Et oui... cela arrive aux adultes comme aux enfants. Je me suis retrouvé sur les bancs de l'école... retour à la chimie, biologie et physiologie du sol! Tout un programe. Lorsque je me suis remis à la terre, je n'avais qu'une envie: sentir, respirer, m'envahir du parfum, de la chaleur, de la texture de cette Terre Mère, qui nous crée, nous nourrit, nous porte et... nous supporte! Adepte de Claude Bourguignon (avec un nom pareil, comment ne pas séduire un viticulteur), du retour à la terre certes (c'est une vieille lubie du monde moderne), mais surtout du retour aux valeurs de la fertilité, j'ai voulu nier mes vielles connaissances de chimie du temps de mes études, pour réaliser une sorte d'osmose quasi religieuse entre la vigne et moi-même. J'ai donc voulu vibrer avec la nature pour, par instinct, décider de ce que la vigne pouvait avoir besoin. Puis, recevant l'inscription à un stage organisé par la chambre d'agriculture sur "la physiologie du sol" par deux ingénieurs chevronnés, je me suis décidé à le faire. Plusieurs jours d'opérations chimiques, moléculaires et biologiques m'ont à la fois passionné... et laissé perplexe. En effet, je me demandais comment j'allais traduire sur mon tracteur l'opération qui consiste à éviter que des cations d'hydrogène viennent prendre la place d'atomes de calcium, de potassium et d'azote! Opérations mathématiques certes, mais qui auraient pour conséquence de libérer des atomes d'hydrogène provoquant ainsi l'acidification de mon sol!!! Sachant que ces atomes sont minéralisés par des processus biologiques de transformation de la matière organique en dégradés chimiques minéraux, qui pour le cas de l'azote, continue le processus pour aboutir en quelques semaines à des nitreux azotés puis à des nitrates d'azote, directement assimilable par nos chères vignes. Ces éléments minéraux étants des cations attirés par des anions comme les particules d'argile ou de roche calcaire, ils se fixent sur leurs attracteurs pour attendre le moment où une autre opération chimique - déclenchée soit par une intervention biologique type attaque de bactérie, ou une pluie, ou une aération forcée (voilà mon passage de tracteur muni de son cultivateur) amenant ainsi une abondance d'oxygène, d'oxydes de carbone voire de dioxydes de carbone... - leur permet de migrer vers mon raisin chéri, ou si il y a une pluie... vers le lessivage. Tout est donc affaire de météo... je vous le dis! Me voilà donc, le temps d'un instant assis devant une table d'écolier à réver d'une hyper organisation chimique de mes labours. Le lendemain de ces quelques jours de stage, un peu "grogui", bourré de vitamines mathématico-biologiques, je suis monté sur mon tracteur, j'ai mis la clé de contact, j'ai tourné le démarreur et... rien... panne de moteur! Que c'est bien d'être ingénieur...