Domaine de la Voie Blanche

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samedi 4 février 2012

BRF vigne

Hier j’ai installé mon BRF (bois raméal fragmenté) dans mon carré-collection de vigne

C’est une petite vigne entourée de pommiers taillés en espalier, où je plante soit des plants récoltés dans la forêt ou chez des anciens, soit des variétés que j’expérimente. Les plants sont taillés à cot, certains hauts d’autres bas. A droite on peut voir un tannât qui vient du Madiran. Au milieu, mon avoine, à gauche un pied récolté dans la forêt face à la vigne du Petit Manoir, à l’emplacement d’une ancienne vigne abandonnée il y a plus d’un siècle !

Chaque année, j’étudie l’évolution des maturités et la résistance aux maladies. Et j’essaie de comprendre le caractère des variétés indigènes. L’idée, à terme, est de planter à plus grande échelle l’une ou l’autre de ces variétés… ou pas !

Pour revenir au BRF, j’ai décidé de l’expérimenter sur la vigne, toujours dans le but de couvrir le sol au maximum… de ne pas laisser de sol nu. Cette technique a été expérimentée dans la vigne par Claude Bourguignon, mais les résultats ne sont pas publiés ! L’utilisation du BRF vient des canadiens qui se sont aperçus que sous les déchets de coupe du bois, la terre devenait très fertile. La raison en est la couverture permanente et la lignine contenue dans le bois qui décomposée par les champignons, produit un humus de très haute qualité. C’est le principe de la forêt. Fukuoka l’avait d’ailleurs remarqué il y a bien longtemps déjà. Mais personne ne l’a écouté !

Pour ce qui est de l’inter-rang, c’est les engrais verts qui feront ce travail. Pour le rang de vigne, la contrainte est de ne pas avoir de végétation qui pousse en hauteur pour éviter de couvrir les grappes avec le problème de l’aération et de l’ombre portée, et pour se prémunir d’éventuelles gelées printanières.



Le BRF me semble une bonne solution, sauf qu’il y a un risque de maladies cryptogamiques comme l’oïdium qui risqueraient de se développer. Certains pensent que des foyers de pourridiés pourraient naitre. Je ne pense rien de tout cela, mais je préfère le tester avant de me lancer dans un épandage systématique.



Pourquoi l’oïdium ne serait pas à craindre ? Je n’en sais rien, mais je suppose que si les bois sont au sol, l’oïdium ne sera pas le seul champignon à venir dégrader le BRF. Il y aura donc concurrence. Et je souhaite faire venir des « champignons auxiliaires » (néologisme made in Domaine de la Voie Blanche). En effet, 80% des champignons qui sont dans le sol, participent de la fertilité… d’où le problème du cuivre et du soufre qui attaquent l’oïdium et le mildiou… mais aussi tous les autres champignons !

Pour ce qui est du pourridié, je n’y crois pas du tout. Pourquoi ? Parce qu’il se développe sur des bois qui sont enterrés (des racines laissées dans le sol…) et donc subissent une fermentation anaérobique. Posés sur le sol, comme dans une forêt, ils subiront une fermentation aérobique… toute différente !

Comme je n’ai pas de preuve de ce que j’avance, je préfère l’expérimenter. Si j’observe une augmentation de la fertilité avec une maitrise des « mauvaises herbes » et des maladies… il faudra augmenter la surface de test et réfléchir à un moyen d’épandage.



Pour ce premier test, j’ai pris mon broyeur de jardin, et j’ai épandu les copeaux à la pelle.

Si cela marche, je n’imagine pas le faire sur 6 hectares. Il m’a fallu une journée pleine pour couvrir ces 30m2 ! Le broyage étant le facteur pénalisant. Heureusement, j’ai pris contact avec le SMICTOM local qui signera une convention pour me donner tous les bois d’élagage des bords de route et des chemins ruraux, qui sont broyés par les cantonniers des communes voisines. Ils ne savent pas quoi faire du surplus une fois épandus dans les massifs floraux communaux.
Heureusement qu’il n’y a pas beaucoup d’agriculteurs bios dans le coin…. ! Non… je n’en pense pas un mot ! Reste le problème de l’épandage… nous verrons bien le moment venu. Après, le BRF peut tenir 3 à 4 ans si on met une couche de 4 à 5 cm.



Cela voudra dire, très peu de travail de désherbage sous le rang… peut-être un fauchage au mois de mai avant que le peu d’adventices qui arrivent à vaincre la barrière du couvert, montent à graines. Et la fin du travail du sol, les copeaux, c’est-à-dire toute la microflore et la microfaune, feront le bouleau.

Un carmenère BRFé

Un abouriou aussi

un ermemont

L'abouriou, voilà typiquement un pied qui végète depuis trois ans. Le test sera intéressant pour voir si la fertilité du BRF est forte et a débloqué l’assimilation de certains minéraux.

Pour ce qui est de l’inter-rang, je souhaite laisser pousser l’avoine jusqu’à sa maturité, c’est-à-dire début Juin. Puis, je la broierai avec les graines qui donc se ressèmeront toutes seules. La paille couvrira le sol et protégera le semis naturel tout en commençant un cycle d’humification intensif. Pour éviter la faim d’azote possible avec la concurrence faite à la vigne, je vais épandre de la matière organique (plumes de volaille à 9% d’azote) à l’épandeur à engrais. La vigne ne devrait ainsi pas souffrir de la pousse de l’engrais vert avoine/vesce.

D’après mon protocole, il ne sera plus utile dans l’avenir d’épandre quoi que ce soit… disons que c’est le starter pour enclencher le cycle. La vesce, semée avec l’avoine, apportera l’azote nécessaire pour le futur, azote captée et retenue par l’humus, la pousse de la nouvelle avoine « spontanée » et la vigne.



La période de juillet/août n’étant pas propice à la pousse de l’avoine et de la vesce, qui préfèrent septembre/octobre, il n’est pas sûr que le semis naturel fonctionne. Les graines peuvent être mangées par des oiseaux, des rongeurs ou des insectes. La paille devrait les cacher. Pour les oiseaux, cela ne semble pas trop dangereux. Pour les limaces, elles n’aiment ni la paille ni la sécheresse estivale. Reste certains rongeurs qui pourraient se développer à l’occasion d’un apport massif de graines en repos et à la faveur de la protection du paillis. Nous verrons bien.



Peut-être faudra t’il semer à la volée une légumineuse d’été (pois, haricots…) pour apporter de l’azote avant que les graines d’avoine ne germent… ? On le saura l’année prochaine à l’aspect du nouvel avoine/vesce. S’il est beau et dense, c’est gagné. S’il est beau et éparpillé, il faudra le protéger. S’il est chétif, il lui manquera de l’azote… une légumineuse s’imposera en intercalaire.

J’ai semé de l’avoine, il y a deux ans. J’ai broyé un peu tard (trop pour une utilisation classique, coupe en vert pour apport d’azote assimilable). Je me suis aperçu que l’année suivante, il s’était resemé tout seul et avait un très bel aspect. C’est à partir de cette constatation que j’ai élaboré cette expérience et que je ne sèmerai pas autre chose en intercalaire pour cette année.

Pour le problème de la compétition hydrique que peut poser ce cycle, je me réserve la possibilité de détruire le couvert du rang enherbé (1 rang sur deux, semé de fétuques rouges, de ray-grass, de trèfles blancs) aux disques. Mais je commencerai surtout par le broyage, n’utilisant les disques que lors d’une période de sécheresse… et si la vigne en souffre trop… un outil pompier en quelque sorte.

Voilà l’horizon du « non-agir », cher à Masanobu Fukuoka, qui se rapproche. « Non-agir » ne veut pas dire « non-travail » et veut dire « beaucoup-réfléchir » et « beaucoup-observer ». En fait, je cherche à faire faire le travail par la nature. Les avantages sont nombreux : non polluant, intégration dans le milieu naturel, temps de travail dégagé pour autre chose, baisse des coûts de main d’œuvre, d’intrants fertilisants et de gas-oil (et d’entretien mécanique).

J’ai écrit « milieu naturel » et non « environnement ». C’est pour moi crucial. « Environnement » signifie pour moi que l’Homme est dans un espace qui l’entoure et qui lui est étranger. Ce qui brouille la réalité, puisque nous ne sommes pas étranger à la Nature, nous sommes une part d’elle-même, que nous le voulions ou non. Une agriculture qui protège l’environnement, c’est une agriculture dangereuse dont on essaie de réguler les dangers. C’est « l’agriculture intégrée ».

On construit des haies pour capter les oiseaux, on sème des jachères fleuries pour attirer les papillons (et les touristes), et on diminue les doses de produits chimiques (qui sont de plus en plus concentrés de toute façon). Cà n’est pas sérieux ! Pour moi, l’agriculture doit être une part de la Nature et non un corps étranger. Et c’est possible en réapprenant à regarder.

Reste le problème des pulvérisations phytosanitaires… dont une expérience commencera cet été avec la constitution d’un groupe expérimental de viticulteurs (dont notre domaine) au sein d’Agrobio-Périgord en relation avec Petiot pour l’utilisation des extraits végétaux.



J’en rendrai compte le moment venu.

vendredi 27 janvier 2012

Les campagnes à la ville

Bon, j’ai reçu des emails de lecteurs me disant qu’il y avait aussi en ville des mouvements qui se préoccupaient du rapport que nos sociétés entretenaient avec la nature. C’est vrai ! En dehors des AMAP, il y a, j’admets mon oubli, des associations et des gens qui font un travail exceptionnel. Le plus connu, c’est bill Mollison, le pape de la permaculture, qui a influencé tout un mouvement aux USA d’écoconstructions.

Dans cette vidéo, il explique le fonctionnement d’un de ces nouveaux quartiers, et c’est remarquable.

Le problème est que cela peut s’appliquer dans les continents où l'on peut encore s’étendre, mais dans notre vieille Europe… chaque nouveau quartier, c’est des hectares de terres agricoles ou d’espaces naturels qui disparaissent.

En Europe, c'est la réhabilitation qui semble faire consensus. Et là, il y a le mouvement initié par Rob Hoptkins (professeur de permaculture) dans sa ville de Kinsale en Irlande… le mouvement des « villes en transition » : Transition Town ici.

Le principe, influencé aussi par Bill Mollison, est d’amener les villes à une décroissance énergétique, en rapprochant les unités de production des villes, c’est-à-dire en relocalisant une certaine industrie, en relocalisant la production alimentaire (c'est un peu nos AMAP)et en baissant le niveau de consommation énergétique par toute sorte de moyens.
Le site international des Transitiv Town est très intéressant et assez bien fait. On y découvre que des villes comme Chicago, Houston aux USA, Sidney en Australie,… (rien que ça !) plusieurs dizaines de villes anglaises, des villes au Japon (pour Fukushima ce sera dur), en Allemagne, au Danemark, en France… , et dans bien d’autres pays, ont adhéré à ce mouvement.
La permaculture est une philosophie politique dont le penseur est Bill Mollison et qui place la décroissance au cœur de son action. Elle est très proche de la philosophie de Masanobu Fukuoka, mais je ne sais pas si elle en est influencée ou si elle est concomitante. Chez Fukuoka, son principe du non-agir est directement inspiré de certaines philosophies japonaises et chinoises.
Alors que la décroissance est plutôt une idée qui contredit les principes occidentaux. Je pencherai donc pour une influence asiatique. Mais je ne connais pas Mollison et il ne me semble pas l’avoir évoqué. Il est clair, en tout cas, que ces façons de faire société avec la nature ne semble pas se rapprocher de la vision de Steiner avec la bio-dynamie, des associations d’agricultures biologiques françaises (Nature et progrès…)ou des mouvements écologiques que l’on trouve sur notre continent.

Mais il semble que les mouvements les plus "à la pointe" chez nous, s’en inspire fortement comme ce jeune agriculteur de Charente qui tente de créer un ferme permacole ici.

Beaucoup de choses rapprochent la permaculture et l'agriculture sauvage puisque c'est ainsi que la nomme Fukuoka lui-même. La place de l'arbre est fondamentale dans l'une comme dans l'autre. Mais une chose les distingue, la permaculture envisage le compost comme un fertilisant important, alors que Fukuoka refuse tout intrant, même biologique. Claude Bourguignon est assez proche de ces conceptions. Je dois dire qu'elle m'influence aussi beaucoup, et que j'essaie de construire ma viticulture sur l'horizon de l'agriculture sauvage. Je n'y suis pas encore... mais, l'explication de mes recherches sont une des motivations les plus fortes de ce blog.

samedi 21 janvier 2012

Campagne de plantation à Paris

Me promenant aujourd’hui sur les quais de Paris à côté du Châtelet où l’on célèbre le culte de la culture… je me suis retrouvé devant le magasin Vilmorin. Etant par nature curieux de tout ce qui touche les plantes, je me suis retrouvé nez à nez avec… des pieds de vigne

Quelle n’a pas été ma surprise, moi vigneron, venu va nu pied dans la plus citadine des villes, de retrouver des très chers ceps de vigne, vivants, taillés dans des pots dont la profondeur, me les faisait voir comme des culs-de-jatte. Ne trouvez-vous pas qu’ils ont l’air bien à l’étroit dans leur terroir miniature ?



En m’approchant, je voulais connaitre leurs noms

Grenache de Corbière vendu 199 €. Avec leur nouvelle biodiversité, le vin qui en sera issu aura une minéralité… toute particulière.



Non, bien sûr, ils vont orner un salon élégant et techno-moderne… la Nature devient ornement! Ce qui nous a fait devient de la déco.

La vigne produisant le sang rendu sacré par un fils de l’Infini originaire d’un Moyen-Orient vénéré, qui en s’écoulant dans la boue des villages celtes, germains et gaulois faits de huttes en paille, de tentes en peaux de bête, parcouru par des enfant en guenille et des fiers hommes bardés de breloques barbares, a fertilisé ce sol pour engendrer l’Occident. Cette vigne deviendrait bling-bling ?

Fini les grands espaces et les hautes montagnes rocailleuses soutenant des forteresses cathares pour repousser le Mal. On troque le schiste pour le carrelage. Le vent d’Autan qui balaye les vallées ardues et rudes du Roussillon et du Corbière sera remplacé par une clime !



J’ose à peine imaginer le vieux paysan qui s’est courbé toute sa vie comme ses parents, grands-parents, aïeuls… qui a planté puis soigné avec amour ce pied centenaire… je l’imagine voir son cep dans un pot de géranium… !

J’imagine aussi, celui qui a consentit à brader sa vigne, le cœur serré et les poches vides, voyant partir l’héritage précieux et ancestral, qui malgré son étreinte, n’a pu empêcher qu’on le lui arrache.

Et tout ça pour le plaisir d’entendre lors d’une soirée branchée : « oh ! C’est sympa ta vigne… comme c’est fun… et qu’est-ce que c’est chic à côté de ton écran plat ! J’espère que tu nous feras du vin bio ou du jus de raisin très bientôt… ah !ah !ah !... ?

jeudi 19 janvier 2012

Manteau de givre au Petit Manoir

L’hiver jette son manteau froid sur le Petit Manoir

La taille a commencé comme partout, même si nous sommes toujours un peu après les autres vignerons.

Ce cycle est très important pour nous et pour la vigne. C’est un moment consacré au regard.

On remarque les endroits où il y a des problèmes : marquants cassées, fil de fer coupé, amarre arrachée (eh oui !), pieds manquants, piquets pourris… On n’est plus dans l’agitation du printemps et de l’automne… saisons vigneronnes par excellence.



Le travail est aussi pénible (tailler par -4°… pas terrible), mais moins stressant, moins dans l’hyperactivité.

J’apprécie le travail fait à l’automne avec le cavaillon qui protège le pied du froid

Les anciens n’avaient pas tort de cavaillonner, même si c’est une charge de travail qui se rajoute à d’autres.

J’ai profité d’un sol gelé (rendu résistant au poids du tracteur) pour positionner la dolomie sur une partie de la vigne. C’est une sorte de chaulage, mais façon bio… sans chaux. La dolomie est une roche naturelle aux propriétés fertilisantes très intéressantes surtout dans nos sols qui sont structurellement carencés en magnésium. Pour le calcium, dans de vieux sols comme les nôtres, les calcaires en sont souvent dépourvus. Ils ont été consommés par les milliers d’années d’activité biologique et surtout agricole.



Lorsqu’on prélève la récolte, une partie des minéraux n’est pas naturellement restituée au sol comme dans une forêt. Il faut donc la restituer mais sans violence. La dolomie va donc se décomposer lentement au grès des pluies et de l’activité organique. Ainsi, on ne nourrit pas la plante, comme dans le chaulage, on fertilise le sol.

A propos de fertilité, les féveroles accusent le coup des températures négatives

Dès la fin des gelées, elles vont se redresser bien sûr. Il ne faut pas oublier que la fève était l’un des seuls légumes cultivés en Europe au Moyen-Âge. En effet, les autres légumes (tomates, pommes de terre, poireaux…) sont assez récents. Ils nous sont parvenus au moment des grands voyages des XV° et XVI° siècles.



Or, comme nous le voyions sur beaucoup de tableaux de cette époque (surtout ceux de Bruegel), il faisait très froid. On a appelé ce moment une mini-période glaciaire. La fève supporte très bien les basses températures hivernales. Et si on la sème à l’Automne, elle résiste mieux aux pucerons qui ne vont pas l’épargner au printemps.

Pour les engrais verts, il existe aussi une technique qui consiste à semer une plante qui se détruit avec le gel. Ainsi, elle va pailler le sol en hiver et laissera un sol propre au printemps pour un semis de maïs ou autre… et ceci, sans travail du sol.

Il y a tant de nouvelles techniques à découvrir, respectueuses de l’environnement ! Il manque simplement la curiosité et l’indépendance face à la convoitise de certains.

Dans ce froid, un rayon de soleil est le bienvenu

En cette période, il réchauffe moins les doigts que le cœur.

jeudi 12 janvier 2012

La révolution du colibri

Je n’ai pas l’habitude de m’exprimer sur la politique, non pas que je la dédaigne, m’enfermant dans un individualisme autiste, mais parce que les actes m’intéressent plus que les paroles, et que les mots ont souvent tendance à exprimer des idées qui dispensent les actes de s’y conformer.

Pour moi la politique est constituée de 5 catégories d’intervenants : 1- les politiques, 2- les technocrates, 3-les électeurs qui votent par intérêt corporatiste, 4-les électeurs qui votent par idéalisme, et 5-les réalités nationales et internationales.

La 4ème est celle qu’on entend le plus dans les média, dans les meeting et au bistrot, et qui souvent n’a aucune prise sur les décisions (j’en donnerai un exemple). Pourquoi la 4ème s’entend, parce que les autres, en général ne dévoilent pas leurs mobiles et que la 2ème est soumise à l’obligation de réserve… et que l’être humain adore qu’on lui conte des histoires, ça lui permet de s’échapper du réel.

La première fait de la politique par égo... ou pour défendre de gros intérêts. La 2ème fait et applique une politique la plus froidement rationnelle possible. La 3ème vote à droite si elle est propriétaire, et à gauche si elle veut l’argent de ceux qui en ont. La 4ème rêve mais vie comme la 3ème. Et la 5ème ne nous demande pas notre avis.

De ce constat assez décevant, je l’avoue, j’en ai déduit que la façon de vivre est un acte bien plus politique que tous les bavardages, face aux intérêts puissants qui eux, agissent sans fanfare ni trompette.

Le 28 Novembre dernier, la loi sur les COV est votée par une poignée de députée UMP. Qui en a entendu parler… ? Personne, et surtout pas l’opposition, absente et silencieuse (ça c’est les idées, (liberté, égalité, justice, transparence…) qui n’ont aucune prise sur les décisions). La conséquence de cette loi est d’interdire à terme l’utilisation par le paysan de ses propres semences en les taxant et l’obligation d’acheter dans un futur proche des semences produites par les 4 ou 5 grands semenciers mondiaux. C’est ce qui s’appelle : utiliser la politique pour s’en mettre plein les poches.

Quel est l’intérêt du pays et de la population ? Aucun. C’est juste un vote démocratique dans les formes au service de l’intérêt de quelques-uns. L’intérêt de la population voudrait qu’on multiplie la biodiversité en encourageant les initiatives individuelles ou associatives de localiser à outrance les variétés. Ainsi, on éviterait d’empoisonner la population par l’usage de pesticides et fongicides rendus incontournables par l’utilisation d’un éventail de semences trop réduit. Ce manque de variété favorise le développement des ravageurs, ne trouvant aucune barrière génétique qui généralement sont érigées par la biodiversité.

Eh bien, pensez-vous que ces députés ont voté une loi qui va dans le sens de l’intérêt général ? Que nenni. Ils ont voté pour de gros intérêts, et l’opposition n’a pas bougé pour la même raison… avec en plus l’hypocrisie de l’absence… pour ne pas s’expliquer sur une loi qui est liberticide et clairement orientée gros sous.

Face à ce bulldozer qui fait de la politique avec beaucoup d’efficacité, les bavardages n’ont aucune utilité, surtout si la personne qui les profère vit en ville et va au supermarché. Seule l’action qui engage chaque personne dans sa vie est un véritable acte de résistance et surtout de construction. C’est ce qu’on appelle : la révolution du Colibri.

Venons-en à la fable : la forêt brule, tous les animaux se demandent ce qu’il faut faire. Un seul agit : le colibri (le plus petit oiseau) qui apporte de l’eau pour l’éteindre. Les autres lui disent : « mais pourquoi te fatigues-tu, tu n’apportes pas assez d’eau pour éteindre le feu ? ». Il répond « je sais, mais je fais ma part » !

Et les colibris (c’est-à-dire pour moi, ceux qui véritablement inventent de nouvelles façons de vivre pour répondre aux défis majeurs de notre temps : gestion de l’eau, gestion des déchets, gestion de l'énergie, équité dans le partage des ressources alimentaires, lutte contre la pollution, lutte contre les GAES, préservation de la biodiversité, protection de l’environnement… ) se trouvent surtout dans le monde paysan et peu dans les villes où les populations sont souvent captives à l’intérieur d’un système de totale dépendance alimentaire. Je ne veux pas dire qu'ils ne s'y intéressent pas, mais leur mode de vie contredit leurs paroles... et ils ne sont pas prêt de changer.

Malgré tout, certains citadins sont dans ce mouvement colibri : ceux qui ont promu les AMAPs. Là j’avoue que ce mouvement est passionnant.

Pour moi, l’un des beaux exemples de la révolution du colibri est le Hameau des Buis ici. Les gens qui s’engagent dans ce projet, ne se contentent pas de bavarder, mais construisent une autre proposition de vivre ensemble. C’est pour moi, l’acte politique le plus fort et le seul qui mette en danger ce système fou de superprofits. Et d’ailleurs, je suis persuadé que ceux qui n’en veulent pas, feront tout pour empêcher que cela se développe, ou pour le torpiller ici. Ils seront secondés par les inerties sociales et culturelles… comme l’agriculture biologique en a fait et continue à en faire les frais.

Ce qui est passionnant dans ce type d’expérience, et il y en a plusieurs, c’est qu’une utopie se réalise tout en restant une utopie. C’est paradoxal car utopie est un rêve de société (Utopia) sans existence réelle, qui trace un horizon à atteindre. Vivre en autonomie alimentaire avec des besoins énergétiques réduits ne sera jamais à la portée de tous. Il y aura toujours des hommes pour vouloir manger chinois, japonais, italien, moléculaire, russe, mac donaldien… en dépit de tout… et pour cela il faut des infrastructures de transport et de production qui ne peuvent exister avec un tel engagement de décroissance.

Par ailleurs, il semble difficile de provoquer le mouvement inverse de l’exode rural, Mao a essayé en Chine, résultat : presque 1 million de morts… et je vois mal les habitants de Paris, de Marseille, de Bordeaux, de Nice, de Lyon… revenir en masse dans les campagnes sauf dans leurs résidences secondaires, ou des quartiers chics de Paris décider de détruire des immeubles pour refaire des jardins potagers locaux… où alors, il faudrait des architectes qui les imaginent dans les immeubles ou sur les toits ? Mais après tout on peut rêver !

Surtout la satisfaction infinie des désirs que promet la société de consommation est un moteur de vie irrésistible et qui s’adresse à tous, même à ceux qui ne sont pas des saints… le problème est vertigineux. Mais on ne peut pas prédire l’avenir et la révolution du colibri fait penser à la révolution d'un seul brin de paille de Fukuoka… le plus petit changement peut contaminer l’ensemble comme le battement d’aile d’un papillon à un endroit de la Terre peut provoquer un cataclysme à l’autre bout de la planète : un très sérieux modèle scientifique que l’on appelle « l’effet papillon » découvert par le mathématicien Lorenz. C'est cette action modeste mais déterminée qui constitue pour moi l'horizon politique.

Celle qui sévit dans les média... je l'écoute comme tout le monde et elle m'amuse parfois... comme une vaste farce où les protagonistes ne peuvent pas dire les choses et jouent au "plus menteur je gagne".

jeudi 5 janvier 2012

Le cycle reprend

Juste avant les fêtes, l’hiver est tombé enfin sur le Périgord

Les premières gelées annoncent le début des travaux de taille. J’aime bien cette vieille vigne de mon voisin paysan, on y voit encore les rangs de fruitiers dans la vigne qu'on appelle chez nous les joualles.

Elle rappelle qu’autrefois, le paysan n’était pas que vigneron en Dordogne. Il faisait un peu de lait, du tabac, de vin, des noix, de la volaille, du mouton, des cochons et des céréales. La spécialisation ne l’avait pas touché… son regard voyait large !

La taille à cot était de rigueur en Aquitaine… on l’a souvent oublié. Et l’on voit ici, que le fil de palissage, un seul placé en haut, n’a pas encore entrainé le changement de taille venu de Bordeaux comme la guyot ou la royat.

C’est que le Périgord noir est loin et les hommes ne s’y laissent pas convaincre facilement. Au mieux ils ont aligné le pied taillé à cot, traditionnellement en gobelet, sur le rang de vigne. Cela permet de laisser passer le tracteur. Avant seuls les sabots du cheval et ceux du paysan foulaient cette vigne. On a troqué la corne pour le caoutchouc.

Je trouve la taille à cot très belle

Elle est à l’image du paysan qui la taille, un corps torturé avec des bras puissants qui s’étirent à vouloir étreindre le ciel et les pieds enfoncés dans la terre. Le gel semble figer ce geste et donne l’impression d’un temps arrêté par je ne sais quelle catastrophe.

Après cette brève annonciation hivernale, nous avons connu un long cycle de pluie qui a désolé les vacanciers mais qui a ravi le paysan. Les citadins ont oublié que si ils mangent, c’est parce que l’eau tombe du ciel. Et cette eau, nous en avions terriblement besoin.



La Dordogne est d’ailleurs enfin très haute ainsi que la Vézère. Seul bémol, le débit des sources des coteaux, semblent encore un peu faible, ce qui tendrait à penser que les sols ont du mal à absorber l’eau, celle-ci dévalant jusqu’aux ruisseaux puis directement dans les rivières. Des sols tassés par des pratiques agricoles intensives ou rendus imperméables par la frénésie immobilière.



Ceux qui auront travaillé leur sol, vont pouvoir récupérer cette eau, et en été, les vignes en ont besoin.



Je suis passé aussi à Barbeyrolle avec ses vieux pieds de merlots

Le sol est enfin recouvert de son manteau vert

Il est ainsi protégé de l’hiver et des intempéries. L’érosion est freinée et la vie organique se développera vigoureusement au printemps. Les engrais verts ont été semés à temps et ils se développent très bien

Ils forment déjà une biomasse non négligeable, et qui sera importante au moment de son incorporation en Mai. D’ici là, les travaux d’hiver ne nous laisseront pas au chômage.

dimanche 11 décembre 2011

Dégustations londoniennes

Etant à Londres cet été, et dégustant de multiples vins provenant de toute la surface du globe, finalement, ce qui m’a le plus impressionné, sont quelques tableaux découverts dans la National Gallery.



Il m’arrive souvent d’aller visiter les musées et de ne rechercher que les tableaux qui évoquent soit le vin, soit la gastronomie, soit des paysages « bucoliques ». Il me semble toujours, qu’une œuvre sublime représentant un motif sublime comme la vierge et l’enfant, la crucifixion, une scène héroïque ou un personnage historique… avait moins de mordant qu’une œuvre sublime dépeignant une guenille ou une scène sans intérêt comme une nature morte.

J’ai toujours trouvé que la beauté n’avait d’intérêt qu’à transfigurer le banal.

Comme cette scène de taverne de Brouwer, un peintre hollandais mineur du XVII…. Je veux dire, ni Vermeer, ni Rembrandt, bien sûr. Tout d’abord, j’aime énormément l’ensemble des nuances grises, qui fait ressentir le confinement, l’intérieur… une certaine harmonie paillarde avec ces personnages grivois et ivres, ces visages tous différents, ces couleurs qui font sortir les personnages du tableau.

Lorsqu’un tableau n’a pas de paysage comme fond, mais un mur, il me semble qu’il provoque une intimité en projetant les personnages à l’avant du tableau. J’ai la sensation qu’il veut faire corps avec moi et qu’il m’invite à faire partie de son sujet ou de sa scène. Je me sens comme intégré à l’intérieur de son cadre.

C’est un peu ce que je recherche dans un vin. Une sensation de plaisir et de simplicité ; je n’aime pas les vins trop… prétentieux, sur extraits, surpuissants jusqu’à l’arrogance… trop de gras, trop de mâche, trop de rondeur, trop de café, trop de réglisse, de tabac, de fruits rouges, de pruneaux, de chocolat…. Bref, trop de tout. J’ai l’impression d’avoir un breuvage qui me fait penser à un tableau hippopotamus ! J’en ai tellement bu à Londres… !

Tenez, pour revenir à ce Brouwer... n'y a t'il pas quelquechose de puissant dans ce contraste entre un désordre manifeste, et une harmonie produite par la sensation d'une atmosphère de chaleur et de douceur dans laquelle sont plongés les personnages. En plus les couleurs ont l'air véritablement d'emerger du fond grisâtre ou verdâtre. Il y a comme quelque chose d'organique dans ce dégradé de tons. Et le tonneau sur la droite avec ses cercles en feuillards, il devait venir de nos régions qui à l’époque exportaient en Hollande, le Bordeaux voguant vers l’Angleterre. Il y a quelque chose d’émouvant dans cet objet sans intérêt pour beaucoup d’observateurs, mais plein de sens pour un périgourdin dont plusieurs membres de sa famille ont inévitablement fabriqué du feuillard à étreindre les barriques. C’était leur façon d’embrasser le jus de treille.

Mais je dois dire que l’un des tableaux qui a le plus attiré mon regard, c’est cette nature morte de Kalf

C’est tout simplement prodigieux. Il y a une chose qui m’a toujours ébloui, c’est la capacité d’un artiste à partir d’une pâte colorée opaque souvent à base d’argile ou de minéraux broyés… et d’un coup de pinceau de produire de la transparence et du cristal. Quand on y pense, ce tableau est en fait produit par un ensemble de pâtes colorées collées sur une toile. Et que voit-on ? Un zeste de citron qui a l’air tout juste posé là, une nappe négligemment repliée, deux verres d’un cristal prodigieux remplis d’un bon vin blanc aux reflets d’or !

Tout est reflet, transparence et jeux de miroirs infinis. Le rouge du homard est incroyable, il semble fait de toutes les couleurs qui l’environnent… et pourtant il se détache de façon ostentatoire.

Ce que je trouve très beau aussi est le contraste entre les matières solides comme le homard, le citron, la tenture, le plat ou la pelle à servir qui tous semblent être dans des positions déséquilibrées, prêt à tomber… et les liquides des deux verres et sans doute de la corne, qui eux, sont immobiles et stables... presque immuables. Magnifique paradoxe.

Et les textures !... tout y est… de celle du tissu, au grain du zeste, à la carapace du homard, le bois de la table, la corne pour finir par les minéraux ; les verres et l’argenterie. N’y a-t ’il pas là toutes les métaphores du vin, de la minéralité au soyeux en passant par les agrumes et le croquant.

Mais bien sur, ce qui me trouble le plus est l’in-peignable par excellence… la lumière. Toute peinture est faite de couleur et de dessin. C’est déjà un exploit de peindre un objet avec ses contours et sa couleur. Mais la lumière ? Comment représenter avec de la couleur et un trait de dessin... l’impalpable. Quel œil faut-il a un être humain pour capter à l’aide d’un pinceau, ce qui ne peut se capturer… n’est-ce pas là ce qu’on appelle le génie artistique ?

Quel merveilleux cerveau que celui qui a produit une telle image !

Ce vin qui est dans ce verre, n’est-il pas lui aussi l’expression d’un autre paradoxe… un jus de fruit qui a pour parfum une multitude d’autres parfums à l’exception de celui d’origine : le raisin. Aucun alcool ne transcende autant sa matière originelle. La multitude d’arômes qui nous envahissent en humant un verre, semble nous projeter dans une autre dimension : rien de ce que nous sentons n’est réel, puisque tous ces parfums n’ont aucune réalité matérielle… qui est le raisin. Le cidre malgré tout, sent bien la pomme !

Il y a dans la quête de la lumière et celle des arômes du vin… une sorte de cousinage. La volonté de capter ce que nous ne pouvons ni toucher, ni prendre, ni palper, ni retenir. Et les deux démarches ont en commun de creuser le sol, de se salir les mains, de se mesurer à la matière. Incroyable folie de transformer la boue en or ! Par contre une chose les distingue... l'art est fait par l'artiste, le vin par la nature. Le peintre crée, le vigneron accompagne. Mais sans doute quelquechose les rapproche: rien de ce qu'ils font ne peut exister sans le don de quelque chose qui les dépasse et dont ils n'y sont pour rien: Le talent pour l'artiste et le soleil pour le vigneron.

mercredi 7 décembre 2011

La Gabarre

C’est un merveilleux moment que nous avons passé au restaurant La Gabarre, restaurant confiné dans une vieille bâtisse en pierre du Périgord Noir, perchée en haut d’un coteau surplombant l’un des méandres sauvages de la douce Dordogne… une vue superbe. Avec cela une ambiance vraiment chaleureuse comme sait le faire Valentine, la maitresse des lieux… pendant que Ludovic jongle dans les cuisines. La Gabarre c’était le bateau à fond plat qui, sur la Dordogne et la Vézère, acheminait les vins du Périgord Noir vers le port de Libourne ou de Bordeaux.



De là, ils étaient assemblés aux autres vins pour être vendus comme vin de Bordeaux… autrefois, il n’y avait pas d’appellation et étaient vendus comme Bordeaux, tous les vins qui arrivaient par voie fluviale à Bordeaux. Ainsi, les deux grands fleuves du Bordelais, la Dordogne et la Garonne, se chargeaient d’inonder la ville d’eau et de vin. Cahors, Gaillac, Duras, Bergerac ou Beaumont en Périgord… participaient à la production du vin de Bordeaux.

L’AOC a eu comme conséquence de remplacer l’unité géographique produite par les fleuves par celle produite par les routes. Autres temps autres mœurs ! Les vignes plantées dans les pentes des coteaux, sont descendues dans les plaines. Le vigneron trapu et robuste, habitué des devers, de la houe, des bœufs et de la vielle a laissé place au chauffeur de tracteur, amateur de mécanique, de rugby, de chanteuses siliconées et de RTT.

La disparition de la Gabarre, c’est la disparition d’un monde. Le lien n’est plus la fluidité de l’eau mais le ruban gluant de l’asphalte. La douce et silencieuse dérive du bateau a été emportée par le vrombissement infernal de la vie moderne.

C’est cette douceur joyeuse que l’on a retrouvé chez Ludovic et Valentine. Le choix du menu était magnifique tant dans l’association vin-met que dans leur succession.

amuse-bouche
Les Joualles

Entrée : Tourtière confit d’oie et foie gras de canard
Barbeyrolle

Plat : Biche en 2 façons, gratin de panais et chartreuse de choux
Le Petit Manoir

Fromage truffé

Dessert : Sablé aux fruits exotiques, mousse coco, glace pain d’épices
L’Alba

Café et Mignardises

Les arômes classiques, toastés, de fruits confits de Barbeyrolle harmonisés par le croquant feuilleté de la tourtière aux riches parfums mijotés du traditionnel confit et le moelleux gras et fin du foie gras était un délice. Le Périgord va bien avec le Périgord. Une fois sorti de la basse cours, c’est dans les bois que le goût s’est exacerbé. La puissance délicate du gibier accompagné d’anciens légumes a succédé à la civilité de l’oie. La concentration du Petit Manoir, avec sa rondeur chaleureuse et riche, son mâché presque satiné, ses arômes de réglisse et de griottes ne s’est jamais si bien porté qu’avec cette double cuisson de biche, savoureuse à souhait, et la fraicheur archaïque du panais et du choux. Quant au dessert, j’avais l’impression de retrouver, décomposé dans le temps, les arômes de l’Alba avec les fruits exotiques, l’onctuosité de la mousse et la fraicheur de la glace. Impressionnant dépliement de mon vin où chaque feuille à l’odeur et à la texture contrastée improvisait sur une des multiples sonorités de l’Alba.

Ludovic est décidément de la veine des grands cuisiniers. Ce que j’apprécie en plus chez lui et chez Valentine, car en fait, c’est un couple qui façonne ce restaurant, est qu’ils entretiennent un lien entre les produits et ceux qui le font. Chaque légume, viande, fromage ou vin est choisi méticuleusement pour ses qualités gustatives et la rigueur artisanale de sa production.



Ludovic et Valentine visitent chacun de leurs producteurs ; maraicher, éleveurs, vignerons… et s’enquièrent des techniques de cultures, des soins apportés aux bêtes, au fromage ou au vin. Ce qui les intéressent c’est la passion de chacun pour son terroir ou pour ses animaux et, comme Ludovic le dit, il n’est que le passeur entre le produit et celui qui le goute. Mais quel passeur !



Décidément, ce dimanche à la Gabarre était un magnifique voyage de saveurs et de parfums, mais aussi de gentillesse et de convivialité. Quel bel écrin pour les vins du Domaine. Quel beau symbole que ce bateau. Merci à tous les deux !

samedi 3 décembre 2011

Déjeuner au restaurant la Gabarre demain dimanche

REPAS VIGNERONS AU RESTAURANT LA GABARRE à Saint-Julien de Lampon en Dordogne AVEC LE DOMAINE DE LA VOIE BLANCHE



Le dimanche 4 décembre à 12h00, en présence de Madame et Monsieur Dalbavie vignerons et propriétaires nous vous proposons :


  • Dégustation des vins du domaine accompagné d’amuse-bouche *
  • Entrée : Tourtière confit d’oie et foie gras de canard *
  • Plat : Biche en 2 façons, gratin de panais et chartreuse de choux *
  • Fromage truffé *
  • Dessert : Sablé aux fruits exotiques, mousse coco, glace pain d’épices *
  • Café et Mignardises *


Tarif : 45€ vin compris Réservation conseillée au 05 53 29 61 43, un acompte de 50% vous sera demandé. Pour plus d’information : http://domaine-voie-blanche.com/Dans l’attente de vous recevoir, Salutations

Valentine et Ludovic http://www.restaurantlagabarre.com

dimanche 27 novembre 2011

naturellement bio

Plusieurs personnes m’ont demandé sur mon courriel de donner des précisions sur les engrais verts que j’utilise. Tout d’abord, je tiens à dire que je ne suis pas un spécialiste en la matière, je ne suis pas « technicien du végétal », ni agronome. Ce que je sais, je le tiens des anciens qui me l’ont transmis, de la lecture de Fukuoka, de celle de Joseph Pousset, de la fréquentation de stages en viticulture et de discussions avec d’autres vignerons.

Il est extrêmement difficile de transposer une expérience acquise d’un terroir dans un autre. Le climat, la nature du sol, l’exposition… tout est essentielle à la sensibilité végétale. Il faut tâtonner, ce que je fais, et tester sans apriori… ce qui n’est pas toujours facile. Il m’arrive souvent de douter du résultat, et m’inscrire dans un protocole avec un chercheur et d’autres vignerons à mes côtés n’aurait pas été vain.

Tout d’abord, le mot engrais vert pour moi, ne suffit pas à exprimer ce qui se passe. Et en premier lieu : l’engrais (chimique) nourrit la plante, « l’engrais vert » fertilise le sol. C’est une différence majeure.
Par ailleurs, on ne raisonne pas avec le calcul des proportions de minéraux à l’hectare NPK/ha, c’est-à-dire azote (N), phosphore (P) et Potasse (K) que l’on amènera à la plante… mais en terme d’azote, de sucre rapide (plante fraiche), de sucre lent (cellulose, lignine) que l’on amènera au sol sucre/cellulose/azote => S/C/N et ceci dans une attention à la formation de l’humus. Ainsi, si on sème de l’avoine, le moment où on va l’incorporer au sol déterminera si on l’enrichira en sucre rapide (broyage plante verte début du printemps) ou en sucre lent (broyage plante jaune et mûre). Par ailleurs, certaines plantes (légumineuses) sont des capteurs d’azote, leur broyage enrichira l’humus en en azote minéralisable.

Le regard ne se déplace pas de la plante vers le sol, mais plutôt intègre les deux dans un tout. C'est un regard qui essaie de synthétiser l'interaction entre le sol, le climat et la plante.

Par ailleurs, les engrais verts permettent d’assouplir le sol grâce à leurs racines, de le couvrir grâce à leur système foliaire et ainsi de multiplier la vie organique. Plus d’activité veut dire plus d’aération du sol et plus de minéralisation des éléments minéraux bloqués dans l’humus afin de les rendre disponible pour la vigne.



Je ne veux pas rentrer dans une description trop technique de la rhizosphère, des mycorhizes et des diverses sortes de vers de terre (épigés, endogés ou anéliques) et de bactéries qui participent à la formation du complexe argilo-humique (CAH), bref de l’humus, mais sachez seulement qu’il suffit de bien protéger votre sol des intempéries (pluie battante, gèle…) et du soleil pour tout de suite faire exploser la vie.

C’est cette vie qui va travailler le sol sans effort de votre part. Il faut aussi savoir qu’à l’époque où on a commencé à maitriser les engrais verts, c’est-à-dire au XVII° siècle, les famines ont littéralement disparu, la prospérité de l’Europe a explosé et la démographie avec. Les engrais chimiques ne sont venus après la première guerre mondiale que pour faciliter le travail et permettre aux industries militaires de se recycler en temps de paix. Mais on peut tout-à-fait avoir de l’agriculture intensive avec l’utilisation ad hoc des engrais verts et tout ceci en bio.

Le problème dans la vigne est seulement de gérer le stress hydrique, c’est-à-dire la concurrence sur les réserves en eau surtout dans les terroirs comme le Languedoc, le Roussillon ou la Provence, particulièrement secs. Mais pour cela il suffit de semer ses engrais verts à la fin de l’été pour qu’il couvre le sol durant l’automne et l’hiver, et de les détruire au printemps si une période de sécheresse démarre. Dans ce cas, bien au contraire, l’engrais vert va restituer l’eau qu’il a accumulée dans son organisme… à la vigne qui justement en a besoin. C’est donc un tampon hydrique extraordinaire, et un système d’arrosage fort peu onéreux ! Sans compter l’apport des minéraux !

Maintenant si on évoque le choix des engrais verts, le spectre est très vaste… mais en gros, il y a 4 catégories de plantes : les légumineuses (féverole, vesce, trèfle…) riches en Azote, les crucifères (moutarde, colza…) riches en sucres rapides, les graminées (ray-grass, fétuque…) riches en sucres rapides, les céréales (avoine, blé, seigle…) riches en sucre lent et on peut ajouter le broyage des bois (BRF de chêne, peuplier, charme…), qui n’est pas un engrais vert, mais qui en est très proche. Il est riches en sucre très lents. Chacune a sa fonction… on les utilise en mélange bien sûr.

A cela s’ajoute les plantes qui ont des racines pivotantes permettant de décompacter, celles qui ont des racines en touffes pour restructurer les sols etc…, celles qui se sèment à l’automne, au printemps ou indifféremment, et pour finir, celles qui aiment les terrains calcaires ou acides. Une fois les variétés correspondant aux besoins de la vigne et du sol… il suffit de les expérimenter pour choisir celles qui seront le plus efficaces.

Ainsi, j’utilise l’avoine associée à la vesce, c’est-à-dire une céréale (sucres lents et bon structurant) et une légumineuse riche en Azote et en sucres rapides. Tout d’abord elles sont très complémentaires dans l’échelle temporelle de la nourriture de la vigne, ensuite, la vesce grimpe sur la tige de la céréale et ainsi profite d’un maximum de photosynthèse et enfin, ce sont deux plantes qui adorent l’argilo-calcaire et qui s’acceptent. Ceux qui m’ont orienté dans ce choix sont les anciens paysans dans ma région. Ils ont utilisé cette association jusqu’aux années 40… et au risque de choquer certains, vu la temporalité très lente des métabolismes naturels des végétaux, je préfère, en agriculture, la tradition à l’innovation. Pour les pratiques militaires c’est l’inverse… euh… oui…. D’accord !.... pour la médecine aussi !

Bon, je préfère questionner les viticulteurs qui ont connu les anciens procédés avant la déferlante techniciste des années 1950-60, car ils possèdent une mine d’or de connaissances de pratiques accumulées depuis la nuit des temps. Cette association de légumineuses et de céréales pour la vigne convient pour de nombreuses autres raisons que celles décrites plus haut, mais cela ressemblerait à un cours et non un blog.

Pour revenir à notre mélange, au niveau structure c’est idéal à condition de ne pas semer l’avoine trop tardivement. En plus de ces deux engrais verts, je teste pour la deuxième année la féverole, un rang sur quatre, ce qui me permettra de savoir et de comparer les différents impactes sur la pousse de la vigne et sur sa santé. Voilà, en gros tout ce que je peux dire et qui fonctionne chez moi. A chacun sa façon et bon courage !

jeudi 24 novembre 2011

Une nouvelle terre: Virolle

Après avoir fait reposer 6 ans en prairie la terre de Virolle, nous allons enfin pouvoir replanter une vigne. Comme Barbeyrolle, la parcelle de Virolle est au milieu des vignes de Côte de Bergerac à la limite de l’AOC Montravel.

C’est sur un plateau à très vieille implantation viticole que ce terroir d’argile et de boulbène va retrouver une vigne. Comme on le voit sur la photo, le paysage est fait de douces collines plantées de vignes, de bois et de pâturages. Notre parcelle est en descente et arrive au bout sur le fond de la base de la colline. Il a fallu refaire le fossé fait par les anciens pour évacuer les eaux pluviales pendant la période hivernale et printanière.

L’eau ne doit pas stagner sous peine de retarder le démarrage de la végétation au printemps. La vigne adore l’eau, mais les racines pourrissent dans l’eau stagnante… au moment de pousser c’est un problème… à cela s’ajoute le tampon thermique que produit l’eau sur le réchauffement au mois de Mars et Avril.
C’est un terroir idéal pour faire un vin blanc sec, fruité, élégant avec de la fraicheur. C’est le vin qui nous manque, l’Alba étant fait à Barbeyrolle et donnant un vin demi moelleux. Avec l’agronome Yannis Araguas, on a décidé de planter du sauvignon gris aux qualités organoleptiques remarquables. Pour le porte-greffe, c’est le riparia qui a été choisi.

On compte donc sur la précocité du cépage et du riparia pour atteindre la maturité sans alourdir les arômes. Une bonne plantation et un bon choix du matériel végétal est essentielle pour la production du vin. Plus on est attentif à cette phase, moins on agit dans le chai, plus le vin est naturel.

On va pouvoir semer de l’avoine… un peu tardivement malheureusement… mais il y a eu tant à faire.

dimanche 20 novembre 2011

Bio ou naturel?

On entre dans la période où je fais le tour du matériel agricole. Ce qui doit-être révisé ou réparé, est amené à l’atelier. Une fois la période commencée, c’est-à-dire fin février, début mars… c’est trop tard. Chaque casse ou panne décale le travail de la vigne… en bio, c’est très difficile de rattraper un retard. En passant devant les vignes de Barbeyrolle, j’ai pu observer que l’avoine a bien germé et s’est bien développée.

Je suis content, la hauteur des tiges est déjà de 10cm. Même si le gel arrive, l’avoine est sauvée. Je me demande toujours si j’ai raison de faire tout ce travail. Cela serait plus facile si je mettais de l’engrais sous forme de billes ou de bouchons. On met tout le sac dans l’épandeur derrière le tracteur… et hop, on enclenche les vitesses… le soir tout est fini.

Au lieu de cela, je m’embête à travailler le sol… après les vendanges car avant… impossible, les vendangeurs seraient dans la boue ou sur une terre trop meuble. En plus, il faut attendre un moment ou le travail dans le chai se relâche… mais alors, c’est la météo qui ne veut pas entendre les appels que je lui lance désespérément. Une fois enfin entendu par le ciel… c’est des rendez-vous prévus qu’il faut annuler en catastrophe pour foncer dans le tracteur… c’est Mr Goulard qu’il faut convaincre d’abandonner son job pour me rejoindre… et tout doit être fait en 4 à 5 jours… sinon la terre devient ou trop sèche ou trop humide si il repleut ?!?

Pendant cette période toute mon attention est portée sur le semis. Les sacs doivent être là. Les semences certifiées biologiques… et tra la la ! Le sol doit être prêt. Mais même si il est prêt, il faut que l’humidité du matin se sèche… en Automne cela peut prendre toute la matinée… on a souvent semé à partir de 14h jusque dans la nuit ! Et si le brouillard persiste… on a plus qu’à rentrer et ouvrir le journal !

Il faut dire que j’ai un argile vraiment… difficile ! Les anciens disaient « y-a qu’la vigne qui pousse dessus ! » . Et les cailloux… si par malheur je suis obligé de passer le cultivateur un dimanche et qu’une pierre me casse une ailette ou une dent… l’atelier est fermé ! Je suis coincé et bien sûr, la pièce qui casse est toujours, dans ma trousse « pièces de rechanges » celle qui manque.

Et pourtant ! Je persiste bêtement à « fumer » mon sol d’une manière naturelle. Je sais bien que même en viti bio, je peux utiliser mon épandeur d’engrais en y mettant des bouchons de matière organique préparés par des usines reconverties au bio. Mais voilà, en plus d’être bête je suis têtu… ce qui n’arrange rien à ma situation.

J’ai décidé de ne plus fertiliser mes terres, et ceci depuis 6 ans ! Inspiré par Fukuoka et aidé par des anciens, je veux remplacer la « fertilisation » par la « fertilité » du sol. Cette fertilité passe par un sol toujours couvert comme dans une forêt. Sans aucune action humaine la forêt produit une bio masse que nos techniques les plus pointues échouent à approcher… pourquoi ? Et surtout, comment ?
C’est une question qui m’obsède et c’était la question de Fukuoka. Au lieu de créer une agriculture artificielle qui me coûte chère en temps, en intrants chimiques et qui détruit l’environnement naturel dans lequel je me trouve, pourquoi n’essaierai-je pas de faire faire le travail par dame Nature. C’est bien ce que dit Fukuoka avec sa philosophie du non agir. Pourquoi faire ce que la nature sait mieux faire que nous ? créer de la vie?

Seulement voilà… j’ai bien essayé de m’assoir sur le bord de ma vigne, de prendre la position du yoga… il a fallu quand même qu’au bout d’un moment, je me décide de passer du non-agir, à l’agir un peu… pour finir par l’action forte et déterminée !

Si je peux laisser la forêt pousser sans moi, ma vigne, elle... elle est domestiquée… elle est comme ma chienne Taïga. Elle a besoin de son maître ! Des principes du vieux maître japonnais, j’ai éliminé cette non-pratique et j’ai gardé l’idée d’une culture naturelle où la nature en tant que système entier, serait mon modèle.



Si je dois apporter de la fertilité au sol, je n’apporte ni engrais, ni compost, ni matière organique étrangère… je sème, comme le vent le fait, des graines que le sol va utiliser pour se fertiliser tout seul.

Bon, je ne rêve pas non plus. Dans la nature il y a aussi des problèmes de maladies et d’épidémies. Certaines années, je trouve que presque toutes les châtaignes sont véreuses ! La forêt ne s’en inquiète pas car elle a du temps pour attendre une nouvelle année, réussir ses prochains semis et voir de nouveaux arbres pousser. Alors qu’un paysan ou un vigneron… il faut qu’il produise tous les ans sinon sa vigne ou sa terre deviendra vraiment naturelle… voire abandonnée !

Il faut que je m’adapte d’une main aux conditions économiques des hommes, et que de l’autre, je m’inscrive dans l’écosystème qui reçoit ma vigne. C’est pas facile ! Mais voilà… je ne veux pas lâcher mon idée… je veux produire le raisin le plus beau, le plus mûr et le plus naturel ! Car je suis persuadé que lorsque l’on boit un vin issu d’une telle pratique, on n’éprouve pas seulement du plaisir, mais surtout un sentiment d’harmonie ! Et oui ! Tout le monde à ses lubies.

Si Fukuoka m’a montré le chemin vers une agriculture naturelle, si les anciens m’ont appris à manier la féverole, la vesce et l’avoine qu’ils semaient eux-mêmes avant que l’industrie chimique leur impose le NPK, il me reste à approfondir les gestes de soin qu’une plante malade nécessite. Il me faut absolument produire chaque année… une mauvaise récolte peut anéantir tous mes efforts.

Et c’est là qu’intervient la bio-dynamie… troisième pan de l’agriculture biologique. De la bio-dynamie, je ne retiens pas la dimension ésotérique… ! Mais deux visions m’intéressent énormément : le soin par les plantes dans une démarche presque d’alchimiste voire de sorcière, et la prise en compte d’un phénomène naturel inévitable, les polarités électromagnétiques… à commencer par celles de l’eau, ce qu’on appelle la dynamisation.
Utiliser et comprendre le rapport de plantes avec les polarités naturelles, est un champ de découvertes immense pour moi. Si je dois intervenir dans la vigne, je dois le faire avec une clairvoyance sur les polarités de mes extraits, infusions et tisanes et donc sur leur dynamisation.

En attendant de mettre en pratique ce que je découvre cet hiver, je ne peux que me réjouir de l’hiver que ma vigne va passer… au chaud sous son manteau herbacé.

lundi 14 novembre 2011

Les champignons du vignerons

Les champignons arrivent presque en même temps : coulemelles, coprins chevelus, clitocybes, lépiotes, lactaires, mousserons mais aussi les redoutables amanites. Ce sera l’occasion de charmantes poêlées multicolores, accompagnant des râbles de lièvre sauvage au foie gras arrosés d’un bon vin des Joualles.

Très souvent, les ramasseurs de champignons n’aiment que les cèpes ! Pourtant, il y a d’autres champignons vraiment délicieux. Autour de la vigne on trouve de nombreuses variétés. Hier, j’ai récolté des coulemelles

Des coprins chevelus, extrêmement fins au goût

Bon j’ai laissé les hypolomes

Particulièrement dangereux et que l’on confond parfois avec la délicieuse Armillaria mellea (mais toutefois redoutable pour la vigne), et les vesses de loup

Quoique celle-ci soit plus un lycoperdon… à la saveur… inintéressante. Et bien sûr des rosées des près, des clitopiles petite prune dans le bois face à la vigne avec sa saveur de farine, et de nombreux tricholomes.

Il y a une recette que j’aime particulièrement faire et qui est toujours appréciée par mes amis : les œufs pochés aux coulemelles. Il suffit de faire revenir dans de la graisse d’oie des lardons avec les chapeaux des coulemelles (je sucre un peu les lardons), en même temps je fais réduire de moitié une bouteille de bon vin rouge avec un bouquet garni, deux oignons émincés et deux carottes en rondelles.

Ensuite je passe la sauce pour ne laisser que le jus, puis j’y incorpore la poêlée. Je fais doucement mijoter 10mn.

Après, je mets une cuillérée à café de farine pour faire épaissir… enfin de la crème fraiche (un pot). Je fais encore cuire 10mn .

Je fais pocher mes œufs puis je les dispose sur un crouton de pain frit à la graisse d’oie, je nappe de la sauce aux coulemelles… et je vous assure que l’enthousiasme est au rendez-vous. Je sers bien sûr une bonne bouteille de Joualles 2010… et le bonheur est à son comble.

C’est une saison bénie que l’Automne. Toutes les cultures sont engrangées, le vin dans les tonneaux et il y a un peu de répit avant le début de la taille. Le froid n’est pas encore là. On commence à couper le bois pour la cheminée. Une partie du temps est consacré à la cueillette des champignons et donc à de longues balades dans les bois.

Les fusils font entendre leurs claquements dans les bois avec les cris des chiens qui courent comme des fous. La nature commence à fournir sans engrais ni pesticides, l’abondance de chairs avec ses filets, côtes, jarrets, cuissots, râbles et autres morceaux de choix qui finiront dans une cocotte ou une sauteuse au coin d’un fourneau ou sur la braise.

Les écologistes sont contre la chasse ! Ils préfèrent les abattoirs industriels alimentés par ces animaux sous perfusion chimique, réduit à des machines à produire de la viande, maltraités et méprisés… sans même le respect qu’inspire un sanglier que l’on vient de tuer, qui s’est défendu avec toute la force d’un animal libre, et qui a succombé aux lois du cycle naturel de la prédation et non à celles de l’asservissement que l’Homme impose à tant d’animaux parqués dans des camps de concentration qu’on a l’imbécilité d’appeler encore des fermes.

Ils pensent que ces camps d’exterminations, les abattoirs, producteurs de pollutions et de destructions froides, ont rendu la chasse inutile ! Mais ils sont à l’opposé de l’écologie ! La forêt, à hectare égal, produit plus de biomasse (végétaux + animaux) qu’une parcelle agricole gorgée d’engrais chimiques… et cela sans pollution et sans effort pour l’Homme ; d’ailleurs, la forêt entre dans les chiffres des surfaces capteurs de CO2 par le GIEC à l’ONU.

Pour moi, ce ne sont pas des écologistes mais des gens formatés par Walt Disney. Ce n’est pas la planète qu’ils défendent mais Disneyland qu’ils veulent voir étendre à tout le pays . On ne devrait pas les appeler des écologistes mais des « mickeys »… !

Et je vous assure qu'un cuissot de chevreuil avec une poêlée de champignons multicolore sur une sauce au foie gras d'oie, le tout arrosé d'une bonne bouteille de Petit Manoir... cela détruit complètement en vous le Macdo industriel.

Bon! demain je fais ma formation prophylaxie avec les plantes

jeudi 10 novembre 2011

L’hiver approche

La fin de l’Automne est, je trouve, une des plus belles périodes dans la vigne…. Et d’une manière générale, dans la Nature.

Après les pluies tant désirées, le ciel prend une couleur bleu absolument magnifique. L’air est doux sans être vaporeux comme en été, et la lumière devient nette et tranchante.

Après l’énorme activité des vendanges, et après l’écoulage, j’aime me promener dans la vigne et sentir le calme envahir l’endroit. Les feuilles tombent de plus en plus et laissent apercevoir l’aspect hivernal qu’elle prendra. Le froid n’est pas encore là, la chaleur n’est plus. C’est un moment de transition où les plantes aspirent au repos et s’endorment lentement.

Certaines parcelles prennent des couleurs brun et jaunes virant vers l’or

Quelques pieds résistent et essaient de garder leur couleur verte… mais le froid aura raison d’eux.

L’addition de cette chaleur tardive et des pluies récentes est une aubaine pour nous car lorsque l’on regarde de plus près les sols labourés

On distingue un léger voile vert qui émerge des bruns sombres de la terre. Et oui :

L’avoine et la vesce, semées pour enrichir le sol est en train de germer. Elles vont bientôt envahir les rangs de vigne et protéger le sol de l’hiver. Au printemps, elles apporteront les matières organiques nécessaires à la vigne. Selon le temps qu’il fera au mois de Mai, soit je broierai les céréales pour pailler le sol (temps humide), soit j’enfouirai légèrement avec la vigneronne ou le cover-crop les plantes encore vertes pour former un humus qui garde l’humidité (temps sec).

On peut me dire que le paillage garde la fraicheur et l’humidité. C’est vrai ! Mais dans le cas d’un printemps comme celui que nous venons de vivre avec des mois d’Avril et Mai qui ressemblaient à des mois d’Août, le paillage ne suffit plus et la mise à disposition rapide pour la plante d’un humus riche et très humide pendant la pousse et avant la fleur, permet de ne pas l’affaiblir.

C’est ce que nous avons fait à Barbeyrolle avec un résultat spectaculaire sur la production et sur la qualité. La vigne n’a subi aucune compétition hydrique et même a pu se nourrir de cette matière organique fraiche et riche.

L’idéal serait que l’enfouissement puisse se conjuguer avec le semis d’un autre engrais verts qui pousserait au moment de la fleur et recouvrerait la vigne durant l’été, protégeant, une fois encore le sol des intempéries et du soleil. Mais il ne faudrait pas que sa pousse concurrence trop la vigne au moment de la véraison ; étape importante où pour murir, la vigne a besoin d’eau. Je cherche quel engrais vert pourrait s’intercaler dans ce laps de temps pour être remplacé à l’automne par de nouveau de l’avoine associé à de la vesce. Il faudrait une plante qui pousse bien au mois de Juin, qui couvre bien le sol sans être trop consommatrice en eau !?! Cela permettrait de calmer la vigne au moment de la floraison et ainsi d’éviter les phénomènes de coulure par excès de vigueur tout en préparant une protection estivale du sol, propice à maintenir sa fertilité !

Vaste projet de recherche que j’entreprends… un peu seul. Lundi, je reviens à l’école pour deux jours de formation sur la prophylaxie avec les préparations à base de plantes. Le prof c’est le célèbre Eric Petiot… vous savez, celui qui s’est fait arrêter pour avoir eu la malhonnêteté d’enseigner la fabrication des purins d’orties à des agriculteurs… un contrebandier… hein ! Bon, et bien je vais faire partie de son prochain brigandage organisé par Agrobio Périgord… une organisation « à caractère criminelle » comme on dit.

dimanche 6 novembre 2011

Décuvage et écoulage, suite et fin

Le décuvage et l’écoulage sont finis. Demain nous enverrons des échantillons au laboratoire pour voir dans quel état se trouve le vin

L’ouverture des portes est toujours un moment émouvant. Lorsqu’on les a fermées, le moût était encore un jus de raisin avec les baies. Il venait d’être vendangé, et l’ambiance de la semaine de vendange imprégnait cette récolte. Il a fermenté puis s’est reposé sous le marc comme un bébé qui est encore dans les bras de sa mère. Puis on va le sevrer… le séparer de cette chaleur douillette, pour pouvoir le faire grandir et le rendre accessible aux autres ! Ce n’est donc pas un moment anodin. Une fois la porte ouvert on le laisse s’écouler :

Ce jus est séparé du jus de goutte qui a déjà été soutiré. Il sera mis dans une petite cuve pour le décanter et récupérer les lies fines.

Le décuvage du marc est pour moi toujours excitant. Les odeurs que provoquent les peaux éclatées, fermentées et macérées me donnent une indication très importante sur le futur vin, même si la proportion de vin de presse est faible par rapport au vin de goutte.

Une fois dans le pressoir, on fait très attention à ce que donne le vin de presse et on essaye de ne pas extraire des arômes déplaisants. C’est pourquoi le pressage est très lent. Il faut que le vin ne soit pas trop violenté même si le fait de presser le marc n’est pas totalement « sans douleur ».

Mais la beauté de la couleur du vin et sa mâche donne une indication sur la qualité de la presse. Je goûte souvent le jus pour le suivre dans ce processus. On va chercher le liquide qui s’est blotti dans les baies, et il faut être sûr qu’il n’apporte pas de mauvaise odeur.



Chez nous on ne « rebêche » pas le gâteau pour éviter des extractions trop dures. Ce vin ira dans une cuve à part pour être assemblé aux deux cuvées Joualles et Petit Manoir. Cet assemblage se fait avec Frédéric Thiollet, notre œnologue. Très souvent, les proportions de presse mises dans Petit Manoir font l’objet d’un choix très précis… pour les Joualles, on y met en général le reste du vin de presse.

Il est très rare que nous ayons trop de vin de presse ou que celui-ci soit trop fort ou trop dur. C’est pourquoi il n’y a jamais de problème à l’assembler entièrement aux Joualles.

Demain, c’est le nettoyage en profondeur des bois du pressoir…. Il a plu 30 litres d’eau au m2… c’est parfait pour les semis de la semaine dernière… on devrait bientôt voir apparaître les première petite pousses d’avoine et de blé.