Domaine de la Voie Blanche

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vendredi 27 février 2009

Bourdalès et échalas

Qu'est-ce que le Bourdalès?... C'est un cépage qui a circulé dans le Périgord noir et qui porte d'autres noms plus connus: mansois ou fer. Au Domaine, on a planté une parcelle de ce cépage et on a décidé de tailler à l'ancienne avec une conduite de la vigne... d'autrefois! Certes il nous manque le cheval.... bon! Mais çà viendra. Tout d'abord nous sommes en Aquitaine, or, la conduite dans notre région est le palissage: piquets + fils de fer. Or point de fer pour le fer...enfin, pour le Bourdalès! Nous avons décidé de palisser notre vigne avec des échalas!!! Il a fallu donc trouver des échalas, si possible en accacia, car hors de question de tout refaire dans 5 ans. Que nenni. Si le Bordelais, le Cahors ou le Périgord étaient remplis d'échalas, il y a deux cents ans... plus personne ne fabrique ce précieux bâton... sans compter les gros yeux interrogatifs à ma question: "Avez-vous des échalas de 2m20 de haut?" Il y en a même un qui m'a répondu: "c'est bien haut pour des tomates"...! Enfin, las de me trouver devant une incompréhension, j'ai téléphoné à mon ami vigneron en Côte-Rôtie: François Villard, qui m'a trouvé tout ce qu'il faut. Bien entendu, il a fallu aller les chercher à Ampuis... point de camion transporteur de bois entre nos régions! Enfin, me voici en voiture avec une remorque de 3m de long attelée... destination Lyon, Vienne et Ampuis. Impossible de ne pas être frappé par la beauté des vignes et le paysage spectaculaire de ces pentes

Après une petite route montant dans les vignes, j'ai voulu descendre de voiture pour voir si je pouvais tailler cette vigne

euh!!! bon... j'avoue, j'ai le vertige... mais comment font-ils? Tout est manuel dans le travail de ces vignes, impossible d'y faire avancer un tracteur. Un viticulteur m'a même raconté qu'un chauffeur de mini-pelleteuse avait essayé de décompacter le sol sur une de ces terrasses... il a tellement eu peur qu'il a fait un travail catastrophique... il a fallu tout reprendre à la main! Bon... mais ces petites cabanes

c'est vraiment touchant, elles me font penser aux bories que nous avons dans notre pays et qui servaient aux vignerons. En fait... la Côte-Rôtie a gardé l'ancienne façon de faire de la vigne... avant le fils de fer et la mécanisation. C'est pourquoi j'ai bien observé leur technique... elle est très instructive pour l'installation de notre Bourdalès. Nathalie a d'ailleurs particulièrement apprécié celle du double échalas

Il semble que nous l'adopterons même si quelques questions se posent: cette technique est surtout utilisée dans des pentes abruptes. L'échalas droit est privilégié dans des pentes douces. Et la Syrah est taillée court, alors que le Bourdalès doit être taillé long avec une latte. Enfin, beaucoup de questions en perspective... on ne va pas s'ennuyer. De toute façon, au retour d'Ampuis, sur l'autoroute Bordeaux-Lyon, nous sommes tombés en panne en Auvergne à minuit (bien entendu), et les échalas sont dans un garage perdu.. en attente de la réparation...!!! La vie est un long fleuve tranquille.

lundi 23 février 2009

Une fois n'est pas coutume!

Et oui, aujourd'hui je viens d'apprendre que notre vin de pays (car nous n'avons aucune appellation sauf Vin de Pays du Périgord) vient d'être sélectionné par un restaurant étoilé: Le Gindreau à St Médard dans le Lot. C'est le troisième de cette catégorie qui ajoute notre tout nouveau petit vin de pays à son prestigieux menu. Chaque mois un nouveau restaurant sélectionne notre vin. C'est pour moi une grande récompense d'avoir un vin choisi par un cuisinier. Le fait qu'un homme dont l'activité est d'offrir au palais des mets succulents, décide d'y associer un vin du Domaine de la Voie Blanche, me confirme que ce que nous cherchons, Nathalie et moi - c'est-à-dire de faire un vin naturel, fait pour être associé aux plaisirs de table et à la convivialité... non, un vin de dégustation et de concours... mais un vin plaisir - ce que nous cherchons... n'est peut-être pas loin de la voie que nous avons prise. La compétition, la concurrence provoquée par toute ces notes (Parker, Wine Spectator...) associée à un plaisir aussi futile et aussi essentiel que celui de se nourrir, de manger, de déguster, de se régaler, de se délecter, de humer... cette idée n'est pas celle qui nous guide! Nous ne cherchons pas à être les meilleurs, nous cherchons le meilleur de nous-même. Finalement, il ya une sorte de "don" dans le fait de faire du vin. Travailler dans le froid, sous la canicule, sous la pluie, sous la neige, sur un sol difficile, au sein d'une nature qui nous prend, qui nous donne et qui nous dépasse... impossible de considérer cet acte de vie comme un job! un revenu! un gagne-pain! Certes, il y a de çà, (il faut bien vivre, fort modestement d'ailleurs) mais tout cet acharnement à chercher une sorte d'authenticité, de naturel... presque de vérité... (et oui, il y a des grands mots qu'il m'est difficile d'éviter!) constitue pour moi une forme de "don". Je suis comme un "passeur" qui écoute la divine Nature pour transmettre à mes contemporains la douce musique dont elle m'a enveloppé. Alors pourquoi faire la course? Quel orgueil vais-je satisfaire à faire un vin de dégustation, de compétition , de palabres, de notes, de chiffres... alors que de toute façon, il finira par être tout simplement... bu! Merci à la toque qui a choisi notre vin, non pour sa notoriété... mais pour sa possible complicité avec une poularde farcie aux truffes ou un jarret de cochon laqué au miel. Quel bonheur d'être, non pas seul au milieu de dizaine de semblables dégustés à l'aveugle, mais au sein d'un tourbillon de saveurs comme un musicien d'orchestre qui s'enivre d'ajouter sa partition au mouvement irresistible d'une symphonie. Alors une fois n'est pas coutume: nous sommes un peu fier de cet honneur que l'on nous fait.

vendredi 20 février 2009

Les 2 Collines: la taille démarre

Bon, maintenant revenu dans la propriété, le retour à la terre se confirme... et à la taille. Aujourd'hui, Nathalie a décidé de tailler les vieux merlots de notre parcelle de Barbeyrolles. Il faisait un temps magnifique

un ciel splendide, une lumière d'une transparence cristalline, un air un peu frais mais une chaleur solaire enveloppante. Quel bonheur de travailler dans cet magie que nous offre la nature... le ciel bleu et infini... l'air réparateur... la faune qui se réveille. Tenez! j'ai failli mettre un coup de sécateur... sur un nid d'oiseau!!!

niché au creux d'un vieux cep de merlot... quelle joie! Tout l'art qu'il faut pour mener à bien par des soins intensifs, la forme et la santé d'un pied de vigne, reconnu par un couple d'oiseaux qui ont utilisé mon viel ami: le cep, pour donner à notre chère Terre, naissance à de petits oisillons... bel hymne à la vie... non? Quel plaisir de revoir nos vieux merlots:

Pas un ne ressemble à l'autre. C'est étrange comme dans la vigne, plus les pieds vieillissent et plus ils se chargent de caractères particuliers. L'extrème diversité n'est pas oeuvre de jeunesse mais de maturité, voire, d'ancienneté! Nos beaux anciens... Lorsque nous taillons nos vieux merlots... ils nous faut un temps infini. Chacun souhaite des soins propres... on doit toujours passer un peu plus de temps pour comprendre ce qu'il lui faut. Nathalie les adorent et elle a raison

après plusieurs jours de cartons, étiquettage, commandes... revenir dans la nature... quelle paix! C'est un travail non pas stimulant... mais communiant...! On ne participe à aucune excitation... mais, chaque geste et sa répétition nous plonge dans une méditation où l'air frais qui nous caresse, nous place dans un bien-être indescriptible. L'idéal serait d'emprisonner ces sensations dans les fruits que l'on vendange. Comment faire?

dimanche 15 février 2009

retour à la vigne

Et oui... un long silence... un voyage de l'autre côté de l'Atlantique ne m'a pas permis de tenir mon "journo-blog"... mais me voici revenu sur terre. Il faut le dire car New-York! au 233 eme étage... il est difficile d'y planter des carottes alors... je suis allé voir une collection de tableaux extraordinaire: la Frick Collection qui se trouve sur la 5me avenue devant Central Park. Histoire de me sortir de l'urbanité bruyante et trépidante pour chercher un repos nostalgique dans le calme feutré d'un musée. Et là... quel éblouissement! J'en veux pour preuve ce chef d'oeuvre de Chardin

Deux tourtes de pain sont posées négligemment sur la table, à côté un verre d'eau? ou d'alcool?... une bouteille et un plateau sur lequel sont regroupées des prunes dont une a roulé sur la table. L'image est fixe mais décrit une action en train de se faire. Ce qui est fascinant c'est que l'on ne voit pas l'action ni même le protagoniste (du moins à première vue). Tout est là en transit... pour l'éternité. On ne voit que la conséquence latérale d'un personnage qui fait quelque chose tout en mangeant des prunes et en buvant de "l'eau". Il est occupé car il n'a pas eu le temps de ranger les pains. Quelquechose d'impératif l'occupe, mais il a faim et soif. La lumière de ce tableau est douce et il y règne, malgré "l'impératif", une sensation d'harmonie et d'apaisement. C'est une nature morte, mais tout y est vivant. La vieille bouteille témoigne des formes anciennes! Les couleurs sont à la fois chaudes, contrastées et en même temps construites pour se refléter les unes les autres. Si on regarde de plus près, on remarque que Chardin dépose sur tous les objets des taches de couleur des autres objets. Il y a une sorte de "résonance" de chaque objet sur l'autre, comme de multiples échos musicaux ou un ensemble de miroirs translucides. Chaque élément reflète l'autre dans un échange presqu'imperceptible et d'une éclatante beauté. Le bleu cobalt sombre presque noir des prunes semble nous engager à faire parcourrir notre oeil vers l'ocre chaud, brulant et lumineux du pain. Il y a comme un parcours de l'obscurité vers la lumière, la bouteille couleur "feuille morte" et la transparence claire du verre faisant comme transition. Le plaisir de manger de boire rejoins celui de peindre. Il nous conduit à l'apaisement que l'Art sublime. Ce tableau arrête le temps en mouvement pour le rendre permanent... éternel! Le seul élément qui nous manque est le personnage qui fait l'action. Il semble hors champs. On sent sa présence, il est là sans être vu. Il est à la même place que celui qui regarde le tableau, c'est-à-dire moi ou vous... qui regardons. Son absence augmente sa présence dans un tourbillon de sensations gustatives. Que ces prunes sont belles! et ce pain? Quel boulanger actuel en fait de si beau? reflet d'un temps disparu.. mais?... le personnage!... il est bien là! Regardez de plus près la tache blanche sur la bouteille.

C'est un reflet... du peintre en train de faire le tableau! Un synchronisme du temps et de l'espace vertigineux. Le tableau n'est pas le reflet du peintre, mais c'est l'artiste qui est un reflet du tableau!!!. Le cadre du tableau semble confiner l'espace à la seule table, mais une petite tache dans le tableau nous projète dans une espace qui explose pour coïncider avec celui de l'atelier de Chardin; un espace grand, lumineux, spacieux comme on se l'imagine... et comme on le voit un peu dans le reflet! Le tableau dans son cadre exigu semble contenir un espace infini... comme certains vins dont nous n'arrivons pas à épuiser les parfums, dans une longueur... bouleversante. Quel vin contenait ce flacon? Quel vin peut on mettre dans cette bouteille pour nous transporter dans un tel voyage?

dimanche 1 février 2009

Petit Manoir,

Les analyses de l'agrément viennent de tomber pour la première cuvée du vin du Périgord Noir.

Petit Manoir

Alcool: 14.66°; Acidité volatile: 0.35; AV en acide acétique 0.43; Anhydride sulfureux total: 9mg/l; Anhydride sulfureux libre: <4 mg/l; Acide malique: 0.70 (la malo n'est pas faite encore. On attend tranquillement le Printemps); Glucose+fructose: 0.4 g/l

Couleur profonde, beaucoup de gras, parfums intenses de framboise, cerise, cassis avec des touches vanillées... un petit peu de cuir émergeant, en évolution constante, tanins présents, souples et bien enrobés, belle longueur et puissance en bouche. Encore un peu dur avec la réduction. A suivre...