lundi 2 mars 2009
des sarments à l'humus
Par marc Dalbavie, lundi 2 mars 2009 à 22:21 :: travail de la terre
Samedi, la taille du Petit Manoir vient d'être achevée...ouf! Il reste encore Barbeyrolles... enfin... ne nous plaignons pas. Au Petit Manoir deux choses doivent être faites rapidement, la "levée" des sarments et leur extraction du rang de vigne... puis, le labour de printemps... très important sur une terre argileuse où, à la moindre pluie, on ne peut plus rouler avec des machines... au risque de destructurer le sol. Vous me direz "Et le cheval...?"! Nous y pensons, nous y pensons! Le cheval respecte les sols... certes. Mais nous n'avons pour le moment qu'un tracteur. Il faut donc agir vite. Pour ce qui est de la levée des bois, elle est faite en même temps que la taille... donc, une fois taillés, les bois sont à terre. Alors trois solutions sont envisageables, voire quatre. Soit les personnes qui lèvent les bois, les fagottent, et se chargent de les emmener chez eux. Cela se faisait autrefois, les bois taillés étaient la propriété des ouvriers agricoles. Chez nous, les ouvriers c'est nous, et nous ne sommes pas assez nombreux pour faire des tonnes de fagots qu'il faut ensuite retirer du rang et ranger quelquepart... tout cela rapidement. La deuxième est de brûler les sarments au fur et à mesure de la taille, comme on le fait en Bourgogne. Cette solution à de nombreux avantages, mais avec les problèmes de CO2 on peut peut-être s'en passer. La troisième est d'avoir une machine qui vous ramasse les sarments et en fait des "bottes" un peut comme des bottes de foin ou de paille. Puis on les sort des rangs pour les recycler en bois de chaudière. C'est une assez bonne solution surtout si la chaudière est dans votre maison... le viticulteur se chauffe avec sa propre production... il y a de l'autonomie là dedans! La quatrième, qui est la mienne, est de restituer au sol ce qu'on lui a pris. Ainsi, une fois les sarments déposés au sol, je les broie avec une machine. Celle-ci va déchiquetter les sarments qui ainsi vont faire la joie de tous ces micro-organismes et autres insectes qui vont les manger pour les transformer en matière organique. Voici le rang avec ses sarments
puis j'attèle à mon tracteur-vigneron un broyeur. Le résultat
Les sarments sont broyés. Ainsi, tout les atomes de potasse, d'azote et autres phosphore et oligo-éléments, vont être restitués au sol sous forme de lignite. En effet les sarments ont pris en Aout la texture d'un bois, c'est à dire assez ferme, de forme ligneuse. L'intérêt de ce type d'élément organique est qu'il se décompose lentement. C'est un sucre lent, comme les pâtes que l'on mange par opposition au chocolat, qui est un sucre rapide. Ainsi, le sol va décomposer les herbes tendres qui ont été coupées. Cette décomposition va former de la matière organique rapidement assimilable (sucre rapide). Puis, lorsque le sol n'aura plus de matière verte à manger et à décomposer, il va s'attaquer aux matières ligneuses un peu plus dures "à croquer". D'où l'interêt de broyer les bois... c'est autant de temps gagné. Toute cette matière organique va former avec l'argile et le calcaire, ce qu'on appelle l'Humus. C'est une sorte de garde-manger naturel (entre autre). Ainsi, la vigne dans l'alternance des sucres rapides et des sucres lents, a toujours de l'alimentation disponible. Mais pour aider les organismes du sol a décomposer la matière organique, il faut de l'air. Plus le sol est aéré, plus des petits et micro-animaux mastiqueurs et déchiqueteurs vont se développer. C'est ce que l'on cherche en agriculture biologique. Comme on n'utilise pas d'engrais chimiques, on aide la fertilité du sol à se développer d'elle même, comme une forêt qui n'a pas besoin d'engrais et qui pourtant produit des tonnes de flore et de faune (pensez aux arbres et aux gibiers... croyez vous que l'on fait mieux avec nos engrais chimiques)!!!... passons... passons. Or, il y a une course contre la montre, car il faut donc "travailler" le sol pour l'aérer, mais s'il pleut, on doit rester à la ferme, car l'argile ne supporte pas qu'on le dérange sous sa douche! Or, on sait quand la pluie démarre... mais on ne sait pas quand elle s'arrête! Cela peut durer un mois voire plus au printemps. Et alors, non seulement on n'a pas pu aérer le sol avant le demarrage de l'activité biologique du printemps, mais en plus on laisse s'enraciner des "mauvaises" herbes qui se sont développées pendant l'hiver. Il faut donc agir vite. Donc à peine ai-je fini de broyer mes sarments, que j'ai troqué mon broyeur contre un cultivateur à "ailettes" en fer forgé!
Ces ailettes vont aérer le sol, arracher les herbes concurrentes, et assouplir l'argile.
C'est ce qu'on appelle le labour de printemps. Il est essentiel car il ameublie le sol, l'aére et évite à la vigne trop de concurrence (surtout pour la jeune vigne). Une autre solution serait de laisser le sol couvert par une couverture naturelle comme les feuilles dans la forêt; c'est se qu'on appelle le mulchage. Dans la vigne, seul le couvert d'un rang enherbé se pratique, et c'est ce que nous allons faire cette année... mais le mulchage est une piste sur laquelle, Nathalie et moi-même travaillons.
Ainsi, avec l'arrivée des pluies et la montée des températures, la présence d'oxygène va permettre l'explosion de la vie dans le sol. Vie qui va décomposer les matières mortes pour restituer les éléments nutritifs via les vers de terre et toutes sortes de champignons et d'organismes vivants, aux pieds de vigne. Tout cela doit se faire fin février ou début mars... c'est le moment ou la nature se réveille. Si la pluie arrive trop tôt, il faut attendre qu'elle s'arrête et que les sols se "réssuient" (se sèchent). Mais si les pluies s'arrêtent au bout d'un mois et demi.... problème!!! c'est pour cela qu'il faut agir vite et oublier les vacances! les sorties au sky, les promenades au bord de l'eau et les matchs de foot (euh... de rugby... on est dans le sud-Ouest!). Broyage des sarments et labours doivent être faits avant le printemps. Cette année, pour le moment, tout est idéal, car nous avons pu broyer sur un sol sec qui donc ne craint pas les phénomènes de tassement dûs aux poids des engins, et passer le cultivateur avant les pluies qui arrivent en fin de semaine. Toutes ces décisions sont importantes pour le millésime. Si l'on rate cette "fenêtre" d'intervention... dans une agriculture biologique, il est difficile de la rattraper sauf à "pomper" dans les réserves de la plante... à faire avec modération. Avec de l'argile, il faut des outils solides pour pénétrer dans la terre, avec des pierres en plus... comme dans les parcelles du Petit Manoir... vous pouvez imaginer le type d'outillage adéquat
autant dire que le matériel estempillé jardinerie est à proscrire. Et même avec les outils dont nous disposons au Domaine... il y a de la casse. Par chance, tout s'est bien passé. La parcelle est prête pour le printemps.
Enfin nous pouvons souffler... quelques secondes... il nous reste Barbeyrolles!!! mais là, heureusement, pas de travail du sol cette année... et l'attachage des lattes... je vous en parlerai le moment venu