Ce matin je me suis levé avec la nature, comme toujours. Avant le lever du soleil, une lumière extraordinaire m'accompagne et m'encourage.

on aperçoit au fond le soleil qui pointe son nez! Il fait -8° dehors et la maison est froide... bbrrrrr... tout le monde dort, seul le coq et les chiennes sont réveillés... même notre chatte ne veut pas sortir de la chambre. Le moment qui précède l'arrivée du soleil est absolument magique. La lumière n'a pas encore dévoillée son origine, elle a l'air d'émerger d'un infini intouchable. Elle nous met dans une situation d'attente... celle du soleil qui nous amène la vie (et pour nous vignerons, la possibilité pour la vigne, par la photosynthèse, de casser le dyoxyde de carbone (CO2) pour rejeter les deux atomes d'oxygène (O2) dans l'air que nous respirons, et de garder l'atome de carbone avec lequel la plante va fabriquer du sucre (vous voyez où je veux en venir), des protéïnes, des glucides...). Enfin... le voici

La journée commence! Le sol est gelé, parfait, je pourrai épandre ma potasse...! comment! vous n'êtes pas bio? Si bien sûr, on peut être bio et épandre des engrais naturels qui ne se lessivent pas et qui participent à la vie du sol. Bien entendu tout est question de savoir faire. Ce que je mets est le Patenkali qui est fabriqué en Alsace. Il contient de la potasse et du magnesium, un oligo élément particulièrement important pour la vigne. La potasse quant à elle, a un rôle essentielle pour la circulation des sucres dans la plante, et bien sûr pour les métabolismes qui s'en suivent: par exemple au moment de la migration des sucres à la véraison entre autre. En général, la potasse est restituée dans le sol une fois les graines, et les fruits constitués. C'est pourquoi, on a presque pas besoin d'en rajouter lorsque l'on fait une culture non fruitière. Mais, dans un verger et une vigne, on en enlève une toute petite partie lors de la cueillette et pendant la vendange. Il faut donc, de temps en temps en remettre un peu. C'est l'impôt que l'on doit à notre sol pour les services qu'il nous rend: on garde les sucres (les fruits) car ils viennent en partie de l'air (le carbone), mais on redonne les éléments qui ne nous appartiennent pas et dont la terre a besoin.

Jusqu'ici, rien de compliqué. Mais les sacs de Patenkali pèsent chacun 50kg, alors attention au dos! L'agriculture, c'est surtout un travail de force. C'est pourquoi j'use d'une ruse que la vie dans les coteaux me permet, j'utilise un talus surélevé pour charger dans l'épandeur le sac à l'aide d'un "diable" et de deux planches posées entre le talus et l'épandeur

Et me voilà près à épandre mes oligos... L'intérêt de le faire aujourd'hui est surtout dû au sol gelé et ainsi, je ne tasserai pas la terre avec mon tracteur. En bio le sol doit être toujours souple et aéré, ce n'est pas toujours facile à réaliser car quelquefois, il faut intervenir alors que la terre est trempée. De plus, la potasse doit être mise avant le Printemps, c'est ce qu'on appelle une fumure d'Automne ou d'Hiver. Ainsi, contrairement au rythme rationnel du travail en ville, dans notre cas, c'est la nature qui décide, et non un emploi du temps préétabli. Il faut être disponible et à son écoute... c'est une leçon de modestie. Ainsi, j'ai pu démarrer le tracteur (pas toujours facile quant il fait froid...!) et faire au bon moment, l'apport nécessaire.

Après quelques heures, j'ai pris ma voiture pour faire la même chose dans notre vigne du Fleix, avec nos vieux ceps de merlot, à 70km de là! Là-bas, même matériel (j'ai presque tout en double!), par contre à l'instar du Périgord noir, la parcelle du Périgord pourpre (les Deux Collines) était sous la neige!!

Et oui, le terroir du Périgord noir et celui du pourpre, ne sont pas les mêmes. Tout l'ouest, de Bordeaux jusqu'au Fleix, était sous la neige, alors que le Périgord noir (la parcelle du Petit Manoir) avait les pieds au sec (mais pas au chaud!). C'est dans des moments extrèmes comme cela que leur différence est mise en lumière. Au domaine, les deux terroirs sont parfaitement distincts: Petit Manoir pour le Périgord noir et Deux Collines (avec l'Alba et Barbeyrolle) pour le Périgord pourpre. nous cultivons la différence... loin de nous diviser elle nous enrichit