le dernier bourgeon, il ne faut pas oublier que la vigne est une liane, elle veut grimper aux arbres et former une treille) et d'obliger le pied à developper les premiers bourgeons avec plus d'homogénéïté. Ainsi, on a un rendement plus équilibré et mieux réparti sur la latte. Bien sûr, l'ébourgeonnage sera un moment très important car il ne faut laisser que très peu de bourgeons se développer et épamprer de telle manière que les raisins soient parfaitement répartis. Ce sera le deuxième travail au moment du débourrement. Ce qui est amusant dans ce travail de recherche de techniques anciennes est que sur la miniature du XV° siècle déjà montrée au blog précédent, on voit que les pieds sont taillés à latte longue et que celle-ci est attachée en corbeille. C'est une chose que j'ai découverte quand j'ai scanné la miniature pour le blog. Je ne m'en étais jamais aperçu.

Cela fait des rangs assez jolis où l'identité de chaque pied semble préservée. On a l'air de s'éloigner d'une conduite industrielle de la vigne, que le fil de fer peine à faire oublier.

On est là devant une vigne telle qu'elle se présentait avant le fils de fer, du moyen-âge au XVIII° siècle, conduite de la vigne émouvante qui a complétement disparue de nos vignobles aquitains. Le premier vin de cette parcelle que j'ai appelée la parcelle du Vieux Poirier, car il y trône cet auguste arbre, a été vinifié l'année dernière. Le résultat est un vin assez léger (12°), à la couleur Oeil de Perdrix, avec un très bonne longueur en bouche. Les parfums sont ceux de fruits rouges comme la groseille et aussi de la figue séchée. La bouche est équilibrée, assez légère et très agréable avec de la finesse. La finale ne présente aucune amertume. On dirait une sorte de gamay plus corsé, plus gras avec une longueur plus persistante. Il n'y aura que très peu de bouteilles de ce vin car il sera assemblé à la cuvée Les Joualles avec les merlots.