Domaine de la Voie Blanche

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vendredi 30 janvier 2009

La taille continue

Ce matin, -1°, lever 6h00, départ vigne 7h00, sécateurs affutés, tranchants comme le froid qui nous glace le visage

Heureusement que le soleil est au rendez-vous, car après la tempête, un froid humide... bbbbrrreeeeuuu!... rien de tel pour faire baisser le moral. Enfin, je ne me plains pas quand je vois les désastres que d'autres viticulteurs ont subit dans le Roussillon (Hervé Bizeul...) ou dans les Landes avec les forêts de pins. Chez nous.... du vent... certes, mais moins violent qu'en 2000, et panne d'électricité... moins longue! On s'est donc remis à la taille qui avance lentement mais sûrement

Nathalie taille et fait la levée des bois... tout est travaillé à la main dans un vignoble. C'est pourquoi de nombreux jeunes agriculteurs en Périgord ont abandonnés la vigne de leurs parents pour ne faire que les activités mécanisées! Les paysans n'existent presques plus, il ne reste que des agriculteurs... voire... des chauffeurs d'engins agricoles! Bien sûr, la raison économique s'impose là comme ailleurs, et de quel droit peut on reprocher à un fermier de ne pas s'épuiser physiquement au boulot, alors que l'immense majorité des gens travaille dans des bureaux, chauffés, à l'abri des intempéries et de la médecine du travail... autre temps... autre moeurs!

Il faut quelques fous comme nous pour aimer ce travail en plein air, répétitif, fatigant... mais en contact avec notre planète Terre!

Nous avons fini la moitié de la parcelle du Petit Manoir. Je pense que mi-mars nous aurons tout fini. Nous ferons ainsi les vieux merlots de Barbeyrolles à la fin... noblesse oblige. Demain, je vous donnerai les détails techniques du Petit Manoir... nous venons de passer l'agrément et nous avons reçu les analyses.

vendredi 23 janvier 2009

le desherbage sous le rang

Pour un vigneron, un rang de vigne sans concurrence d'herbes est très important pour le pied de vigne. Pendant des millénaires, le "desherbage" a toujours représenté un travail laborieux, pénible et nécessaire à la bonne santé et donc à la production de la vigne (et du potager). Beaucoup de fils, petit fils, arrière-petit fils de vigneron, ont abandonné la vigne à cause de ça! Je me souviens d'une voisine (d'un âge certain) qui détestait la vigne, car quand elle était jeune, son père l'envoyait souvent "sarcler" la vigne. C'était dur et fatiguant. Elle en garde un très mauvais souvenir. Il y a eu deux améliorations dans ce travail: le cavaillonage puis, à l'époque moderne, l'utilisation de défoliants et d'anti-germinatifs chimiques!

Le cavaillonage consiste à "butter" la vigne, c'est-à-dire former une butte autour des pieds de vigne. On appelle cela cavailloner ou chausser la vigne. Une fois le cavaillon fait, on laisse l'hiver passer, puis au printemps, avant que les bourgeons ne "débourrent" on déchausse, c'est-à-dire on retire le cavaillon. On applanit le rang de vigne. La terre ayant été travaillée par le chaussage elle est toujours souple. Le fait de déchausser, empêche les herbes et leurs graines d'éclorent ou de se développer. Une fois le déchaussage fait par une vigneronne, on cure le rang de vigne avec un soc monté sur une charrue à axe déporté. Cette charrue a été remplacé par des décavailloneuses automatiques montées sur tracteur type Egretier. Puis on rechausse en juin avant la fleur! Ainsi, la terre qui est sous les pieds de vigne (sous le rang) est toujours fine et travaillée... et les "mauvaises herbes" ne peuvent pas s'installer facilement étant génées par les passages successifs. Les cavailloneuses et vigneronnes, n'étaient pas toujours très précises et les boeufs pouvaient par leur corpulence, enlever, au moment du déchaussage, des bourgeons à cause des frottements de leur imposant corps sur la vigne. C'est pourquoi on a adopté en Périgord, plutôt des chevaux. Ils ont l'inconvénient d'être plus nerveux et donc plus difficiles à maîtriser (combien de ceps de vigne n'ont-ils pas été arraché à cause d'eux), mais leur finesse permettait de garder tous les bourgeons et donc toute la capacité de production du domaine. Tout cela est bucolique et bien pastoral... lorsque la chimie est arrivée, la libération obtenue grâce au desherbage chimique, a entrainé tout le monde viticole à l'utiliser... sans beaucoup de mesure! En effet, passer une "rampe" de desherbage avec un liquide destructeur de toutes les plantes "nuisibles"... c'est rapide, facile, efficace et rentable. Point besoin de travailler le sol avec des matériels lourds et exigeants (il faut une solidité du matériel). Il suffit d'un réservoir qui contient le produit, et d'une rampe munie de jets qui propulsent les liquides en brouillard sur les feuilles "concurrentes". Les viticulteurs bios se sont battus contre ces nouvelles pratiques polluantes et ont remplacé ces "intrants" chimiques par un retour au "travail du sol". Mais bien entendu, notre musculation n'est plus habituée à ce pénible effort de "tirer le cavaillon". C'est pourquoi, nous poussons les constructeurs à fabriquer des outils, qui derrière le tracteur (ou devant, ou sur le côté) , permettent d'arracher les herbes et de laisser propre "le rang" de vigne, même si on couvre l'inter-rang, ce qui est entre deux rangs de vigne, d'un enherbement. Ainsi, mon outil le naturagriff est parfait pour cela.

Il consiste en deux bras supportants des dents rotatives, qui en tournant, arrachent les mauvaises herbes. Les bras sont munis de tateurs, qui évitent ainsi, le pied de vigne, et se rétractent devant. L'inconvenient c'est qu'il faut travailler souvent pour maintenir un sol propre. C'est pourquoi, même en Janvier, quand il n'y a pas grand chose à faire au niveau du sol, je fais un passage de naturagriff, pour entretenir et éliminer les herbes qui se sont intallées en Automne, et qui riquent d'être difficiles à extraire une fois installées en été! En effet, si les mois de mars et avril sont pluvieux, le vigneron bio ne peut pas aller dans les vignes pour desherber car la terre devient boueuse, c'est pourquoi, un passage d'hiver est préventif, et permet d'avoir un travail de printemps moins lourd avec des herbes moins denses et moins corriaces!

ainsi, le sol qui est "sous" le pied de vigne reste non enherbé sans produit chimique et sans travail manuel pénible et lourd à mettre en place. Il n'existe plus ce que l'on appelait autrefois des "gratteurs". Ils passaient tout l'hiver à gratter à l'aide d'une houe, les vignes aux alentours. Ainsi, elles étaient prêtes à redémarrer au Printemps, sans concurrence déloyale. Ces "gratteurs" avaient une musculature et une résistance à un travail quasi de forçat, qu'il n'est plus possible aujourd'hui de trouver. L'Homme dispose, dans nos régions, d'un confort qu'il ne veut plus négocier. Je ne lui jetterai pas la pierre.

lundi 19 janvier 2009

Obamania

Je voulais aujourd'hui vous parler de labours... et puis l'arrivée d'Obama est un tel évènement, que l'espoir qu'il suscite, nous entraîne dans des hauteurs vertigineuses. On ne peut pas s'empêcher de penser: et si il échoue? Quel monde va t'il laisser? Si les personnes qui lui avaient confiés tout leur espoir, se retrouvaient sans illusion? Non pas sans illusion, avec toutefois une toute petite lumière qui arrivera bien un jour (comme Mitterand)... mais, totalement, irrémédialement, absolument sans aucune illusion. Sans un brin d'avenir, dans une planète dont la matière nous écrase de son poid... celui du réel: sans rêve, sans pardon, sans solidarité, sans couleur... sans joie. Avec Bush on pouvait se dire: "après lui ça ne peut pas être pire...", "au moins on sait à qui on a à faire...", "après la pluie vient le beau temps...". Mais après Obama? Bush laisse nos rêves intacts. Mais Obama? Il est condamné à réussir. Mais réussir quoi? L'économie? un monde plus juste? la paix perpétuelle? le bonheur de chacun? la prospérité? la solidarité?... vertige! Qui peut réussir un programme aussi vaste... le Christ, Bouddha, Mahommet, Chrishna... ont tous échoué... et c'étaient des Dieux, ou des Prophètes. Alors un homme! Pourtant il faut rêver. Rêver que la générosité à la tête d'un pays fondé sur la puissance, les USA, irradie le monde d'ondes positives. Il faut rêver qu'une autre humanité est possible... comme l'ont rêvée des millions d'êtres humains avant nous. On n'a pas le choix. Si il échoue... je n'ose même pas imaginer... une humanité sans illusion... sans rêve... limitée à son existence matérielle... sordide.... On suspect tous nos chefs d'Etat d'être... du côté des plus forts. Après tout ça nous rassure. Si les choses ne marchent pas, c'est pas totalement de notre faute. On aurait rêvé mieux. On n'a pas de chance, les hommes intègres n'arrivent jamais au pouvoir. il faut être un peu bandit... mais celui-là? Obama ne fait pas du tout partie du genre "homme politique" auquel on est habitué. Il est l'imprévisible... l'inpensable... l'inimaginable à de telles fonctions. Et en plus il est arrivée à ce poste à l'issue d'une campagne longue, dure, éprouvante, sans concession... où à aucun moment il n'a montré le moindre signe de faiblesse. Pas d'accident dans ce processus. Il est évidemment et sans aucun doute le gagnant de ce vote. Il est sans équivoque le plus improbable président des Etats Unis... et sans doute le plus légitimement élu. Contradiction abyssale! Alors! Les labours? la taille? les piquets? le soutirage? les barriques? la banque? 2009? quel millésime seras tu?...

dimanche 18 janvier 2009

La Taille en Guyot

Je vous avais promis de vous parler de la taille que je pratique sur mes merlots. La question peut paraître incongrue, mais nombre d'entre vous, chers clients, m'ont posé la question: la taille à quoi ça sert? Dans une agriculture naturelle telle qu'on la pratique au Domaine, l'action de l'Homme doit être la plus modeste possible pour laisser Dame Nature nous concocter une alimentation saine et délicieuse. Alors, la question est bien légitime.

En fait, la vigne est une liane. Son développement naturel est de produire du bois pour s'éloigner de ses racines et aller si possible chercher le soleil dans les arbres en s'accrochant grâce à des vrilles. C'est pourquoi l'on trouvait souvent, autrefois, des conduites de vigne utilisant les arbres comme tuteurs. En Périgord, on a de nombreux témoignages de voyageurs parlant de paysages magnifiques avec des vignes formant des guirlandes d'arbre en arbre. Je me rappelle avoir lu un contrat de vendange établi au XVIII° siècle, dans lequel le propriétaire s'engageait à payer les frais d'enterrement, si le vendangeur venait à tomber... s'était en effet une vendange très dangereuse... lorsqu'il falllait grimper sur des peupliers haut de 6 mètres! Il reste quelques vignes comme cela en italie... on l'appelle la conduite "étrusque", ce qui tendrait à signaler qu'elle était pratiquée avant la période romaine. Voici d'ailleurs une photo

On aperçoit bien les lianes de vigne qui s'accrochent aux arbres. Ainsi, ce développement vers l'éloignement se dit d'une plante acrotone. Il faut donc contrarier sa nature acrotone... même en bio. Pour éviter que la vigne nous échappe, nous la maintenons proche de ses racines en la taillant et en formant un pied qui grossit et que l'on appelle le cep. En fait plus nous allons contrarier le processus naturel, plus la vigne va se défendre en voulant se reproduire... et faire des fruits! Et oui, il nous faut quelquefois "forcer" la nature pour en tirer les délices tant désirés. De nombreuses tailles ont été expérimenté par les diverses civilisations viticoles. Elles sont souvent le fruit d'observations et d'adaptations aux climats et à l'altitude. Dans les montagnes du Tyrol italien, on cultive la vigne sous forme de pergolas en hauteur ou de structures en "hautain", pour éviter le gel de printemps. Dans le sud-ouest de la France, les tailles sur échalas (comme dans les Côte-Roties) ont fait place à la taille en guyot. Mais au Domaine, nous avons une parcelle ("au vieux poirier") où nous taillons à l'ancienne un vieux cépage qui s'appelle le Bourdalès, je vous en reparlerai à l'occasion. La taille en guyot, quant à elle, nous permet de créer une latte que l'on va "plier" et attacher sur le fils du bas.

La pliure contarie le cheminement de la sève, ce qui va forcer les premiers bourgeons proches du pied à se développer, à l'instar du dernier bourgeon de la latte qui est celui que le caractère acrotone de la vigne va préférer débourrer. Ainsi, on force la vigne à rester proche du pied. Dans le cas d'une guyot double, on taille deux lattes au lieu d'une:

Les deux lattes ont l'avantage de produire un développement harmonieux et symétrique du pied de vigne, et de répartir les raisins avec le maximum d'aération. L'inconvénient est qu'elles nécessitent plus de travail d'attachage des lattes.

Ainsi, hier matin, toujours à la pointe du jour, je suis parti avec mon sécateur

Un ciel splendide et un froid glacial. Je taille le sarment de gauche

puis celui de droite

j'enlève celui du milieu si il y en a un

Je me retrouve donc avec un pied de vigne et deux lattes pour faire la guyot double

Il ne me suffit plus que d'attacher les deux lattes au fils du bas

et voilà le pied prêt pour le printemps et le "débourrement" des bourgeons. Au fur et à mesure des années, le pied central va grossir et stocker de plus en plus d'amidon chaque hiver, ce qui a pour conséquence de libérer plus de sucre lors de la saison chaude. Biensûr, dans ces photos, on peut voir que je laisse une douzaine de bourgeons (6 par latte). Il faudra donc, pour éviter une trop grande production de raisins et une dilution des parfums, que j'enlève quelques bourgeons, soigneusement choisis. Ce sera "l'ébourgeonnage". A suivre...

lundi 12 janvier 2009

La taille commence

Dans les travaux d'hiver, la taille de la vigne occupe la place la plus importante, tant au point de vue du temps qui y est consacré que de la conduite qualitative de la vigne et de l'avenir du vignoble. En général, dans des domaines importants (plus de 20 hectares), on taille dès la tombée des feuilles jusqu'au mois de mars. Pour un carré de vigne, on taille au mois de mars: "Taille tôt, taille tard, rien ne vaut la taille de mars!". Chez nous, environ 4,3 hectares, on commence mi janvier. Il faut respecter les lunes, ce que nous faisons, lune montante pour les pieds faibles, lune descendante pour les pieds vigoureux!

Ce matin, la résolution était bonne, quoique le froid et le brouillard...

finalement, le brouillard s'est levé et on pouvait apercevoir la colline d'en face

les chiennes qui me suivent toujours à la vigne n'avaient visiblement pas froid

surtout Belle à droite, qui est une Husky sibérien!

J'ai commencé la taille "au Petit Bois", car c'est une parcelle précoce

et Nathalie s'est occupé de la jeune plantation de cabernet franc

c'est un travail délicat qui demande beaucoup d'observation car l'avenir du cep en dépend

La prochaine fois, je vous parlerai de la taille que nous pratiquons au Domaine.

dimanche 11 janvier 2009

Le bouilleur de cru

A la fin des années 1950, l'assemblée nationale abolit un privilège datant de Napoléon Ier, permettant à un propriétaire de vigne de distiller son marc pour en faire de l'alcool. C'est de cette époque qu'est né le bouilleur de cru: un droit transmissible de père en fils. Afin que l'abolition ne soit pas trop durement ressentie, les députés avaient permit aux propriétaires de droits de l'époque de continuer à l'utiliser jusqu'à leur mort, mais sans pouvoir le transmettre. Ils ont actuellement entre 80 et 100 ans, autant dire que l'abolition sera soldée dans quelques années! Cette abolition est la première grande loi, (annonçant la loi Evin) de protection sanitaire, pour la lutte contre l'alcoolisme endémique dans nos campagne à cette époque. Loin de faire baisser l'alcoolisme, elle a eu pour effet, comme toutes les lois qui veulent faire le bien et non réglementer la vie en société, de remplacer les alcools locaux par le whisky, la vodka et le gin. Au lieu de le produire, on l'a importé! Comme on dit: "l'enfer est pavé de bonnes intentions". La loi Evin, sa petite soeur, comme elle, n'est d'ailleurs pas totalement responsable de la baisse de la consommation d'alcool aujourd'hui, ce sont les lois de lutte contre l'alcoolisme au volant qui ont le plus d'impact sur la consommation. La loi Evin est une loi de santé publique qui veut faire le "bien". Par contre les lois contre l'alcoolisme lors de la conduite d'un véhicule, lors de la chasse, du bûcheronage en forêt ou lors de toute activité humaine qui peut nuire à autrui, sont de vraies lois au sens classique du terme: elles organisent et réglementent la vie en société... elles ne cherchent pas à agir directement sur la personne humaine dans son intimité. Pour moi, la loi n'est pas là pour faire le bien, mais pour permettre aux gens de vivre ensemble. Les dérives legislatives actuelles sont uniquement le résultat de la pression des médias qui poussent de plus en plus l'action publique vers la sphère privée. Ce genre de loi sont le symptôme de la naissance d'une nouvelle morale, ici une morale médico-sanitaire, remplaçant les morales religieuses d'autrefois. C'est une nouvelle forme de puritanisme... avec la coercition qui l'accompagne. Comme toute idéologie qui veut faire le bien et sauver l'"Homme": la chrétienté, le communisme... il est très difficile de la combattre, car on est tout de suite rejeté dans le camp du "mal" ou du "salaud". Il n'y a pas de discution possible. Certes l'alcool est un poison, il ne faut pas l'oublier, mais bu modérément il a des vertues médicinales, et comme tout médicament... il faut respecter les doses! En plus, certains Cognac Grande Champagne, Bas-Armagnac, vieux Calvados, Kirsch, Grappa... doivent surtout se humer. Point n'est besoin d'en boire de grandes gorgées. Moi-même, je n'en bois pratiquement pas, je préfère sentir leur parfum!

Hier matin, donc, je suis allé à l'alambic pour faire distiller le marc et produire un alcool magnifique, comme cela se faisait pendant des siècles dans nos campagnes. Je ne suis pas sûr que cela continuera longtemps, Jean ayant 84 ans, j'espère qu'il vivra longtemps encore, il est l'un des derniers à posséder un droit de bouilleur de cru en Périgord noir.

Pour trouver l'alambic en Périgord, la technique est simple, il faut chercher un point d'eau (un ancien lavoir par exemple) et regarder d'où s'élève une fumée dans le ciel... dixit jean... c'est imparable! Un point d'eau car on a besoin de refroidir les vapeurs chaudes pour extraire l'alcool. Ainsi, à 8h00 du matin, après maints détours dans la campagne, jean et moi avons enfin trouvé l'alambic. Sur la gauche on voit cet ancien lavoir,

et sur la droite l'alambic... bon la photo n'est pas claire, alors le voici d'un autre point de vue

N'est-ce pas formidable... on a l'impression d'être plongé dans un livre de Hugo ou de Dickens! Mr Bouchard, maire de la petite commune de Castels est un des derniers producteurs ambulants d'alcool. Il se déplace du mois de novembre au mois de février de village en village... pour combien de temps? Comme on le voit sur cette photo, l'alambic est fait d'une cuve à gauche qui permet de chauffer le marc, d'un "col de cygne" qui amène les vapeurs dans le serpentin qui est plongé dans la cuve de droite remplie d'eau froide. Au mileu une petite cuve de "repasse" permet d'aller au bout de l'extraction... en effet, à Cognac on fait deux "passes", mais dans nos campagnes, on ne fait qu'une "passe" avec toutefois, cette petite cuve de repasse. la cuve de chauffe avec le "col de cygne"

la cuve de droite contenant le serpentin, avec la petite cuve de repasse sur sa droite

Tout est en cuivre, et le serpentin a une forme conique... comme un cor de chasse. Ainsi, le façonnier chauffe la cuve avec le bois que le bouilleur de cru doit amener, pratique très ancienne

Puis on dispose le marc dans la cuve

sur des sortes de paniers en cuivre percés comme une passoire, et superposés les uns sur les autres. Une fois tout le marc entré

on commence la chauffe en posant un couvercle à la forme orientale magnifique

une fois le marc commençant à bouillir, les vapeurs entrent dans le col de cygne qui les amène au serpentin. Au bout d'un temps qui vous permet d'apprendre toutes les nouvelles du voisinnage, le précieux liquide commence à sortir du serpentin à 75° d'alcool!!!

Il sort dans un bec de perdrix ou se trouve l'alcoolmètre, puis se déverse dans une comporte en chêne, avant d'être mis dans des bonbonnes de verre. En effet, au début, la concentration de l'alcool est extrème, puis elle baisse, jusqu'à obtenir un alcool de 50°. C'est cet alcool que l'on ramène à la propriété et qui entamera un viellisement en fût de chêne de 5 à 10 ans (voire plus) pour le faire plonger vers 40°. Il sera alors consommable. Si on veut le boire plus tôt et qu'on n'a pas le temps d'attendre, on peut lui ajouter de l'eau (non calcaire) pour le faire passer de 50 à 40° en le diluant... je me refuse à le faire biensûr, mais c'est une pratique courante et légale qui se fait même dans les plus grandes maisons du Cognac et de l'Armagnac.

Une fois l'alcool récuperé, on enlève les gâteaux de marc, que l'on fera composter

et que l'on réutilisera dans la vigne comme un engrais... bio! Tout est recyclé, rien n'est perdu. Voilà une pratique qui disparaîtra bientôt... pour le plus grand malheur de l'amoureux des parfums rares... et pour le bonheur des vendeurs d'alcool industriel.

à votre santé!

vendredi 9 janvier 2009

froid et épandage

Ce matin je me suis levé avec la nature, comme toujours. Avant le lever du soleil, une lumière extraordinaire m'accompagne et m'encourage.

on aperçoit au fond le soleil qui pointe son nez! Il fait -8° dehors et la maison est froide... bbrrrrr... tout le monde dort, seul le coq et les chiennes sont réveillés... même notre chatte ne veut pas sortir de la chambre. Le moment qui précède l'arrivée du soleil est absolument magique. La lumière n'a pas encore dévoillée son origine, elle a l'air d'émerger d'un infini intouchable. Elle nous met dans une situation d'attente... celle du soleil qui nous amène la vie (et pour nous vignerons, la possibilité pour la vigne, par la photosynthèse, de casser le dyoxyde de carbone (CO2) pour rejeter les deux atomes d'oxygène (O2) dans l'air que nous respirons, et de garder l'atome de carbone avec lequel la plante va fabriquer du sucre (vous voyez où je veux en venir), des protéïnes, des glucides...). Enfin... le voici

La journée commence! Le sol est gelé, parfait, je pourrai épandre ma potasse...! comment! vous n'êtes pas bio? Si bien sûr, on peut être bio et épandre des engrais naturels qui ne se lessivent pas et qui participent à la vie du sol. Bien entendu tout est question de savoir faire. Ce que je mets est le Patenkali qui est fabriqué en Alsace. Il contient de la potasse et du magnesium, un oligo élément particulièrement important pour la vigne. La potasse quant à elle, a un rôle essentielle pour la circulation des sucres dans la plante, et bien sûr pour les métabolismes qui s'en suivent: par exemple au moment de la migration des sucres à la véraison entre autre. En général, la potasse est restituée dans le sol une fois les graines, et les fruits constitués. C'est pourquoi, on a presque pas besoin d'en rajouter lorsque l'on fait une culture non fruitière. Mais, dans un verger et une vigne, on en enlève une toute petite partie lors de la cueillette et pendant la vendange. Il faut donc, de temps en temps en remettre un peu. C'est l'impôt que l'on doit à notre sol pour les services qu'il nous rend: on garde les sucres (les fruits) car ils viennent en partie de l'air (le carbone), mais on redonne les éléments qui ne nous appartiennent pas et dont la terre a besoin.

Jusqu'ici, rien de compliqué. Mais les sacs de Patenkali pèsent chacun 50kg, alors attention au dos! L'agriculture, c'est surtout un travail de force. C'est pourquoi j'use d'une ruse que la vie dans les coteaux me permet, j'utilise un talus surélevé pour charger dans l'épandeur le sac à l'aide d'un "diable" et de deux planches posées entre le talus et l'épandeur

Et me voilà près à épandre mes oligos... L'intérêt de le faire aujourd'hui est surtout dû au sol gelé et ainsi, je ne tasserai pas la terre avec mon tracteur. En bio le sol doit être toujours souple et aéré, ce n'est pas toujours facile à réaliser car quelquefois, il faut intervenir alors que la terre est trempée. De plus, la potasse doit être mise avant le Printemps, c'est ce qu'on appelle une fumure d'Automne ou d'Hiver. Ainsi, contrairement au rythme rationnel du travail en ville, dans notre cas, c'est la nature qui décide, et non un emploi du temps préétabli. Il faut être disponible et à son écoute... c'est une leçon de modestie. Ainsi, j'ai pu démarrer le tracteur (pas toujours facile quant il fait froid...!) et faire au bon moment, l'apport nécessaire.

Après quelques heures, j'ai pris ma voiture pour faire la même chose dans notre vigne du Fleix, avec nos vieux ceps de merlot, à 70km de là! Là-bas, même matériel (j'ai presque tout en double!), par contre à l'instar du Périgord noir, la parcelle du Périgord pourpre (les Deux Collines) était sous la neige!!

Et oui, le terroir du Périgord noir et celui du pourpre, ne sont pas les mêmes. Tout l'ouest, de Bordeaux jusqu'au Fleix, était sous la neige, alors que le Périgord noir (la parcelle du Petit Manoir) avait les pieds au sec (mais pas au chaud!). C'est dans des moments extrèmes comme cela que leur différence est mise en lumière. Au domaine, les deux terroirs sont parfaitement distincts: Petit Manoir pour le Périgord noir et Deux Collines (avec l'Alba et Barbeyrolle) pour le Périgord pourpre. nous cultivons la différence... loin de nous diviser elle nous enrichit